William Saliba, un futur Gunner ultra attendu

Dans “The Athletic”, le journaliste britannique James McNicholas explique pourquoi le jeune joueur français, appartenant déjà aux Gunners mais prêté dans le Forez jusqu’à la fin de la saison, suscite tant d’enthousiasme dans les travées de l’Emirates Stadium. Traduction.

Coup de sifflet final. William Saliba serre les poings et congratule deux de ses coéquipiers. Ils sont plus âgés que le jeune défenseur mais ce sont bien les bras de Saliba qui les enveloppent, son cri de guerre et de soulagement qui parvient dans leurs oreilles. Il est clair que ce n’est pas une attitude commune chez tous les joueurs de dix-huit ans.

Saint-Etienne vient de battre Monaco sur le score de 1-0. L’attaquant star adverse, Wissam Ben Yedder, restait sur une bonne série de huit buts sur les neuf derniers matchs. Face à Saliba, tous ses efforts ont été vain, calmement noyés par Saliba, qui a permis à son équipe de garder sa cage inviolée pour la troisième fois en quatre matchs.

Tout au long du match, il y a une certaine sérénité dans la façon qu’à Saliba à contenir le danger. Bernard Diomède, l’ancien ailier de Liverpool qui a entraîné Saliba dans l’équipe de France des moins de vingt ans, a remarqué que le défense central présente un impressionnant “sang-froid”. Sur le terrain, il est impassable, dégage de la sérénité.

Dans le vestiaire après le match, c’est bien lui qui mène les célébrations. Il rythme les chansons de célébration, transforme une table de massage en tambour. Après l’effort, la fête et la célébration.

La combinaison de la tranquillité et de la passion, de la glace et du feu est au coeur de l’identité de Saliba. Ils lui servent. Dans la vieille ville minière de Saint-Etienne, Arsenal semble avoir trouvé de l’or.

“Bondy est bon pour les footballeurs”, dit Saliba, le dernier d’une formidable liste de sportifs de haut niveau ayant éclos dans cette région, devenant des stars. “Il doit y avoir quelque chose de magique dans l’eau”.

Ce coin particulier de la banlieue parisienne a une capacité surnaturelle à produire des joueurs. A part Saliba, l’excitant Jonathan Ikoné, maintenant à Lille, et le champion du monde Kyllian Mbappé ont aussi été façonné ici. De la ville manière à cette banlieue négligée, de belles carrières ont été forgées.

Techniquement, Bondy fait partie de la région parisienne la plus large connue comme l’Ile-de-France. Pour beaucoup, c’est juste une cité de la banlieue nord de la capitale, malfamée, pauvre, populaire, délaissée. Ici, la luminosité de la ville des lumières est un peu distante. Dans cette région multiculturelle, une religion commune prospère : le football.

Il y a plus de trente mille entraîneurs licenciés dans la banlieue parisienne, plus de 250 000 personnes aspirent à être footballeurs. Dans des régions où le chômage augmente de plus de 40%, l’opportunité de jouer est pérenne. C’est une zone plus populaire que le Portugal, maintenant infestée de scouts cherchant l’or dans les quartiers sensibles. Et c’est ici que l’équipe française championne du monde a trouvé son identité : avec Pogba de Lagny-Sur-Marne, N’Golo Kanté de Suresnes, et Mbappé de Bondy.

Malgré une différence d’âge de trois ans, les histoires de Saliba et Mbappé ne sont pas si différentes. Ils sortent de la même école primaire et quand Saliba commençait à jouer au football âgé de six ans, c’était dans l’équipe de Bondy entraînée par le père de Mbappé, Wilfrid. Saliba est souvent invitée par la famille Mbappé. “Il m’a tout appris”, a-t-il dit au Le populaire. “Si j’en suis ici aujourd’hui, c’est grâce à lui”.

Depuis, Mbappé et le jeune Saliba ont toujours rêvé de gagner des matchs. Dans sa jeunesse, Saliba a alterné entre jouer ailier, milieu, numéro 9. En faisant ça, il a comblé le contrôle qui le séparait des meilleurs défenseurs centraux. Aussi, Bondy a accès à une pelouse atroce, ce n’était pas une inhabituelle pour ces équipe d’être faites pour s’entraîner sur le terrain d’à côté. Sur cette pelouse difficile, des champions ont été construit.

Une poussée de croissance l’a vu grandir en tant que défenseur central et a commencé à attirer le regard de nombreux clubs professionnels. Tonnio Ricardio, un des jeunes entraîneurs de Bondy disait à France Bleu : “William était en avance. Il était un peu incohérent au niveau de ses mouvements parce qu’il est grand, mais, techniquement il n’était pas mal du tout. Il a été surclassé de l’équipe des moins de treize à l’équipe des moins de quinze. Il était très fort dans les duels, récupéré beaucoup de ballons et cassé les lignes. Il cherchait toujours des solutions”.

