A Arsenal, une page se tourne

Les départs de Koscielny et Monreal cet été ont enterré la fin d’un cycle dans le Nord de Londres. Özil est aujourd’hui le dernier rescapé du sacre en FA Cup des Gunners de 2014, ce qui fait de lui le joueur avec le plus de vécu en équipe première à Arsenal. Comment se fait-il que Mesut Özil, un cadre sur le déclin, soit le seul témoin du regain de compétitivité d’Arsenal au début de la décennie ?

L’équipe victorieuse de la FA Cup 2015, parmis laquelle figure Ozil, Bellerin

Il ne vous a pas échappé que depuis 2 ans, de nombreux joueurs ont quitté le navire. Outre les départs en retraite, la plupart de ces joueurs ont été très mal revendus : Wilshere, Cazorla, Ramsey et Welbeck sont tous partis libres. On se souvient également du feuilleton Alexis qui a débouché sur un échange avec Mkhitaryan en janvier 2018. Aujourd’hui, ce deal est un échec pour les deux partis puisque les deux larrons sont prêtés par leur club respectif en Serie A. Sans oublier les ventes de Giroud, Walcott, Coquelin, Szcesny, Gabriel Paulista, Gibbs et d’Oxlade Chamberlain, tous partis au cours de la saison 2017-2018. Un turnover impressionnant, qui plus est pour une équipe qui a remporté pas moins de trois coupes d’Angleterre (2014, 2015 et 2017). Cet exode massif des « cadres » des années 2010 va évidemment de paire avec un rajeunissement global de l’effectif et la prise de fonction de nouvelles têtes pensantes en coulisses.

Le passage de relai entre Arsène Wenger et Unai Emery au poste d’entraîneur, renouvelle la philosophie de jeu d’Arsenal. Tout le monde a pu constater que les préceptes de jeu du basque ne sont pas les mêmes que son prédécesseur. Adepte d’un jeu en transition et n’hésitant pas à ajuster son système en fonction de l’adversaire, Emery privilégie les joueurs généreux sans ballon, capables de courir sans relâche pendant 90 minutes. Une approche relativement différente de celle de Wenger dans ses dernières années, qui adorait les joueurs fins techniquement et n’accordait pas autant d’importance au système de jeu, permettant à ses joueurs de s’exprimer librement. Si pour l’Alsacien le beau jeu primait sur le reste, Emery met davantage l’accent sur la capacité de l’équipe à défendre ensemble. Il n’y a qu’à voir la manière dont il célèbre la grinta de Willock pour se rendre compte de la différence d’approche entre les deux entraîneurs. De fait, certains joueurs au club ne correspondent pas aux attentes d’Emery, qui a dû injecter du sang neuf en apportant des éléments qui lui correspondent. Pourtant, les départs de cette génération de Gunners n’ont pour la majorité pas été réalisé sous Emery mais bien sous la tutelle de Wenger, au cours de sa dernière année.

Ce renouvellement d’effectif est surtout lié à l’échec des derniers mercatos sous Wenger, qui ne sont pas dus à un manque de moyens, mais plutôt à une succession de joueurs mal ciblés. Au mercato 2016, les Gunners ont dépensé pas moins de 100 millions d’euros pour s’attacher les services de Xhaka, Mustafi, Holding et Lucas Perez, avec le succès contrasté qu’on leur connaît. Des erreurs de castings qui coûtent chères aujourd’hui car certains joueurs surpayés et jugés indésirables, peinent à trouver un nouveau club. Raul Sanllehi et la cellule de recrutement ont dû se résoudre à envoyer en prêt Elneny et Mkhitaryan, faute d’intérêt plus concret pour un transfert sec. Ces joueurs, recrutés après le remboursement du stade en 2013, n’ont pas été à la hauteur de leurs prédécesseurs pour pouvoir prendre la relève. En plus de ces mercatos en dents de scie, Arsenal a souffert d’une gestion des contrats calamiteux, avec pour dernier exemple en date, le cas d’Aaron Ramsey, parti libre à la Juventus. On ne manquera pas d’évoquer la gestion sentimentale de certains joueurs moyens, restés au club bien trop longtemps. Welbeck, blessé récurrent, et Jenkinson qui n’a jamais eu le niveau pour être titulaire, sont les exemples les plus récents. En plus de cela, Arsenal qui place d’énorme moyens dans la (post) formation de jeunes joueurs a vu ses pépites du centre échouer à prendre la relève. À l’image du “British Core” en qui le club a placé une confiance aveugle, mais qui n’ont pour la plupart jamais su confirmer les attentes placées en eux. Aujourd’hui, ces cinq là sont tout partis et heureusement pour Arsenal, la prochaine génération du centre de formation semble tout à fait exceptionnelle.

