Décryptage des comptes d’Arsenal

Le mercato d’Arsenal a été animé, contrairement à ce qui avait été annoncé par différents médias. Quelques mois avant l’ouverture du mercato anglais, le budget d’Arsenal aurait été de 45 M£ pour finalement des dépenses proches de 143M£. Cependant Arsenal a la réputation d’être un des clubs les plus riches au monde : 9ème pour Deloitte, 5ème pour Soccorex, 8ème pour KPMG. Les classements diffèrent selon les critères mais Arsenal reste toujours parmi le top 10 mondial. Comment se fait-il alors que le club ait attendu ce mercato pour être actif ? Quelle va être la stratégie d’Arsenal dans les années à venir au vu de leurs finances ? Décryptage.

Le Brexit, une décision aux conséquences non négligeable

Avant de se plonger dans le décryptage des finances il faut comprendre que le vote sur le Brexit peut (et va très certainement avoir) un impact sur tous les clubs de Premier League y compris Arsenal. A l’heure actuelle il est difficile de se projeter sur les conséquences du vote mais Arsenal reste très vigilant sur l’évolution de la situation. Sans rentrer dans les détails, la Livre Sterling (qui historiquement était une monnaie forte) a perdu en valeur rendant donc les transferts européens plus chers. Cependant, bonne nouvelle, les revenus des compétitions européennes étant distribués en euros par l’UEFA, les clubs anglais disputant la Ligue Europa ou la Champions League se trouve face à un avantage financier par rapport aux autres clubs anglais.

Le risque principal restant un revirement négatif de l’économie anglaise impactant les revenus matchday (prix des places, ventes de maillots sur le territoire anglais, etc.), les revenus de droits TV et les revenus sponsors.

Pour le moment, les performances financières d’Arsenal sont restées à l’abri de ces risques.

Décryptage financier

Les comptes que nous disposons et étudiés proviennent des comptes consolidés de l’ARSENAL HOLDING LIMITED clôturés au 31 mai 2018. Les ventes de joueurs ne sont pas prises en compte.

A l’heure actuelle, pour comprendre la composition de la provenance des finances d’Arsenal, un petit récapitulatif :
• Revenus jour de match (provenant de l’exploitation du stade) : 28% CA (113 M£)
• Revenus droits TV : 47% (190 M£)
• Revenus commerciaux (sponsoring, etc.) : 25% (101 M£)

Afin d’avoir un élément de comparaison, Manchester City, le 1er club anglais en terme de chiffre d’affaires dégage des revenus de 503M£ et le Real Madrid, 1er club du monde en terme de chiffre d’affaires, a des revenus pour un montant de 665 M£.

Arsenal a connu une baisse de son chiffre d’affaires passant de 420 M£ en 2017 à 404 M£ en 2018 : la conséquence directe de l’échec de qualifications en Champions League. Il s’agit de la première baisse du chiffre d’affaires depuis la saison 1995/96. En 2019, au vu de la non-qualifications en C1, Arsenal aura encore des difficultés à le faire croitre. Cependant le club a mis en place plusieurs actions permettant à la fois de compenser cette baisse (nouveau partenariat maillot avec Adidas, sponsoring « Visit Rwanda ») ainsi qu’un gros investissement cet été afin de retrouver le Big 4 en fin de saison 2019/20.

Après soustraction de toutes les charges du club, Arsenal dégage un bénéfice de 122 M£ en 2017 et 48M£ en 2018. Cette baisse est à la fois la conséquence de la baisse du chiffre d’affaires ainsi que des hausses des charges en 2018 (transferts, départ de Wenger, arrivée de Emery et d’un nouveau staff, etc.). A noter, aucun dividende n’a été versé.

Arsenal n’a d’ailleurs plus aucune dette financière. Le club avait contracté une dette importante il y quelques années afin de pouvoir faire construire l’Emirates Stadium. Les bons résultats sportifs (Wenger ayant constamment réussit à placer le club en Champions League à cette époque) conjugués à la vente de joueurs (Fabregas, Song, Van Persie, Ashley Cole, etc.) a permis de rembourser cette dette plus rapidement que prévu.
Cette donnée n’est pas à minimiser, permettant à la fois à Arsenal d’être totalement indépendant financièrement tout en exploitant à 100% son stade (très rentable au demeurant), ainsi que d’être libéré des charges financières dans le cadre de son remboursement. On peut d’ailleurs visualiser directement ce processus, en observant la trésorerie d’Arsenal (plus concrètement son compte courant bancaire) pour 231 M£ en 2018 faisant d’Arsenal un des clubs à la trésorerie la plus importante du monde.

Il est important de savoir que la trésorerie est pour une société, et donc a fortiori un club de football, le nerf de la guerre. Une entreprise ne meurt pas par faute de résultat mais par faute de trésorerie. Il est donc impensable pour Arsenal de dépenser 200M£ sur un mercato au vu à la fois des risques expliqués en première partie mais également du risque que comporte un mercato loupé qui pourrait conduire le club à la ruine. Pour rappel, le Borussia Dortmund a connu ce phénomène au lendemain de sa victoire en Champions League lors de la saison 1996/97, dépensant énormément, se trompant beaucoup et ayant failli aboutir sur une faillite et donc la disparition du club.

Arsenal se situe actuellement dans un cercle vertueux : le club est indépendant financièrement, possède une masse importante de cash pouvant servir à la fois dans l’investissement sportif (vu lors de ce mercato 2019/20) ou afin de combler certains risques liés au Brexit.
Cependant il est important pour Arsenal de retrouver le Big 4 cette année.
Le football est à l’heure actuelle organisé ainsi : les meilleurs clubs perçoivent les meilleurs revenus, pouvant se permettre de réaliser les plus gros transferts et donc attirer les meilleurs joueurs, permettant d’avoir les meilleurs résultats sportifs et percevant donc les meilleures revenues. Raul Sanllehi (ancien directeur sportif du grand Barça de 2008 à 2018) a visiblement compris ce phénomène, les investissements de mercato nous le prouvant. D’ici la publication des prochains comptes, Come On Arsenal !

Carol Mykita

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