Analyse : les débuts de l’ère Emery

Cette première trêve internationale est un moment idéal pour faire le point sur le début de saison des Gunners. Quelques mois après le départ d’Arsène Wenger, un nouveau coach est arrivé, de nouveaux joueurs sont arrivés, d’autres sont partis…Et finalement la Premier League a repris ses droits. Alors, que vaut cette première mouture du « nouvel Arsenal », sur le terrain ?

 

ounaille

 

La première chose qui saute aux yeux, et c’est positif, c’est que le nouveau coach des Gunners a directement cherché à poser sa patte sur la tactique de jeu des siens. Là où on pouvait parfois percevoir une certaine inconsistance d’un match à l’autre sous Wenger (voire même au sein d’un même match), il est clair qu’Emery veut transmettre et appliquer ses principes. On voit alors depuis quelques semaines des choses qui semblaient inhabituelles aux yeux des fans : une volonté quasi-systématique de construire bas, plus de jeu court, un jeu de position et un pressing plus coordonné en phase défensive.

Des principes qui permettent d’obtenir de belles séquences de jeu, parfois couronnées de succès, à l’image du fameux but d’Iwobi face à Chelsea, illustrant parfaitement comment en partant d’une phase de relance basse l’équipe est parvenue à étirer le bloc adverse pour aller créer une superbe situation dans le camp adverse en quelques passes :

 

On peut également citer cette séquence de jeu face à Cardiff, illustration parfaite du jeu de position voulu par notre entraîneur basque :

Sur cette action, le ballon circule rapidement en une touche de balle à l’intérieur, laissant à Bellerín le champ libre pour effectuer une course depuis sa moitié de terrain. Quand le joueur est servi, c’est trop tard pour la défense adverse et le latéral est dans un fauteuil pour effectuer un centre vers Ramsey, qui a profité du travail de Lacazette pour se libérer de son marquage et proposer un appel dans la surface. S’il s’en faut de quelques centimètres pour que cette remarquable action ne soit récompensée d’un but, elle permet également d’illustrer le style demandé par Emery.

Mais tout n’est malheureusement pas rose en ce début de saison. Si, comme mentionné précédemment, un nouveau style plaisant et ambitieux est en train de voir le jour à Arsenal, l’effectif n’est encore qu’en phase d’apprentissage et il y existe quelques murs qui paraissent difficiles à franchir, du moins pour l’instant.

Le premier de ces chantiers concerne évidemment la défense. Avec 8 buts encaissés en 4 journées, Arsenal est pour le moment la 5ème pire défense de Premier League. Si le calendrier difficile des Londoniens peut permettre d’expliquer en partie ce mauvais résultat (réception de Manchester City suivie d’un déplacement à Chelsea pour les deux premières journées), l’argument a ses limites quand on constate le nombre incroyable d’occasions concédées face aux adversaires beaucoup plus modestes que sont West Ham et Cardiff : malgré 72% de possession, la défense d’Arsenal a en effet concédé pas moins de 14 frappes face à Cardiff, qui n’avait jusqu’alors pas marqué le moindre but en championnat !

Ce triste constat peut s’expliquer par plusieurs facteurs : le premier, et le plus évident, est que globalement la défense d’Arsenal n’est pas digne d’une équipe prétendant au top 4. C’était déjà le cas l’année dernière, et le travail pour palier à ce problème n’a été que trop timidement abordé lors du mercato. Malgré ses qualités, Mustafi reste un joueur toujours à même de commettre des erreurs de concentration parfois déroutantes, Bellerín n’a toujours pas réglé sa fâcheuse tendance à laisser ses adversaires directs glisser dans son dos sans résistance, et la recrue Sokratis ne convainc pas forcément en ce début de championnat, même si on lui laissera encore le bénéfice du doute. Seul Monreal paraît au niveau dans ce back four, c’est bien évidemment insuffisant.

Les autres points noirs expliquant la faillite défensive des Gunners sont peut être un peu moins évidents mais n’en sont pas moins dommageables. Tout d’abord, dans les cages. On ne présente plus le taulier Tchèque, légende charismatique de Premier League et capitaine en l’absence de Koscielny. Avec l’arrivée de Leno, on pensait que Čech serait relégué sur le banc, mais la très bonne pré-saison de Petr lui a valu de garder sa place de titulaire. Si il est difficile de lui reprocher quoi que ce soit sur sa ligne, à l’image de son excellent match à Stamford Bridge malgré la défaite, il est impossible de ne pas voir la pauvreté du jeu au pied du gardien de 36 ans. C’était déjà visible sous Wenger, mais c’est devenu plus que flagrant sous Emery, pour qui le gardien est un maillon essentiel de la construction du jeu. Cette faiblesse devient même un danger pour son équipe quand Čech se met à totalement rater des relances, à l’image de ses deux erreurs commises à Cardiff qui ont provoqué autant d’occasion franches pour les Gallois. Si l’on peut comprendre la volonté d’Emery de ne pas mettre tout de suite le portier Tchèque sur le banc, on a quand même très envie de le voir essayer d’installer Leno, réputé pour son jeu au pied.

