La rédemption de Mustafi ?

Arrivé le 30 août 2016 pour 40 millions d’euros en provenance de Valence, Shkodran Mustafi était amené à devenir le taulier de la défense centrale. 3 ans après, l’Allemand ne figure plus dans les plans de son entraîneur en Premier League. Comment en est-on arrivé à une situation aussi radicale ?


À l’été 2016 Arsenal fait face à une hécatombe de blessures en défense centrale. Gabriel Paulista et Mertesacker sont blessés et manqueront le début de saison. Calum Chambers est lui envoyé en prêt à Middlesbrough. Ne restent alors que Koscielny et le tout jeune Rob Holding, arrivé à ce même mercato. Il est donc impératif de recruter pour Wenger. Le choix des Gunners se tourne vers Mustafi, international allemand, âgé de 24 ans, et champion du Monde, qui sort d’une grosse saison avec Valence.

La situation est favorable aux Gunners, puisque le joueur pousse pour quitter l’Espagne. Mais les dirigeants Valencians ne laissent pas partir l’Allemand au rabais. Arsène Wenger, concède finalement à investir près de 40M€ en toute fin de mercato. Lors de l’officialisation du transfert, Arsène disait ceci : « Il a le bon âge. Il a une bonne expérience. C’est un joueur très concentré qui peut aussi jouer avec le ballon. Nous avons pris un bon joueur, mais nous nous sommes bien préparés pour l’avenir ». En effet, sur le papier, Mustafi vient combler un manque évident à court et long terme.

Mustafi et Koscielny face à Chelsea

À peine arrivé, Shkodran est de suite titularisé. Ses débuts sont prometteurs, avec une série de 16 matches sans défaite en championnat lorsqu’il est sur le terrain. Il participe à 5 des 6 matches de poules en Ligue des champions avec un bilan de 3 victoires et 2 nuls. Puis le joueur se blesse le 12 décembre 2016 (claquage tendineux). Il sera écarté des terrains pendant 21 jours, ratant par la même occasion le boxing day. Lorsqu’il fait son retour, l’année suivante, il est moins fiable. Il attendra tout de même la 23ème journée du championnat pour connaître sa première défaite en Premier League, un match perdu sur le score de 2-1 face à Watford le 31 janvier.

Ses débuts de rêve terminés, il a semblé peu à peu perdre confiance, en même temps que l’exaspération des supporteurs s’est mise à monter. Pour ceux qui le suivent sur les réseaux sociaux, Shkodran a développé un agaçant gimmick. Jusqu’à il y a peu, sur chacun de ses posts figurait l’expression « back on top » (trad : retour au sommet), qui n’a fait qu’empirer le bashing autour du joueur, la méthode Coué ne portant pas ses fruits chez l’allemand. Fustiger pour ses erreurs défensives, Shkodran a en plus la fâcheuse tendance à pester sur ses coéquipiers quand il est en tort. Le body language ayant une importance grandissante aux yeux des observateurs, ce type de comportement nuit incontestablement à sa popularité auprès des fans.

Un bashing Mustafi qui a accompagné sa perte de niveau, comme il l’a révélé dans le journal Spiegel : ” Lors de mes 2 premières années à Arsenal, les choses se passaient bien pour moi. Mais après la période de Noël 2018, il y a eu un problème. J’ai commis plusieurs erreurs individuelles qui ont provoqué un chaos. Je venais de manquer 3 semaines pour cause de blessure et j’ai joué ce match à Liverpool (perdu 5-1) car le coach avait besoin de moi. Je n’avais même pas encore repris les entraînements. à la mi-temps, c’était 4-1 et ensuite je me suis encore blessé. Après j’ai eu beaucoup de commentaires négatifs de la part des fans et des articles ont été écrits dans lesquels j’ai été sévèrement critiqué. J’accepte la critique et je reconnais mes erreurs, mais cela virait à l’irrationnel, j’étais devenu une cible. On m’attaquait lors de certaines défaites alors que je n’avais même pas joué”. Il ne faut pas négliger l’impact mental des critiques sur les joueurs.

Mustafi acrobatie

Pourtant, Mustafi n’est pas ample de qualité. Très bon de la tête et dans les duels, il devait apporter une certaine fraîcheur physique et une plus grande vivacité que son compatriote Mertesacker. Malheureusement, il fait pâle figure en comparaison du BFG lorsqu’il s’agit d’intelligence de jeu. Son placement défensif hasardeux, ses mauvais choix et ses sautes de concentration coûtent parfois très cher à son équipe. Ses erreurs sur le terrain ont eu raison de la patience de son coach, qui en fait désormais un 4e ou 5e choix en défense centrale.

Au début de saison le joueur et le club sont dans une impasse. Il souhaite rester et prouver sa valeur, mais l’entraîneur et les supporters n’ont plus confiance en lui. Emery annonce en conférence de presse, que le joueur devait partir pour espérer jouer régulièrement et être heureux. Le club veut s’en séparer, mais les prétendants ne se bousculent pas au portillon. Pourquoi ? Le joueur a perdu de sa valeur et le club souhaite récupérer l’argent investi. Comme annoncé par son coach, Mustafi n’a toujours pas figuré sur la feuille de match en Premier League cette saison.

L’exclusion d’un joueur n’est pas une première pour Emery. Les parisiens se souviennent encore du cas Ben Arfa, mis à l’écart pendant presque deux ans. À l’heure actuelle la comparaison semble plus pertinente avec le cas de Mesut Özil qui ne fait plus partie des plans d’Emery sans explication claire de ce dernier. La gestion de Ben Arfa avait fait parler à l’époque, mais les conséquences économiques et sportives étaient minimes pour le club parisien.

Côté Londoniens la situation est tout autre. Özil est le plus gros salaire du club et Mustafi reste une option majeure dans un secteur défensif toujours en grande difficulté. C’est pourquoi il a eu droit à du temps de jeu en coupes. Avec brio pour le moment, puisque son équipe n’a pas encaissé de buts lors de ses trois titularisations. Les bonnes performances de l’Allemand peuvent-elles contrarier un départ qui semblait inéluctable il y a de ça quelques semaines ?

Mustafi et Ozil

Alors que Mustafi a été érigé en bouc émissaire, la multiplication des erreurs défensives de la paire Luiz-Sokratis depuis le début de saison laisse à penser que le mal est plus profond pour les Gunners. Au-delà des lacunes individuelles évidentes, c’est peut-être davantage le système défensif qui est à repenser.

Le plan de jeu minimaliste prôné depuis le début de saison par l’équipe en championnat expose énormément le secteur défensif. Or ce n’est pas dans l’ADN du club de rester recroquevillé devant ses cages à chaque match. On attend d’une équipe de ce rang qu’elle prenne davantage le jeu à son compte. La qualité technique des milieux et des joueurs offensifs doit permettre à Arsenal de jouer plus haut et ainsi soulager une défense fébrile.

Les retours de blessure de Bellerin, Tierney et Holding en équipe première devraient bousculer la hiérarchie des défenseurs. Mustafi de son côté réalise un début de saison convaincant, dans des compétitions moins prestigieuses que le championnat d’Angleterre. À l’abri des regards, il regagne la confiance qui lui fait défaut depuis plusieurs mois sur le terrain. Et si le retour au top était arrivé pour Mustafi ?

#Julien #COYG

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