Quelles seront les conséquences d’un Brexit dur sur la Premier League? (1/2)

Après de très longues discussions, mêlant conflits et désaccords, la mise en application du Brexit devait s’effectuer ce jeudi 31 octobre 2019. Finalement, un nouveau report a été accordé jusqu’en janvier 2020. Ce report a pour but d’éviter l’option d’un Brexit dur, sans accord commercial donc entre le Royaume-Uni et l’Union Européenne. 

Pour en apprendre davantage sur les potentielles conséquences, pour la Premier League, et donc d’Arsenal, d’un hard Brexit, nous avions interviewé en mai dernier (date initialement prévue pour le Brexit) Anthony Alyce, fondateur d’Ecofoot et journaliste spécialisé dans l’économie du sport. Interview.

*Interview originale à retrouver dans notre émission The Chronic disponible sur Youtube en cliquant ici.

Pouvez-vous nous expliquer un peu l’état actuel de la Premier League concernant le Brexit ?

Aujourd’hui, il est difficile de pouvoir évaluer précisément les conséquences qu’aura le Brexit sur l’économie de la Premier League, pour deux raisons. Tout d’abord, l’incertitude politique autour de cette question et car la Première League sera « spectatrice » des décisions politiques qui seront prises. Le championnat n’aura pas la capacité de peser sur les décisions.

Les vingt clubs de Premier League avaient voté unanimement contre le Brexit, leurs positions ont-elles changées depuis ?

La position de la plupart des dirigeants de Premier League est toujours contre ce Brexit, certains dirigeants se sont plus mouillés que d’autres, notamment dans la presse ou dans certaines campagnes de lobbying comme Karen Brady (vice-présidente de West Ham). A savoir que de nos jours, les propriétaires des clubs sont souvent des étrangers, et n’ont donc aucun intérêt à ce que ce Brexit se concrétise.

A quels clubs anglais ce Brexit profiterait ? Est-ce que le BIG 6 va vraiment en pâtir ?

Il y a toujours deux scénarios possibles sur la table. Le « Soft Brexit » aurait jusqu’à 2021 voire 2022 peu d’impact sur la Premier League, mais cet accord a été rejeté trois fois, et c’est peu probable de le voir voté. Dans le cadre du « Hard Brexit », il existe trois effets qui pourraient être assez impactant sur l’économie globale de la PL.

Tout d’abord, l’affaiblissement possible de la livre sterling, sachant qu’encore aujourd’hui les revenus enregistrés par les clubs sont en livres sterling. Autre élément, c’est la possibilité de mettre fin à la libre circulation des travailleurs européens. La fédération anglaise pourrait faire aboutir des projets de quotas de joueurs nationaux. C’est un élément qui pourrait nuire à la compétitivité du foot anglais. Et autre élément important, c’est que le championnat de PL est en Europe, le plus globalisé avec des propriétaires étrangers à la tête des clubs, des sponsors-maillots souvent étrangers et avec des droits TV internationaux très importants. Un «Hard Brexit » serait vu comme un repli de la Grande-Bretagne sur elle-même et cela pourrait avoir des conséquences dans cette globalisation du championnat. D’autres pourraient prendre la place sur la scène internationale, on pourrait notamment penser à la Ligue 1.

Si aujourd’hui on devait citer un club qui pourrait bénéficier éventuellement d’un Hard Brexit, ce serait un club qui aurait anticipé ce scénario. Alors ça va peut-être vous étonner dans la réponse, mais ça serait peut-être le club de Brighton, puisque la direction a recruté Dan Ashworth, comme directeur technique, qui était un ancien cadre de la fédération anglaise, coordinateur des équipes de jeunes et qui a effectué un excellent travail au sein de la fédération anglaise. Aujourd’hui, Brighton a dans son organigramme, la personne qui connait le mieux le marché des jeunes joueurs anglais, ça peut être un avantage compétitif non négligeable en cas de Hard Brexit et d’éventuelle restriction sur le recrutement de joueur étrangers.

Source : footpol.fr

Au dernier mercato hivernal, on a vu qu’il y avait beaucoup moins d’investissements de la part des clubs anglais. Est-ce que justement, en cas de Brexit « dur », l’argent sera réinvesti dans les académies, et donc par conséquent, y aura-t-il plus de joueurs « homegrown » qui verront le jour dans les équipes premières ?

C’est possible. Ça ne va pas faire plaisir aux supporters d’Arsenal mais à ce niveau-là on peut dire que Tottenham a aussi une certaine longueur d’avance étant donné que c’est surement le gros club de Premier League qui forme le plus de talents aujourd’hui. Après pour vous dire la vérité, je ne pense pas que les clubs de Premier League n’anticipent pas un tel scénario avec de réelles restrictions sur le recrutement de joueur à l’étranger.

Est-ce que les clubs sous-estiment ces restrictions ?

Ce que se disent les clubs anglais c’est que malgré tout, si le Brexit venait à mal se passer, elles essayeraient d’obtenir des compensations et des exceptions pour l’univers sportif global et maintenir la compétitivité du sport professionnel anglais. Ils ont de réelles chances d’obtenir des exceptions si cela venait à mal se passer car aujourd’hui le secrétaire d’Etat au sport (Jeremy Wright) est plutôt quelqu’un qui défend un maintien du Royaume-Uni dans une zone douanière avec l’Union européenne. Les clubs de Premier League misent sur cette éventualité-là.

Justement on parlait des investissements, et vous parliez de la dépréciation de la livre sterling. Cette dépréciation, elle entraîne quoi pour les clubs anglais et surtout les gros clubs ayant des gros budgets ? 

Alors le premier problème c’est que du coup, une livre sterling qui viendrait à perdre de la valeur par rapport à l’euro ferait que les joueurs recrutés sur le marché européen seraient plus chers. Ça a déjà eu un petit impact au moment d’ailleurs de la victoire du Brexit, la livre sterling a, à peu près perdu 10%. Depuis, elle a un petit peu remonté mais elle n’a pas retrouvé son niveau d’avant, donc il y a déjà ce problème-là du renchérissement des joueurs. Il y a également le fait qu’on soit dans un marché finalement globalisé. On a aujourd’hui des joueurs qui exigent de leur club des clauses dans leur contrat qui, en cas de nette dévalorisation de la monnaie, que, soit le salaire soit compensé par rapport aux baisses de taux de changes, soit un paiement en devises étrangères. On sait que ce sont des pratiques qui sont notamment courantes en Super League en Turquie où la monnaie turque subie de grosses fluctuations et du coup les joueurs demandent à être payés en monnaies étrangères : soit en euros, soit dollars. Donc du coup ça pourrait également entraîner dans ces cas-là une hausse de la masse salariale au sein des clubs.

Est-ce que justement ça a été anticipé par les clubs, ou pas du tout ?

Aujourd’hui non. On sait qu’il y a certains clubs quand même qui essayent de couvrir les risques de changes. En cas de plongée de la livre sterling, vous avez des mécanismes financiers ou des assurances qui paieraient la compensation liée à la chute du taux de changes. On sait que les dirigeants de certains clubs comme Manchester United ou City ont évoqué avoir pris leurs dispositions en cas d’une baisse importante de la livre sterling. Après le risque est anticipé mais malgré tout, les clubs de Premier League ont du mal à y voir clair et même au niveau des plus hautes responsabilités politiques aujourd’hui on ne sait pas réellement ce qui va se passer.

Y’a-t-il déjà des conséquences visibles de ce flou complet ?

Alors j’ai mentionné tout à l’heure Brighton qui essayait d’anticiper ce possible changement de contexte politique et économique. Il y a également des effets sur Tottenham qui avait contracté notamment des prêts en dollars pour financer une partie de son nouveau stade et le fait qu’entre-temps la livre sterling ait perdu un peu de sa valeur, les coûts financiers du stade ont augmenté. Ce n’est pas anodin si Tottenham n’a pas énormément recruté lors des derniers mercatos. C’est vrai que lors du dernier mercato hivernal, il y a eu moins d’investissement et c’est possible qu’il y ait une position un peu plus attentiste car on aimerait au sein des clubs de Premier League y voir clair avant de se lancer à nouveau dans de grosses politiques d’investissements dispendieuses pour recruter de nouveaux joueurs.

Il y a un autre élément que je n’ai pas évoqué, certains spécialistes disent que les droits TV domestiques de Premier League vont connaître une légère baisse sur 2019-2022 par rapport au cycle actuel en raison du Brexit. Ils évoquent une possible baisse de pouvoir d’achat du marché intérieur britannique. C’est un scénario qui, pour moi, n’est pas totalement vrai. Ce sont plutôt les accords de distribution négociés entre BT et Sky qui font que la concurrence a été moins importante et qui a entraîné cette légère baisse des droits TV domestiques.

*2e partie de cette interview à retrouver sur notre site internet dans les prochains jours.

#Albin #Benjamin

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