Dribbler le destin : Comment Arsenal a renversé Barcelone ?

« On croit qu’on peut changer le destin, mais ce n’est qu’une illusion…

Il y a des soirées européennes dont on ne ressort pas indemne. Celle-ci en fait partie. Au détour d’une nuit de février 2011, David a fait trembler Goliath. Le théâtre de cette tragédie n’est autre qu’un Emirates Stadium électrique. Le stade, paré de rouge et blanc, est sorti de sa léthargie habituelle pour pousser ses hommes le temps d’un match. 90 minutes hors du temps, que seule la Ligue des Champions peut nous offrir. Il fallait au moins ça pour y croire. Une équipe de Babys Gunners s’est frottée à l’armada Catalane.

Sur le papier, il n’y a pas match. Le Barça, emmené par un jeune Léo Messi et un milieu Xavi – Iniesta, terrorise autant qu’il fascine la planète entière. Ajoutez à cela la nouvelle recrue David Villa aux avant-postes et vous avez l’une, si ce n’est la meilleure équipe du monde d’un côté du terrain, enfin dans votre moitié et avec la balle. Face à ces monstres, les hommes d’Arsène Wenger font clairement figure d’outsider. L’équipe d’Arsène est à son image, cosmopolite avec pas moins de 16 nationalités et très jeune, avec 24 ans de moyenne.

…À moins de faire un truc complètement imprévisible et irrationnel…

Pourquoi j’aime ce match ? Il me rappelle cette époque d’insouciance où Arsenal faisait figure d’exception au haut niveau. Un club où il est plus important de faire grandir des hommes que de courir à tout prix après des résultats. Où en match à élimination directe, on ne sourcillait pas à aligner un gamin de 20 ans dans les buts et un anglais de 19 ans au milieu de terrain.

C’est aussi une époque où le capitaine, Fabregas, quitterait les siens pour rejoindre son club formateur et adversaire du soir à la fin de saison. Où son successeur au capitanat, RVP, meilleur buteur du club, rejoindrait par la suite l’ennemi du nord de l’Angleterre pour y gagner ses premiers titres. Pour le jeune supporteur que j’étais ce sont des événements qui marquent à jamais. Mais passons, ce n’est pas de ça dont il est question, mais d’une soirée inoubliable. Car c’est aussi et surtout pour ces moments qui restent à jamais gravés dans les mémoires, que l’on aime ce club.

Ce match c’est aussi la rencontre entre deux amoureux du jeu. D’un côté, Arsène Wenger, dans sa quinzième année à Londres, est à la tête de la meilleure attaque de la compétition. De l’autre, Pep Guardiola, tacticien révolutionnaire, dont le style de jeu va imprégner l’Europe entière, sans jamais être égalé. Un sentiment de revanche plane à l’Emirates après l’élimination l’an passé en quarts de finale face à ces mêmes Barcelonais (2-2, 1-4). L’honneur d’Arsenal est en jeu.

…Tu marches tranquille, tu fais semblant d’aller là, tu fais une petite feinte comme un dribble, un écart et hop tu sautes…

Le dérouler du match est encore clair dans ma tête. Les Gunners entrent bien dans leur match, mais ne parviennent pas à marquer alors que le virevoltant Walcott dribble 2 joueurs dans la surface, sert Nasri qui d’une subtile louche trouve Van Persie. Le hollandais volant voit sa demie-volée buter sur Valdés.

Puis ce sont les Blaugranas qui dictent le rythme de la rencontre. La domination des barcelonais est étouffante, mais les Londoniens se montrent dangereux en transition. Un anglais se distingue tout particulièrement ce soir-là.

Jack Wilshere, 19 ans à peine, haut comme trois pommes, se révèle à la face du monde. Dans la zone la plus dense du terrain, il rivalise d’ingéniosité pour se sortir du pressing adverse et casser les lignes. Face au trident Xavi, Iniesta, Busquets, alors à son apogée, il n’en démord pas et livre là une des meilleures performances d’un milieu qu’il m’ait été donné de voir. Alors qu’à cette époque, personne ne rivalise avec le Barça sur la scène européenne. Seul, l’Inter Milan de Mourinho en est venu à bout l’année précédente, au prix d’efforts collectifs démentiels.

Wilshere

Malgré le bon match des Gunners, David Villa, bien lancé dans le dos des défenseurs ouvre la marque en première mi-temps. On se dit alors que c’est terminé. Bis repetita. La logique est respectée. Arsenal n’aura pas fait long feu. Pourtant grâce à la maladresse de Messi devant le but, les Gunners ne sont menés que d’un pion à la pause. Il ne fallait surtout pas éteindre son poste de télévision.

Au retour des vestiaires les Gunners reprennent du poil de la bête, mais la réaction se fait attendre. Et c’est alors qu’en fin de match le destin tourne en leur faveur. Gaël Clichy réitère le même service lobé que Nasri pour Van Persie. Le ballon est long, on s’attend à un centre du néerlandais pour Bendtner qui avait suivi. RVP, excentré à gauche du but, décoche alors une reprise du gauche surpuissante, qui par magie termine au fond des filets. Le ballon passe dans un angle impossible entre Valdés et le poteau, quasiment parallèle à la ligne de but. Du pur RVP dans le style ! Le stade exulte et je saute de joie devant mon écran ! Les Gunners sont revenus à égalité et face à ce Barça c’est déjà un résultat. Il faut tenir, à moins que…

Quelques minutes après l’égalisation, Fabregas, dans sa moitié de terrain, lance Nasri en contre-attaque. Le français va vite, il pénètre dans la surface, temporise, lève la tête et sert Arshavin lancé, qui trompe Abidal et consorts d’une frappe légèrement enroulé. 2 buts à 1 pour les Gunners !!!

On en reste là. L’impensable s’est produit. Sur deux coups de génie, Arsenal a renversé l’ogre espagnol en toute fin de match. Ce pied-de-nez au destin entretient les espoirs de qualification des Gunners.Van Persie Goal

…Et après, une fois que t’as dribblé le destin, tu fais quoi ? Après, tu t’arranges pour pas qu’il te rattrape, tu fonces tête baissée et tu croises les doigts. »

Le retour verra les Gunners échouer de peu à la qualif. Le tout gâché par l’exclusion de Robin Van Persie après un deuxième jaune lunaire, pour avoir joué une action alors que l’arbitre avait sifflé. Une nouvelle désillusion face aux barcelonais après le cruel scénario de 2006. Les Londoniens ont effleuré le rêve de tous. Le temps d’une double confrontation ils ont fait jeu égal avec des joueurs qui font partie de l’histoire. Ce frisson de la Ligue des champions manque aujourd’hui plus que tout.

Après ce moment suspendu dans le temps, l’histoire reprit son cours. Les Catalans réalisent, cette année là, le doublé Ligue des Champions, championnat. Tandis que les Gunners terminent à la quatrième place de la Premier League et connaissent une nouvelle saison blanche.

#Julien B #AFC

Quelques idées pour s’occuper à la maison :

Pour vivre et revivre cette soirée de légende : en résumé court https://bit.ly/2vmr9qA ou long https://bit.ly/2TSAboY et en version intégrale sur footballia

le film « I lost my body » et sa Bande Originale dont les paroles des titres sont tirés

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