C’est là que les histoires de Mbappé et Saliba divergent. Alors que Kylian fut recruté par l’illustre académie de Clairefontaine. Saliba a manqué son passage à Paris, Auxerre et Bordeaux. A la place, il est retourné dans sa vie de Saint-Denis, rejoignant son équipe locale du FC Montfermeil à l’âge de douze ans. Peut-être que Saliba n’aurait jamais émerveillé la ligue 1 sans ce positionnement dans l’axe. Soudain, son pouvoir et sa technique ont été mis en lumière.

Fabio Frasconi a coaché Saliba pour deux saisons à Bondy mais a été décalé dans sa formation : “le club où il a explosé en deux saisons est bien Montfermeil. Une fois placé en défense centrale, il est devenu monstrueux. Même lorsqu’il était pressé par deux trois joueurs, il n’a jamais eu peur. Et si le match devenait compliqué pour l’équipe, il montait et créait du danger, marquait des buts, provoquant des penaltys”.

Son entraîneur Abdelaziz Kaddour, qui fut le pionnier de son changement de poste, savait qu’il avait quelque chose de spécial. Il avait beaucoup de personnalité, le rendant comme un leader naturel. Kaddour dit à 20 Minutes : “Il a beaucoup de charisme pour un jeune joueur de son âge. Dans le vestiaire, il avait une force, disait les bonnes choses. Il regardait tout le monde dans les yeux”.

Kaddour était un autre mentor de Saliba, même en allant loin, tellement qu’il s’éloignait de sa maison pour s’assurer d’être fort sur le terrain, consciencieux dans ses études autant que dans le football. l’entraîneur voulait être certain que Saliba se préparait à une vie autre que le football, au cas où il ne progresserait plus.

Il a pourtant progressé et son avenir footballistique est devenu alors clair. C’était à Montfermeil que Saint-Etienne, par l’intermédiaire de Ludovic Paradinas, scout stéphanois, notait le jeune défenseur. Il avait également repéré Bamba, Nordin, et a été scotché par le talent de Saliba. Troyes a tenté de le signer, mais le long partenariat entre Montfermeil et Saint-Etienne ont permis cette signature. Saliba avait treize ans et avait déjà joué avec les gens plus grand de deux ans de son âge. Il était prêt pour l’étape suivante, et un niveau supérieur.

A la fin de la saison 2018-2019, le directeur du centre de formation Philippe Guillemet a confirmé au journal Le Parisien “Il est toujours ici. Il est calme. Il veut rester, pour bien se remettre de sa blessure. Il est un peu le père des plus jeunes. Il leur donne des conseils “. Saliba, apparemment, n’a vu aucune raison de partir. Dans la ville de Saint-Etienne, le gamin de la banlieue parisienne a trouvé sa maison.

C’était durant la saison 2016-2017 que les supporters de Saint-Etienne ont entendu parler de l’arrivée dans l’équipe première de ce jeune joueur. Il avait alors joué vingt-six matchs pour l’académie, qui avait gagné la première division, battant l’équipe rivale de Lyon. L’année suivante, il atteint la barre des trente quatre matchs joués dans l’équipe des moins  de dix-sept ans et moins de dix-neuf ans, apparaissant aussi pour la réserve. En mai 2018, son progrès lui a permis de signer son premier contrat professionnel. Il avait presque dix-sept ans, presque quatre mois après, il jouait pour la première fois en Ligue 1.

Puis, l’entraîneur de Saint-Etienne Jean-Louis Gasset a été un catalyseur dans le développement de Saliba. Ayant fait la grande majorité de sa carrière comme un assistant, Gasset a pris les rênes de l’équipe en décembre 2017, son premier poste dans l’équipe phare des années 90. Il a stabilisé l’équipe, avant de chercher du sang frais. Perrin a faire avec Subotic la paire centrale de la défense, cependant le défenseur expérimenté étant plus près de la fin de sa carrière, Saliba a été identifié comme quelqu’un capable de compléter la légende stéphanoise Perrin.

Saliba face à l’attaquant français monégasque lors de la victoire 1-0 (Getty images, AFP)

 

C’est ainsi que Saliba fit ses débuts le 25 septembre 2018, contre Toulouse. Il était quelque peu nerveux but malheureusement l’expérience de ses coéquipiers lui a permis de la supporter. Il dit à la LFP “dans mon premier match, Yann M’Vila m’a dit de ne pas hésiter à lui donner le ballon lorsque j’étais en difficulté, même si j’étais en difficulté. Ils m’ont rendu la tâche moins difficile. C’était la voie idéale d’être jeté dans le grand bain”.

