L’affaire Xhaka, comment en est-on arrivé là ?

La journaliste et écrivaine Amy Lawrence a publié ce lundi matin un article dans The Athletic sur le cas Xhaka et plus globalement la situation d’Arsenal en ce moment. Voici la traduction de l’article :

L’ambiance a rapidement pris feu et tout d’un coup l’Emirates a été engloutis par un tourbillon émotionnel. Derrière le but de la tribune North Bank, les réactions ont éclaté lorsque les fans ont remarqué Granit Xhaka marcher lentement quand il a été remplacé. Les acclamations ironiques ont tourné autour du stade et se sont ensuite transformées en hués. Mais tandis que beaucoup se joignaient pour humilier et provoquer le joueur, d’autres dans la foule fiévreuse se sentaient consterné, qu’une vague d’injures puisse tomber sur le capitaine d’Arsenal — Quel qu’il soit et peu importe ses limites.
Sur la ligne de touche, c’était trop pour Lucas Torreira. L’Uruguayen a fait demi-tour et a regardé les fans qui bordaient le tunnel. Il a tendu les bras comme pour demander : Qu’est-ce que c’est que ça ? Il était tellement bouleversé qu’il a fondu en larmes, debout là sur le bord de l’herbe que Xhaka avait traversé sur sa route tortueuse loin du terrain pour sortir de là. Hector Bellerin est venu pour consoler Torreira. Unai Emery a pris dans ses bras le petit Uruguayen.

Torreira par Stuart MacFarlane
Torreira par Stuart MacFarlane

Dans le vestiaire, la fureur de Xhaka à chaud était palpable. Les émotions étaient fortes dans tout le stade.  Plus tard, en dessous des ascenseurs VIP, il y a eu une réunion de deux anciens capitaines d’Arsenal, Pat Rice et Thierry Henry, qui se sont enfermés dans une longue et sincère étreinte. Qu’est-ce qu’ils ont dû penser de tout ça. Rice était l’un de ceux qui ont fièrement transmis la célèbre devise — « Rappelez-vous qui vous êtes, ce que vous êtes et qui vous représentez » — à des centaines de joueurs avec qui il a travaillé d’abord comme coéquipier, puis comme entraîneur des jeunes, et enfin comme entraîneur adjoint.
Les footballeurs de nos jours viennent du monde entier et sont invités à être achetés par un club particulier. On s’attend à ce qu’ils aient une idée de sa personnalité et de sa réputation. Le mécontentement de Torreira a résumé la confusion et la colère ressenties par beaucoup au sein de l’équipe de voir un ami assailli par les fans du club comme ça. Xhaka est leur coéquipier. Tout le monde dans le club l’aime bien. Il est l’un des joueurs qui a fait le plus grand effort pour comprendre le club et projeter dans le vestiaire ce qu’il est censé représenter. Certaines sources affirment qu’il a quitté le stade avant même la fin du match bien qu’un porte-parole d’Arsenal ne pouvait pas le vérifier. Ses coéquipiers se souciaient tellement de son moral que trois joueurs sont allés rendre visite à Xhaka chez lui dimanche soir pour offrir leur soutiens.

Xhaka Emery Palace
Emirates Stadium, London. 27th October 2019. Paul Terry/Sportimage

