Le casse tête d’Arteta

En clôture de la 8e journée de Premier League, Arsenal a lourdement chuté à domicile, contre Aston Villa et ce, une semaine après avoir gagné à Old Trafford pour la première fois depuis 14 ans (en Premier League). Cette contre-performance a eu le mérite d’exposer toutes les faiblesses des Gunners au grand jour. Arteta et ses hommes doivent désormais profiter  de la trêve internationale pour redoubler d’efforts et trouver des solutions pour le reste de la saison.

Et pourtant, depuis le 20 décembre 2019, date à laquelle Arteta récupère officiellement les rênes d’Arsenal, l’Espagnol n’a pas chômé. Héritier d’une équipe en lambeaux, plombée par la gestion humaine des derniers mois de l’ère Emery et la tête sous l’eau après une série de mauvais résultats sportifs sans précédent, il a su redonner de l’allant au peuple rouge et blanc.

Le premier des douze travaux d’Arteta a consisté à remettre en selle des garçons égarés. Redonner confiance à un groupe qui ne savait plus gagner et se contentait de subir les assauts adverses. Sous les ordres d’Emery, Arsenal subissait en moyenne 17 tirs par match. Une tare qui a été rapidement gommé, le nombre de tirs chutant à 10 sous Arteta.

Ces chiffres ne prennent en compte que les 5 premiers matches d’Arteta

L’ancien adjoint de Guardiola à Manchester City, s’est affairé à consolider l’assise défensive de l’équipe. En premier lieu, il s’est attaqué aux sorties de balle de son équipe, jusqu’alors sujettes à plaisanteries. Dès sa prise de poste, Emery avait instauré comme principe de base de son jeu les relances courtes, depuis le gardien, afin d’attirer le bloc adverse pour pouvoir attaquer l’espace libre avec les attaquants rapides à sa disposition. Cependant, cette philosophie de jeu a rapidement montré ses limites, puisque ces prises de risques à la relance ont, à plusieurs reprises, donné lieu à des buts gags sous Emery.

Sans rogner ce principe de jeu, la qualité des sorties de balle s’est considérablement améliorée sous les ordres d’Arteta, grâce à la mise en place de circuits de passes préétablis, facilitant le travail des défenseurs. Les transitions rapidement jouées, en une ou deux touches de balles, en partant d’un côté pour mieux attaquer l’espace laissé libre à l’opposé ont donné lieu à des buts sublimes. Ces actions de jeu parfaitement rodées, quasi-robotiques dans leur réalisation, ont mis en lumière le travail minutieux d’Arteta.

image Telegraph

L’amélioration des sorties de balle sous pression, n’a pas fait à elle seule la solidité défensive d’Arsenal. Il aura fallu deux défaites en ouverture du restart, 3-0 face à Manchester City et 2-1 face à Brighton, pour qu’Arteta troque son 4-2-3-1 pour un 3-4-3, qu’il n’a, dès lors, plus quitté. Un système de jeu qui a renforcé encore davantage l’assise défensive de l’équipe et permis d’engranger de bons résultats en fin de saison dernière.

Ce système très flexible permet d’ajuster la structure du bloc avec et sans ballon, en alternant au cours du match d’une défense à trois à une défense à quatre selon les situations de jeu. Le système se déforme tellement qu’il en devient parfois asymétrique, avec un penchant pour le côté gauche. Pas étonnant quand on sait que la clé de voûte de son système se trouve précisément sur ce côté. L’arrière gauche, le plus souvent Tierney, est capable d’occuper deux rôles, permettant à son équipe de passer d’une défense à 3 ou à 4 selon les besoins.

De plus, Arteta s’inspire de Guardiola et incite les pistons à aller au cœur du jeu, en phase offensive. Lorsque l’équipe a la possession, il n’est alors pas rare de voir un des milieux de terrain redescendre pour compenser les montées des latéraux (ndlr Elneny à droite ou Xhaka à gauche).

Arteta est parvenu à améliorer l’aspect défensif de son jeu en impliquant tous les joueurs dans les tâches défensives, Lacazette étant le premier défenseur de l’équipe. Conséquence logique de ces ajustements, Arsenal a encaissé 8 buts de moins sur la phase retour en championnat. L’équipe n’a plus peur de jouer face aux membres du Big 6 et se voit récompenser par des victoires en FA Cup et lors du Community Shield. Arteta est parvenu à obtenir de tels résultats en s’appuyant sur la très bonne défense qu’il a construit et en exploitant au mieux la forme d’Aubameyang, sur un nuage l’an dernier. Replacé sur l’aile gauche par Arteta et malgré une participation accrue aux tâches défensives de l’équipe, le Gabonais a continué de faire trembler les filets à la moindre occasion (buteur en finale des deux coupes).