À tous ces maux s’ajoute le milieu de terrain qui n’est malheureusement pas en reste. Dans le 4-2-3-1 d’Arsenal, le duo Guendouzi-Xhaka est celui qui a jusqu’ici été privilégié par Unai Emery. Si le jeune Guendouzi fait du bien à l’équipe et surprend (et à raison) énormément de monde depuis la présaison, on ne peut passer outre sa naïveté sur certaines actions, à l’image de ce ballon bêtement perdu qui profite à Agüero face à Manchester City :

L’agressivité et la disponibilité du jeune Français sont néanmoins très précieuses en ce début de saison : malgré ses quelques erreurs, Guendouzi est statistiquement le meilleur joueur défensif de son équipe, avec 11 tacles  et 10 interceptions réussis, se hissant même parmi les meilleurs joueurs de Premier League à son poste… Le réel maillon faible du milieu de terrain serait plutôt Granit Xhaka : malgré son importante contribution dans le jeu, sa relative lenteur, sa faiblesse dans les duels, ses nombreuses fautes et ses erreurs sont trop souvent préjudiciables et ne permettent pas au milieu d’Arsenal de remplir sa mission de premier rideau.

 

Le premier but marqué par Cardiff lors de notre dernier match est en soi une bonne illustration de toutes nos difficultés défensives : tout part d’une erreur de relance de Xhaka, le pressing est trop timide pour gêner Hoilett qui a récupéré le ballon, et Bellerín est fautif sur son marquage en étant bien trop loin de Benett. Dernière perle de ce bêtisier, Monreal se troue totalement face à Camarasa dans la surface et l’inévitable se produit alors.

Tout n’est néanmoins pas à désespérer au milieu, puisqu’Arsenal dispose d’une excellente cartouche en la présence de Lucas Torreira. Jusqu’ici relégué sur le banc, l’Uruguayen a cependant à chaque fois réalisé de très bonnes entrées en jeu et a notamment mis tout le monde d’accord face à Cardiff. Son sens du placement et sa hargne, couplées à un sens de la passe très intéressant, risquent de faire de Lucas un pion essentiel du milieu de terrain dans les semaines à venir. La question qui se pose alors est : à qui l’associer ? Si Xhaka semble plus complémentaire (lorsque les deux joueurs se sont retrouvés simultanément sur le terrain, le Suisse a tout de suite paru plus libéré), Guendouzi réalise objectivement un meilleur début de saison. Une troisième solution pourrait être de passer à un 4-3-3 en sacrifiant Ramsey, pas franchement bon en ce début de saison. Un casse tête que devra résoudre Unai Emery dans les semaines à venir…

 

Pour ce qui est du secteur offensif, si avec huit buts inscrits en quatre rencontres officielles, les Gunners se classent parmi les meilleurs attaques de Premier League, tout n’est pas parfait (loin s’en faut) non plus dans ce secteur : Özil n’a pas encore vraiment débuté sa saison, Iwobi et Mkhitaryan semblent sur courant alternatif, et malgré du mieux face à Cardiff, Aubameyang, titularisé en pointe lors des trois premiers matchs, connaît un début de saison assez pénible (ses deux ratés face à Chelsea ont du mal à s’effacer de la mémoire des supporters)…

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Une fois encore, la solution semble devoir venir du banc, et plus particulièrement d’un Français : Alexandre Lacazette. D’abord mis de côté pour privilégier un système avec Aubameyang seul en pointe, l’ancien Lyonnais a montré à chacune de ses entrées qu’il était un candidat plus que sérieux à une place de titulaire, à l’image de son entrée en jeu face à West Ham : alors que les Gunners étaient tenus en échec à la mi-temps, Unai Emery a tenté de renverser la vapeur en faisant entrer Lacazette dès le retour des vestiaires. Un pari gagnant puisque notre numéro 9 n’a pas mis longtemps à prendre les choses en mains, en se montrant très disponible et surtout en étant à l’origine du deuxième but de son équipe à la suite d’un joli travail en solitaire.

Une belle performance qui a valu au Français d’être (enfin) titularisé le week-end suivant à Cardiff, avec à la clé un match complet dans lequel Lacazette s’est montré doublement décisif : d’abord par une passe décisive d’une déviation vers Aubameyang, puis d’une lourde frappe dans un angle pourtant difficile. On ne s’en lasse pas, et Alex a sans doute gagné pour de bon une place de titulaire avec ce match, du moins on l’espère.

En conclusion, avec six points sur douze possibles, Arsenal pointe avant la trêve à une neuvième place pas forcément honteuse compte tenu du calendrier compliqué des hommes d’Emery, et qui nous permet de rester à portée de nos rivaux. Si comme on a pu le voir il reste bien des choses à améliorer, il existe néanmoins quelques motifs de satisfaction et on sent que cette équipe a une vraie marge de progression, bien que le secteur défensif risque de nous plomber encore un petit moment, faute de vrai taulier en l’absence de Koscielny. On espère voir Emery faire des choix forts petit à petit (Leno, Torreira…), car on a envie de le voir réussir avec ses idées.

Après la trêve, Arsenal se déplacera pour le compte de la 5ème journée de championnat à Newcastle avant de recevoir le FC Vorskla en Europa League, Everton pour la Premier League et Brentford en Carabao Cup. Quatre rencontres contre des adversaires clairement accessibles (bien qu’Everton revienne bien cette saison) qui devront permettre à Emery de continuer ses tests afin d’avoir plus de certitudes quand viendra le moment de rencontres plus difficiles.

#COYG

#AntoineL

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