A la fin du mois de février, Saliba est devenu un membre permanent du groupe professionnel. Comme pour tout jeune défenseur, il y a eu des moments difficiles. Plus tôt dans l’année, Arsene Wenger admit “vous payez l’éducation des jeunes joueurs avec des points. Si je fais jouer un défenseur de vingt ans, il me coûtera des points dans la saison et je dois le prendre en compte. Un défenseur moins talentueux de vingt-huit ans me coûtera moins de points. Cependant, à vingt-trois ou vingt-quatre, le joueur est prêt”. Gasset l’a compris, et a gardé toute sa confiance pour le jeune joueur. “Même lorsque je jouais mal, à cause de ma jeunesse et de ma faible expérience, il a continué à me faire jouer”, Saliba expliquait. “C’est grâce à lui que j’ai progressé”.

Entre les matchs, Gasset aimait travailler avec lui son positionnement, le poussait à étudier des vidéos de Thiago Silva et Raphael Varane. Il a aussi énormément aidé Saliba en dehors des terrains. “il m’a appris à être un homme”.

Ce n’est pas ce qu’il manque de maturité.  Le défenseur Perrin illustrait l’assurance naturelle de Saliba dans une interview à L’Equipe, disant “Quand il est arrivé dans le vestiaire des pros, il était réservé, mais maintenant il rit avec nous. Le 2 mai, nous avons célébré la victoire en Coupe Gambardella, et avant de les rejoindre, William m’a dit d’un ton sérieux “Allez, célébrons avec les plus jeunes”. C’était marrant parce qu’il ne joue avec nous que depuis très peu de temps”.

La forme de Saliba lui a permis de signer un nouveau contrat, et Saint-Etienne d’accrocher une qualification européenne. Il a aussi été appelé par l’équipe des moins de vingt ans pour la Coupe du monde, mais un problème avec son adducteur ne lui a permis d’y participer. Il était déjà dans le radar de grands clubs européens. Ayant fait augmenter sa valeur de vingt-cinq millions d’euros entre 2017 et 2019, Saint-Etienne avait besoin de générer ces fonds. Même avec la coupe d’Europe, vendre Saliba devenait inévitable : son nouveau contrat permet d’assurer de profiter de sa valeur.

Arsenal est venu à la charge, ayant observé Saliba dans la seconde partie de saison. Le club était prêt à s’aligner sur les attentes stéphanoises : le prêter dans le Forez pour la saison 2019-2020 tout en payant la somme demandée.

En 2014, Saint-Etienne a vendu Kurt Zouma pour 12 millions de livres (bonus inclus). Ils ont évalué Saliba de manière significativement supérieure, et avec l’inflation dans le marché, ils ont trouvé un acheteur payant les 26 millions demandés.

Arsenal a toujours été la destination favorité de Saliba. La part d’héritage d’Arsene Wenger fait de ce club un club “français”, et Saliba a grandi portant le maillot des Gunners à Bondy. Lorsque Saliba prit un café avec Matteo Guendouzi dans un bar célèbre de la capitale française, les deux joueurs étaient très excités à l’idée de jouer ensemble dans le futur.

Cependant, l’inquiétude grandit dans les négociations lorsque le grand rival montra le haut de sa tête : Tottenham. Les voisins du nord de Londres prirent alors contact avec le capitaine de Saint-Etienne Bernard Caiazzo, alors que le transfert était presque officiel. Arsenal avait déjà raté le “bondynois” Mbappé, prêt à signer à Arsenal de nombreuses fois dans sa jeunesse. Ils ne pouvaient commettre la même erreur avec Saliba.

A la fin, la persistance d’Arsenal et du chef du recrutement Raul Sanllehi qui a une relation personnelle avec Bernard Caiazzo, ont permis de rendre ce transfert une réalité. 

Il y a une curieuse ironie dans le fait que depuis son transfert, Saliba est devenu le joueur le plus important du Forez : “Il est le symbole du club et de sa formation “, expliquait Macky Diong au Progrès. “Il est presque le paternel du club, celui que tout le monde aime”.

Rien était que plus clair après la victoire face au rival lyonnais dans le derby d’octobre (1-0). C’était un grand résultat pour Saint-Etienne, et à la fin du match Saliba fit des photos, prit le mégaphone et mena les célébrations. Ce jeune de 18 ans, déjà meneur et soprano.

Son entraîneur précédent Frasconi dit à Eurosport “Ce que j’aime est que même s’il a signé à Arsenal, même s’il gagne beaucoup d’argent, même s’il est régulièrement appelé en Equipe de France, il n’a pas changé et est toujours aussi mûr. Regardez le après le derby : il mène les débats, dirige les chants d’après-match. Il joue comme s’il se voyait sur le long-terme à Saint-Etienne malgré le fait qu’il ait signé chez les Gunners. Il a un mental exceptionnel”.