Suite au mercato estival, le verrou défensif d’Arsenal a été renforcé par les arrivées de la pieuvre Thomas Partey dans l’entrejeu et de l’imposant et non moins technique Gabriel en défense centrale, élu meilleur joueur du mois de septembre et d’octobre par les supporters d’Arsenal. Arteta s’appuie également sur l’inépuisable Mohammed Elneny, prêté à Besiktas l’an dernier. L’Egyptien a fait la démonstration de ses qualités lors de la victoire à Old Trafford. D’ailleurs, après ce résultat probant, les Gunners détenaient la meilleure défense de Premier League, avec 7 buts encaissés en autant de journées.

Oui mais voilà, face aux Villans, cette solidité défensive a totalement volé en éclats, sans que les Gunners aient besoin de se découvrir. Bien au contraire, l’Arsenal d’Arteta a viré à la caricature. Un conservatisme défensif, illustré par le premier but encaissé, où tous les joueurs d’Arsenal sont dans leur propre surface.

Cette frilosité dans le jeu, pèse aujourd’hui sur la production offensive de l’équipe, qui n’a plus inscrit de buts dans le jeu depuis quatre matchs en championnat.

C’est là que le bât blesse, le non-match face à Aston Villa est peut-être lié à l’accumulation des matchs, mais les problèmes offensifs des Gunners ne datent pas d’hier. Le plan de jeu d’Arteta a atteint ses limites face à certaines oppositions. Aubameyang, prolongé à prix d’or cet été, n’est plus servi, son nombre d’occasions de buts a drastiquement diminué cette saison. Lorsque l’on se penche sur les statistiques d’Aubameyang, on s’aperçoit que ses expected goals par 90 minutes (tr : le nombre de buts attendus par 90 minutes) sont en chute libre : 0,77 en 2018, à 0,47 en 2019 et 0,17 en ce début de saison. Problème, Arsenal dépend toujours de l’état de forme du Gabonais, le seul capable d’être régulier devant le but depuis trois saisons.

image Understat

En résumé, la production offensive de l’équipe d’Arteta est insuffisante, pour ne pas dire mauvaise. Arsenal est l’une des équipes les plus timides en Premier League et ne bénéficie plus de l’ultra-efficacité de ses attaquants. Sans tomber dans l’overdose de chiffres, en regardant simplement le nombre de tirs par match d’Arsenal, on se rend compte du déclin de l’équipe dans ce domaine.

Toutefois, la quantité de tirs, ne dit rien de la qualité des actions et si Arsenal convertit plus d’actions de buts que la moyenne, elles se font encore trop rares. Pour James McNicholas et Tom Worville ce manque d’occasion est notamment imputable à la lenteur d’Arsenal balle au pied. Ils ajoutent qu’Arsenal ne change pas assez de rythme pour déstabiliser l’adversaire.

Pour résoudre ce problème offensif que faire ? Changer le système ? Changer les hommes ? Changer l’animation ? C’est à Arteta d’y répondre, mais une chose est sûre des changements doivent avoir lieu. Arteta en est bien conscient et a affirmé réfléchir à un nouveau dispositif. Il sait aussi qu’une grande équipe doit marquer entre 90 et 100 buts. On est donc loin du compte.

Après avoir trouvé l’équilibre défensif, Arteta doit désormais trouver un moyen de créer le déséquilibre pour marquer davantage de buts. C’est lui qui a posé les fondations d’une défense solide, en changeant l’état d’esprit de l’équipe à la perte de balle, en améliorant les sorties de balle, en renforçant le niveau intrinsèque des joueurs au mercato, en passant à trois derrière et en réduisant le nombre d’actions concédées. Au fond, le dilemme d’Arteta est le suivant : comment améliorer la production offensive sans renier la solidité défensive de l’équipe ? Il doit maintenant travailler à faire le lien entre la défense et l’attaque, pour que ses artificiers puissent s’exprimer librement.  Il devra peut-être renoncer à une partie de la solidité défensive qui a fait sa réussite, pour mieux attaquer. Accepter de se découvrir pour mieux piquer.

Sources :

twitter : @orbinho ; @KeenosAFC

https://understat.com/player/318

https://www.telegraph.co.uk/football/2020/09/14/revealed-arsenal-keep-scoring-goal/

https://theathletic.co.uk/2191448/2020/11/11/artetas-shot-shy-gunners-quality-chances-but-slow-build-up-blunting-aubameyang/

#Julien B  #AFC

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