Si Emery a repris un vestiaire sur le déclin, l’espagnol et la nouvelle direction souhaitent insuffler un nouvel élan, nécessaire au club, pour retrouver la place qui est la sienne. Un objectif sportif à court terme clairement défini : retrouver la Ligue des champions, en s’en donnant les moyens. C’est en tout cas le discours véhiculé par le club et ses représentants comme Josh Kroenke, qui prend peu à peu la place de son père (pas difficile à faire) à la direction du club. Mais avant de retrouver les sommets, Emery doit composer avec un effectif déséquilibré, cadeau empoisonné de Gazidis et Wenger qui n’ont pas réussi à bâtir une équipe sur le long terme ces dernières années. Parmi les anciens cadres de l’effectif encore au club, il y en a un qui fait évidemment figure de symbole déchu, il s’agit bien évidemment de Mesut Özil.

Arrivé en héros le dernier jour du mercato 2013, l’ancien Madrilène cristallise une certaine image de l’Arsenal des années 2010 de Wenger. Il représente une idée du football, plus romantique que pragmatique. Pourtant, ce génie technique, à la réputation mondiale est clairement sur le déclin. Il divise autant les médias que ses propres supporteurs. Les uns l’idolâtrent pour ses inspirations de génie tandis que les autres souhaitent le voir partir à tout prix. Il porte l’image d’un joueur qui disparaît dans les grands rendez-vous, comme l’a fait Arsenal bien trop souvent ces dernières années. Son passage à Arsenal est vu comme un échec, malgré trois FA Cup remportées, signe que le club n’est pas à sa place. Quoi qu’on en pense aujourd’hui, Özil est obligé de rester à Arsenal. Malgré ses dernières performances en demie-teintes, son contrat stratosphérique négocié à l’hiver 2018 balaye tout intérêt des grosses écuries européennes et une porte de sortie exotique n’est pas à l’ordre du jour. Mesut est une figure du passé et du présent d’Arsenal, reste à savoir s’il fera partie du nouveau chapitre du club. En attendant, Arsenal prend un nouveau départ en établissant des bases saines, qui laissent émerger les cadres de demain.

Ligne par ligne : Leno, fruit du premier mercato d’Emery, est venu combler un manque au poste de gardien présent depuis des années. Même s’il faut saluer le dernier baroud d’honneur de Petr Cech, Leno, âgé 27 ans, est ici pour s’inscrire dans la durée. Au poste de défenseur, Bellerin, formé à Arsenal et lancé par Wenger est porteur d’une certaine culture du club. Exemple sur et en-dehors des terrains, il pourrait être amené à prendre le capitanat dans les années à venir. Au milieu de terrain, Torreira et Guendouzi, deux jeunes “inconnus” du grand public, débarqués l’été dernier à des prix ridicules aujourd’hui, lorsque l’on constate leurs prestations respectives, correspondent parfaitement au style d’Emery. Enfin, devant, Pepe incarne le retour des ambitions d’Arsenal, qui a dépensé une somme record pour un joueur convoité par les plus grands clubs européens. Celui-ci devrait former un trio d’attaque de feu avec Lacazette et Aubameyang. Mais nous n’oublions pas l’éclosion des joueurs du centre de formation et le recrutement de William Saliba, symbole d’une réflexion sportive à long terme. L’avenir d’Arsenal est étonnamment plus radieux qu’on ne l’imaginait après de la défaite en finale de Ligue Europa le 31 mai dernier.

#Julien #COYG

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