Le début de saison de Saint-Etienne fut difficile. Lorsque Gasset laissa sa place à la fin de saison dernière, son assistant Ghislain Printant prit les rênes de l’équipe. Une série négative les ayant conduit à la zone de relégation, il laissa sa place. Saliba, revenant de blessure après une opération, ne pouvait aider son équipe.

Il a d’ailleurs passé quelques jours au centre d’entraînement d’Arsenal. Officiellement, Saliba est un joueur d’arsenal maintenant : il est prêté dans le Forez. Arsenal a été impliqué dans la décision qu’il subisse une opération, et voulait que le médecin anglais supervise l’évolution de sa blessure. Pour sa part, il a commencé à prendre des cours d’anglais pour accélérer son intégration.

Son retour à l’entraînement, conjointe aux prises de commandes de Claude puel, ont permis à l’équipe de remonter la pente. Le retour de Saliba coïncide avec les trois cleans sheets de suite. Ils remontent petit à petit au classement.

Des performances de haute volée. Il apparaît d’ailleurs déterminé, ce qui lui permet d’être le joueur le plus cher de l’histoire stéphanoise. Un jeune supporter, Baptiste, près du stade, estime d’ailleurs que : “L’année dernière, il a été très bon. Mais cette année, on voit qu’il apprend match après match. Il est un vrai leader dorénavant, spécialement en défense”.

Sentiment retrouvé dans le discours de Puel, un des meilleurs entraîneurs défensifs de France. Contre Monaco, la suspension de Perrin a permis à Saliba d’être le taulier de la défense à trois.

Il a déjà endossé un nombre important de rôles derrière. Diong explique à The Athletic : “il est un joueur fait pour une défense à trois, mais aussi très confortable dans une défense à quatre. Il peut jouer défenseur gauche, aussi bien que défenseur central, et très bon à droite”.

Le match contre Monaco a été joué dans une atmosphère que Saliba a qualifié d”étrange”. Sans un nombre important de supporters, suspendus après les échauffourées lors du Derby, le club a été sanctionné, jouant sans ses deux “kops”. Le “Chaudron” fut, pour une fois, glacial. La passion sur le terrain fut cependant présente, aussi bien qu’Aguilar détruisit alors la télé de la VAR, après son exclusion.

Lorsque Saliba entra sur le terrain, la première chose qui frappa les yeux n’étaient pas ses chaussures fluorescentes ou sa coupe de cheveux. C’était bien sa taille. Saliba mesure 1 mètre et 92 centimètres. Dominant dans les airs, puissant dans les contacts, à l’aise balle au pied. Il a gagné l’année dernière 60% de ses duels aériens. Seuls trois défenseurs en Ligue 1 ont fait mieux.

Mesurant 20 centimètres de moins, Ben Yedder est le genre d’attaquant rapide pouvant faire jouer Saliba. Cependant, bien organisé, Saint-Etienne prit l’ascendant : Saliba ne fut presque jamais en difficulté.

Le grand défenseur, numéro 4, rappelle Per Mertesacker. Cependant, il est clair qu’il a l’ambition de surpasser l’Allemand. Ses courses rappellent les passes de David Luiz. Lorsqu’il en ratait une, il était très surpris, et déçu.

Il ne réussit pas tout. Lors de la première-mi-temps, il fut magistral. Il sait à peu près tout faire. Il a besoin encore d’apprentissage.

C’est pourquoi cette saison est très importante dans sa progression, afin d’aider une défense chaotique. A Saint-Etienne, il a la place et le temps d’apprendre.

“Il doit encore apprendre et progresser dans la concentration”, observe Diong. “Parfois, il fait des erreurs de positionnement”. Dans une défense à trois, sa naïveté expose son équipe. Il a des joueurs expérimentés autour de lui comme Debuchy, ayant joué à Arsenal, arrière latéral droit. M’Vila, Cabaye. Saliba gère la ligne défensive, encourage ses coéquipiers, leur donne des instructions.

Plus il jouer, plus il progresse. Dans le chemin du retour du stade, des supporters, déçus par son futur départ, estiment que “son départ a été conclu beaucoup trop rapidement”. “D’un point de vue sportif, c’est une erreur de le vendre. Financièrement, Arsenal aurait dû payé plus. Quel dommage”.

Dommageable pour Saint-Etienne, mais probablement pas pour Arsenal. C’est une évidence, Saliba mérite la patience des supporters.

https://theathletic.com/1349145/2019/11/05/cold-blooded-ambitious-on-the-ball-and-already-learning-english-william-saliba-will-be-worth-the-wait-for-arsenal/

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