Il y a des conséquences d’une telle rupture entre un coéquipier populaire et les fans. Cette dernière amène le reste de l’équipe à se poser beaucoup de questions. Pourraient-ils se sentir un peu plus vulnérables sur le terrain ? Moins sûrs du soutien des supporters ? Il y a aussi des conséquences évidentes pour Xhaka, qui va se demander s’il va devoir partir d’ici. Il est dévasté par toute cette affaire. Le milieu de terrain suisse est t-il allé trop loin ? Unai Emery doit aussi porter le poids de cette situation. Les « pourparlers internes » auxquels il a fait allusion et qui auront lieu cette semaine pour tenter de calmer cette tempête ne seront pas faciles. Le désordre qui doit être démêlé découle en partie de la décision trop compliquée d’Emery sur qui prendrait en charge le capitanat d’Arsenal cette saison. C’est devenu un plus grand problème que nécessaire. Les semaines se sont poursuivies sans annonce officielle pendant qu’il remplissait les fonctions de capitaine, le laissant comme s’il était un dernier recours.
Il est devenu le symbole le plus visible de toutes les complications dont Arsenal souffre actuellement. L’éloignement avec le style de football qui a fait son charme. Les défauts dans le plan de jeu qui ont vu l’équipe punie pour des erreurs défensives et avec un service créatif réduit aux seuls attaquants. Xhaka était un joueur qui divisait dans tous les cas, mais il est devenu une cible pour la critique en raison de la perception qu’un capitaine est plus ou moins toujours obligé de jouer quand il est en forme.  Bien sûr, il y a une autre cible qui est Mesut Özil. Parce que l’Allemand est aussi sous le feu des critiques. Avoir deux joueurs dans cette situation (Si Xhaka est écarté) est très problématique aujourd’hui.
Ce mois-ci, Xhaka est devenu père. Avec tout le tourbillon d’un nouveau bébé et les énormes changements personnels qui viennent avec la parentalité, il est soudainement à un point critique dans sa carrière. Peut-être que certains comprendront qu’il se passe beaucoup de choses qui peuvent avoir une incidence sur la façon dont une personne contrôle son état émotionnel. Peut-être que certains reconnaissent que si les fans sont sur votre dos pendant des semaines, finalement c’est une réaction humaine compréhensible. D’autres ne seront pas aussi indulgents. C’est la nature discrétionnaire d’avoir un profil public à l’ère des réseaux sociaux. Il n’est pas le premier à être hué ou raillé. Le bouc émissaire n’est pas un phénomène nouveau. Il y a 11 ans, Arsenal a été témoin de quelque chose de comparable. Emmanuel Eboue est rentrée en jeu dans un match contre Wigan et a réalisé un match si misérable qu’il a été remplacé plus tard sous une pluie de huées. Il a pleuré. Cela dit, dans les vestiaires, il s’est vite remis à danser en musique et à avoir le sourire.

William Gallas – 23.02.2008- Birmingham City / Arsenal – 27eme journée de Premier League

L’affaire Xhaka a également été en quelque sorte un rappel de la fois où William Gallas a abandonné ses responsabilités vers la fin d’un match à Birmingham en 2008 lorsque la jambe d’Eduardo Silva a été cassé et qu’un penalty a été sifflé en fin de match contre Arsenal, cela avait poussé Gallas à s’asseoir dans le rond central au lieu de défendre. Les circonstances étaient là mais Gallas a été considéré comme quelqu’un n’ayant pas le comportement qui correspond à un capitaine d’Arsenal. 

La situation de Xhaka devrait permettre à beaucoup de fans d’examiner aussi leur propre conscience. Il y a un décalage entre les anciennes notions de soutien de l’équipe à travers les bons et mauvais moments et l’expérience plus moderne de payer votre place qui donne le droit de critiquer aussi librement et avec la véhémence. Un supporter qui surveillait tout cela depuis plus de quatre décennies a sorti son portefeuille de tickets d’abonnements “red member” de son manteau, l’a regardé avec tristesse et a dit : « Je pense que c’est peut-être tout pour moi ». Une ligne avait été franchie. Ce sentiment d’en faire partie, d’avoir quelque chose en quoi croire, a été grandement étirée ce dimanche à Arsenal. Les fans, les joueurs, le personnel et la hiérarchie en sont tous très conscients. D’une façon ou d’une autre, Emery doit essayer de rassembler l’équipe alors que tout se déchire.

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Texte original d’Amy Lawrence pour The Athletic, traduit par Bergunner

Bergunner

Arsenal Till I Die

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