David Jack ou comment Arsenal a fait signer le joueur le plus cher de son époque

Il y a 85 ans aujourd’hui, Arsenal brisait le record du monde pour un transfert en payant £10 980 à Bolton pour David Jack. Je suis sûr que vous, chers lecteurs, avez lu l’histoire du transfert de Jack un certain nombre de fois. Mais, saviez-vous qu’il existait deux versions de comment Arsenal a signé l’un des meilleurs attaquants de tous les temps ?
L’histoire la plus répandue est celle racontée par le secrétaire d’Arsenal de l’époque, Bob Wall, dans son autobiographie, «Au cœur d’Arsenal» qui a été publiée en 1969. Bob nous raconte qu’il a rejoint Arsenal comme employé à l’âge de 15 ans. 8 mois plus tard, le jeune Bob, alors âgé de 16 ans, a été appelé dans le bureau de Herbert Chapman et le grand manager lui a alors dit qu’il fallait qu’il apprenne comment se passait un transfert. Et ce transfert n’était autre que celui de David Jack, qui allait battre le record d’achat pour un joueur. A cette époque, Jack jouait pour Bolton, qui était alors en besoin d’argent et avait annoncé qu’ils seraient prêts à écouter toutes les offres pour tous leurs joueurs – à part Jack. Cependant, Chapman a vu Jack comme le remplaçant de Charlie Buchman, qui avait pris sa retraite à l’été 1928. C’était lui qu’il fallait pour combler le vide laissé par ce départ. Bolton a finalement plié et déclaré qu’ils seraient prêts à se séparer de Jack pour 13 000 livres, presque le double du record de l’époque.

David Jack a inscrit 124 buts  pour Arsenal entre 1928 et 1934. Une performance qui lui vaut d'être le 8e meilleur marqueur de l'histoire du club.
David Jack a inscrit 124 buts pour Arsenal entre 1928 et 1934. Une performance qui lui vaut d’être le 8e meilleur marqueur de l’histoire du club.

Bob Wall continue et nous raconte que les négociations avec les deux représentants de Bolton ont pris place à l’Euston Hotel à Londres. Chapman et Wall arrivèrent à l’avance, en profitant pour donner leurs instructions au barman: les boissons de Chapman et Wall ne devait pas contenir d’alcool, peu importe ce qu’ils allaient commander, tandis que celles des invités devait en contenir le double, peu importe ce qu’ils commanderaient. Alors que la boisson coulait à flot, les négociateurs de Bolton était dans une « humeur joyeuse ». A ce moment-là, Chapman a commencé à parler business, réussissant à négocier une indemnité de transfert de £10 890. Une fois l’affaire conclue, Champan et Wall prirent un taxi pour retourner à Highbury et Chapman, évidemment très content de lui, a dit à Wall : « … c’est ta première leçon dans le football. Tu sais maintenant comment mener un transfert ! »
Nous avons donc pour le moment, Chapman et Wall, dans un hôtel à Londres contournant l’opposition.

Mais est-ce réellement ce qui est arrivé ? 
Et bien, Chapman n’a jamais écrit d’autobiographie, et il n’a jamais mentionné le transfert dans sa chronique du Daily Express ; qui ont ensuite toutes été rassemblées et publiées comme un livre après sa mort. Cependant, deux autres figures du club à l’époque ont écrit des autobiographies : Tom Whittaker et George Allison.

Le livre de Whittaker a été publié après sa mort. Au moment de la signature de David Jack, Whittaker était un des entraîneurs d’Arsenal, le bras droit de Chapman, loin du statut de Bob Wall, simple employé de bureau seulement âgé de 16 ans. Whittaker nous raconte que de longues conversations téléphoniques ont eu lieu avant que Champan n’obtienne le droit de parler à Jack. Chapman a ensuite été à l’Adelphi Hotel à Liverpool avec le directeur d’Arsenal, George Allison. A Liverpool, ils ont rencontré le journaliste Benny Bennison et l’entraîneur de Bolton Charlie Foweraker. Après un repas, quelques boissons et un cigare, Chapman, Allison et Foweraker partirent pour Bolton afin de rencontrer Jack. Une fois arrivés, ils ont réalisé qu’ils avaient perdu le papier indiquant l’adresse de Jack, et ont dû, à une heure du matin, demander à un boulanger du coin s’il connaissait l’adresse du fameux attaquant. Ils ont finalement réussi à trouver la maison de Jack, et l’ont réveillé. L’histoire est racontée comme si c’était la norme de l’époque ! Jack ne voulait pas faire de choix avant de téléphoner à son père, le manager de Plymouth. Son père, trouvant l’heure trop tardive (ou était-il trop tôt ?) pour conclure l’accord, proposa de se rencontrer le lendemain à Highbury. Plus tard ce jour, ils se sont tous retrouvés dans le bureau de Chapman et l’accord était conclu.

Une autre version, totalement différente de celle de Bob Wall, mais toute aussi fantastique.

Le livre de George Allison – «Allison Calling» – fut publié en 1945 (Allison était alors âgé de 65 ans à cette époque). Allison raconta l’anecdote ainsi.  David Jack participait à une rencontre amicale, un certain mercredi, lorsque Chapman et Allison sont venus à sa rencontre, essayant de «le recruter à un prix raisonnable.» Le lendemain matin, Chapman et Allison rencontrèrent les représentants du Board de Bolton, bien décidés à ne pas le leur céder. Après avoir joué au chat et à la souris, les représentants de Bolton demandèrent à quelle somme Arsenal était enclin à leur proposer. Allison répondit «Quelle somme souhaitez-vous obtenir ?»  Allison et Chapman furent choqués suite à leur réponse de £13,000.
Les représentants de Bolton refusèrent, cependant, de négocier, et les deux hommes d’Arsenal retournèrent à Manchester.

Allison décrivit ensuite le repas qu’ils dégustèrent : « un repas somptueux incluant des huîtres, de la volaille, une délicieuse bouteille de vin et d’autres délicatesses « . Ils décidèrent ensuite d’inviter les intermédiaires de Bolton à les rejoindre dans leur hôtel afin de partager un thé et entamer une nouvelle négociation.
La conversation s’égara de l’objectif visé. Toutefois, bien souvent, elle revint sur la somme que Bolton serait prête à accepter pour Jack. Après quelques cocktails consommés et un «excellent dîner», ils trinquèrent à la gloire des deux clubs.
Le vin coula à flot et sur les coups de deux heures du matin, le montant du transfert s’accorda sur £11,500.
La suite rejoint l’histoire décrite par Whittaker où ils réveillèrent Jack en pleine nuit mais celui-ci souhaitait d’abord s’entretenir avec son père. Les trois parties se rencontrèrent, le lendemain matin, à Highbury pour finaliser le transfert.

Trois versions, deux qui se corroborent et une provenant d’un qui écrivit sa version bien après les décès de chaque partie présente durant cette négociation. Il est amusant que Bob Wall n’est jamais contredit la version d’Allison en 1948 ou celle de Whittaker en 1956 – Allison étant décédé en février 1957.

Il me semble toutefois que Bob ait, en quelque sorte, embellit cette anecdote.

#Rodolphe et #Alex H (via AISA, the History of Arsenal)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *