Vente de maillots et coût d’un transfert

Le constat est simple : beaucoup de supporters pensent que la vente de maillots permet de compenser presque en totalité les indemnités pour le transfert d’un joueur.

S’il est vrai qu’un joueur-star comme Pogba, Ozil ou Hazard permet aux clubs d’augmenter leur volume de vente de maillots, dire que cela leur permet de rembourser l’achat d’un joueur est totalement faux.

La Premier League nage dans les billets

L’incroyable revalorisation des droits TV pour diffuser les matchs de Premier League a encore un peu plus agrandi le fossé entre le football anglais et le reste de l’Europe. Conséquences : des clubs très riches mais une inflation importante dans les prix des transferts.

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Outre le fait que le total des indemnités transferts lors du dernier mercato estival a passé la barre symbolique de 1 milliard de livres, bon nombre de clubs ont vu leurs records d’indemnités de transferts exploser cet été.

Ainsi, 13 des 20 clubs de Premier League ont battu leurs records d’indemnités transferts durant le dernier marché des transferts ! Un record de records en quelque sorte.
(Les montants peuvent être plus ou moins variables en fonction des bonus)

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La vente de maillots : mythe et réalité

Quand on observe le prix des maillots de football vendus par les clubs et les quantités écoulées, on peut se dire que c’est la poule aux oeufs d’or pour certains clubs. Mais jamais un club n’a vendu assez de maillots pour compenser totalement l’achat d’un joueur.

Les vrais gagnants sont les sponsors : Adidas, Nike et Puma en tête. Là aussi, le marché est très concurrentiel et logiquement inflationniste, notamment avec l’arrivée de nouveaux équipementiers comme New Balance ou Le Coq Sportif.

Prenons le cas d’Arsenal et de son sponsor maillot, Puma. Le contrat entre la marque allemande et le club londonien est l’un des plus lucratifs en Europe. Ainsi, Arsenal a signé un contrat de 5 ans (2013-2018) avec Puma pour un montant d’environ 40 millions d’euros par an, soit environ 200 millions d’euros.

Si ces montants paraissent très élevés pour simplement apposer son logo sur un t-shirt, les retombées pour les sponsors sont importantes. Outre le fait de pouvoir vendre des maillots de la marque aux supporters, cela permet aussi d’être associé à un grand club et de gagner des parts de marché dans les pays « émergents », notamment asiatiques. Enfin, et c’est sûrement le point le plus important, ces contrats sont surtout des licences entre la marque et le club. Et c’est sur ce dernier point que nous allons revenir.

Un club de football même aussi riche et développé qu’Arsenal ne possède pas les infrastructures nécessaires à la fabrication de maillots par millions. Les sponsors sont donc indispensables.
Avec ces licences, les marques s’assurent de toucher entre 85 et 90 % des revenus issus de la vente de maillots ! On pourrait penser que les 10 à 15% restants sont donc des revenus pour le club, et bien non.

Arsenal n’est même pas sûr de toucher les 10 à 15% restants. En effet, Puma versant déjà une grosse somme (40M€ par an) à Arsenal, ce dernier ne touchera des royalties qu’à partir d’un certains nombre de maillots vendus. Ces chiffres sont évidemment confidentiels.

Arsenal étant en 2015/2016 la seule équipe sous contrat avec Puma à être dans le top 10 des clubs qui vendent le plus de maillots, on imagine que les quotas doivent être atteints. D’autres facteurs rentrent aussi en compte, comme le nombre de joueurs  sponsorisés par la même marque que le club.

Enfin, on peut aussi rajouter qu’un club dans le Top 10 européen en terme de ventes de maillots va pouvoir plus facilement négocier les contrats et les revenus commerciaux avec les sponsors.

En 2015/2016, Alexis Sanchez est le 9ème joueur en Europe à avoir vendu le plus de maillots avec environ 566 000 unités.

Transféré du FC Barcelone à Arsenal pour une somme d’environ 40 millions d’euros, admettons que lors de son arrivée en 2014, Alexis Sanchez ait vendu 400 000 maillots sur la saison.
Avec un prix d’environ 85€ l’unité pour un maillot, les revenus générés seraient de 34 millions d’euros !

C’est souvent là que l’erreur est commise et que certains supporters pensent que le transfert est presque totalement payé par la vente de maillots.

Comme on l’indiquait plus haut, Arsenal ne percevra qu’une part comprise entre 10 et 15%. Si nous prenons une hypothèse médiane avec des royalties à hauteur de 12,5%, cela représenterait 4,2 millions d’euros, donc bien en deçà du montant initial même si cette somme reste non-négligeable.

L’autre point à prendre en compte est qu’un supporter achète rarement plus d’un maillot de son équipe. Ainsi, un supporter qui choisit de floquer son maillot « Alexis », ne choisira pas un autre maillot « Walcott » comme il aurait pu le faire l’année d’avant. Donc sur l’ensemble des maillots vendus, le volume de vente n’augmentera pas drastiquement.

Il est alors facile de comprendre le pouvoir des sponsors dans le business du football moderne et notamment pour les marques historiques (Adidas et Nike). Adidas a gagné plus d’argent lors des 6 derniers mois que Manchester United lors de ses 138 dernières années d’existence !

On peut ainsi largement relativiser les sommes proposées par les sponsors aux clubs.

Le coût d’un transfert pour un club

Les coûts des transferts sont aussi des processus opaques pour beaucoup de supporters. En effet, on s’imagine souvent qu’en début de mercato, telle équipe à une enveloppe de X millions d’euros et qu’un joueur acheté Y millions d’euros est déduit de cette enveloppe. Tout d’abord, il est presque impossible pour une personne extérieure au club de déterminer quel montant dispose un club pour recruter. Ensuite, si dans un sens le raisonnement est bon, il est pourtant très loin de la façon dont est calculé le coût d’un joueur par un club.

Prenons l’exemple du transfert de Granit Xhaka à Arsenal. Le joueur a été acheté pour environ 45 millions d’euros, il bénéficie d’un contrat de 5 ans et d’un salaire d’environ 140 000€ par semaine.

Pour un club comme Arsenal qui bénéficie d’une « réserve de cash » importante, il n’y aura pas de difficultés à payer l’indemnité de transfert dans les 12 mois suivants. Plus le club paye rapidement, moins le coût du transfert sera élevé, donc beaucoup de clubs choisissent d’échelonner le paiement sur quelques mois, plutôt que sur plusieurs années.

Cependant, dans la comptabilité des clubs et c’est dans cette logique qu’un club raisonne lorsqu’il achète un joueur, le montant de 45 millions d’euros ne sera pas inscrit en une fois. Cette pratique est appelée « l’amortissement d’un joueur », et permet de ne pas enregistrer l’indemnité complète mais de répartir ce montant sur la durée du contrat du joueur.

Restons, sur le transfert de Xhaka : Pour Arsenal, le joueur ne coûte pas 45 millions d’euros mais 9 millions d’euros pour chaque année de contrat du joueur (5 ans). A ce montant il faut ajouter le salaire d’environ 7,2 millions d’euros par an. Xhaka coûte donc environ 16,2 millions d’euros par an à Arsenal.

C’est à ce moment qu’on constate l’importance du coût d’un salaire dans le transfert d’un joueur. A indemnité égale, 2 joueurs achetés par 2 clubs différents peuvent coûter beaucoup plus cher à un club qu’à un autre.

Si un Xhaka bis était acheté par le PSG, et que le club lui offre un salaire de 200 000€ par semaine et un contrat de 5 ans. Alors le joueur coûtera au club environ 19,5 millions d’euros par an, soit 20% plus cher que le Xhaka acheté au même prix par Arsenal.

Enfin, on peut ajouter à cela, le coût de l’agent du joueur ou du club, les droits à l’image, les bonus etc. Les transferts sont donc des procédés très opaques et complexes à appréhender totalement, mais ce qu’il est important de comprendre c’est comment un club calcul le coût d’un joueur.

 

Article inspiré du Guardian : https://www.theguardian.com/football/the-set-pieces-blog/2016/aug/24/transfer-window-market-myths?CMP=share_btn_tw

 

#Ben

 

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