Le 15 mai 2004, Arsenal termine une saison entière sans perdre un seul match de Premier League. Vingt-deux ans plus tard, les supporters des Gunners auront connu des humiliations historiques, des années sans titre et plusieurs effondrements psychologiques avant de revoir leur club au sommet. Le tout résumé en 7 chapitres tous aussi enrichissants les uns par rapport aux autres.
Après 3 chapitres sous l’ère Wenger, ce 4e chapitre ouvre donc une nouvelle ère dans l’inconnu. Entre 2018 et 2021, Arsenal a traversé l’une des périodes les plus compliquées de son histoire moderne. En l’espace de trois saisons, Arsenal passe du statut de membre quasi permanent du Big Four à celui d’équipe incapable de se qualifier pour la Ligue des champions, enchaînant les recrutements contestés, les changements de direction et les contre-performances sportives. Plus qu’une simple baisse de résultats, c’est toute l’identité du club qui semble disparaître.
La fin d’une époque : Arsenal découvre la vie après Wenger
Le 20 avril 2018 restera l’une des dates les plus marquantes de l’histoire d’Arsenal. Après 22 années passées à la tête de l’équipe première, Arsène Wenger annonce son départ.
Sous sa direction, Arsenal avait remporté 17 trophées majeurs, dont trois titres de Premier League et sept FA Cups. Le technicien français avait également permis au club de se qualifier pour la Ligue des champions pendant 19 saisons consécutives entre 1998 et 2017.
Au-delà des résultats, Wenger est devenu l’architecte de l’ensemble du projet sportif. Recrutement, développement des jeunes, identité de jeu, stratégie à long terme : tout passait directement ou indirectement par lui.
L’ancien vice-président David Dein résumait ainsi son importance :
« Arsène Wenger n’était pas seulement l’entraîneur d’Arsenal. Il était Arsenal. »
La question qui accompagne son départ est alors simple mais fondamentale : le club sait-il réellement fonctionner sans lui ?
Les premiers mois qui suivent apportent rapidement une réponse inquiétante. Pendant des années, Arsenal avait reposé sur une structure extrêmement centralisée autour de Wenger. Une fois celui-ci parti, les responsabilités se dispersent entre plusieurs dirigeants sans qu’une véritable vision commune n’émerge.
Ce vide de leadership va rapidement devenir l’un des principaux problèmes du club.

Unai Emery en échec, un projet confus
Pour succéder à Wenger, Arsenal choisit Unai Emery à l’été 2018. L’Espagnol arrive avec une solide réputation européenne après trois Ligues Europa remportées avec Séville. Mais son profil est aussi accompagné d’échecs, notamment au Paris-Saint-Germain où c’est lui qui est malheureusement l’entraîneur malheureux de la remontada contre le FC Barcelone.
Les débuts semblent prometteurs. Arsenal enchaîne une série de 22 matchs sans défaite toutes compétitions confondues lors de la saison 2018-2019. Certains matchs deviennent des références comme les victoires à l’Emirates contre Tottenham 4-2 ou Leicester 3-1. Malheureusement, Arsenal termine seulement à un point du Top 4, la faute à un match nul malheureux concédé à domicile contre Brighton (1-1).
Pourtant, derrière les résultats, les fondations apparaissent fragiles. Le style de jeu change constamment. Emery alterne plusieurs systèmes tactiques sans jamais réussir à imposer une identité claire. L’équipe souffre particulièrement défensivement où Arsenal encaisse 51 buts en Premier League. Le symbole de cette souffrance est la finale de l’Europa League, perdue 4-1 par Arsenal face à Chelsea, avec un but d’Olivier Giroud, ancien Gunner transféré à Chelsea.
Cette rencontre devait marquer le retour du club sur la scène européenne. Elle symbolise finalement son incapacité à franchir un cap.
La saison suivante, le coach basque ne parvient pas à donner une nouvelle dynamique. Pire, le début de saison est chaotique. A la 14e journée de la saison 2019-2020, Arsenal pointe à une triste 15e place. Sur fond de tensions dans le staff mais aussi avec certains cadres de l’équipe, Unai Emery ne résiste pas à une défaite à domicile contre Francfort dans sa compétition fétiche, l’Europa League.
Le coach basque est donc remercié après seulement 1 an et demi à la tête du club. Mais cette éviction n’est en réalité qu’une des briques de cette période de chaos.

Raul Sanllehi, Sven Mislintat et la guerre interne du recrutement
L’une des principales raisons de l’échec d’Unai Emery se situe en coulisses.
Après le départ de Wenger, Arsenal tente de moderniser sa structure avec plusieurs décideurs. Deux figures vont rapidement cristalliser les tensions : Raul Sanllehi et Sven Mislintat.
Mislintat, recruté en provenance du Borussia Dortmund, possède une excellente réputation de dénicheur de talents. Surnommé l’œil de diamant, il participe notamment aux arrivées de joueurs comme Bernd Leno, Lucas Torreira ou Matteo Guendouzi. C’est lui aussi qui avait amené Aubameyang et Mkhitaryan à Dortmund, avant de les amener à Arsenal. Malheureusement, la cohabitation avec Sanllehi était impossible, l’espagnol étant plus concentré sur des joueurs expérimentés et sa relation proche avec certains agents. N’arrivant pas à bien cerner son rôle, Mislintat quitte donc le club en Février 2019.
De son côté, après son départ, Raul Sanllehi devient progressivement l’homme fort de la direction sportive. L’espagnol est à l’origine de l’embauche d’Unai Emery, mais aussi de l’arrivée de certains joueurs qui se révèlent être des échecs. Parmi eux, on retrouve notamment David Luiz et des prêts comme Denis Suarez, Dani Ceballos, Cedric Soares ou encore Pablo Mari. Aujourd’hui, ces joueurs sont oubliés du côté des supporters des Gunners.
Au contraire de Nicolas Pépé, devenu le transfert le plus cher de l’histoire du club avec 80 millions, depuis dépassé par Declan Rice. L’ancien Lillois sortait d’une saison 2018-2019 aboutie, mais le montant dépensé a fait lever les yeux de beaucoup d’observateurs. L’espagnol fait même prolonger Mesut Ozil, apprécié certes des supporters, mais qui commençait à ne plus mettre un pied devant l’autre.
Sur la période 2018-2020, le recrutement des Gunners a été très confus. Sans direction, les résultats ne peuvent qu’aller dans le mauvais sens. Raul Sanllehi ne résistera pas non plus à la calamiteuse saison 2019-2020 qui verra Arsenal terminer seulement 8e du championnat malgré la FA Cup gagnée quelques mois après l’arrivée de Mikel Arteta.

Les pires moments : quand Arsenal perd son identité
Entre 2019 et 2021, Arsenal connaît plusieurs épisodes qui auraient semblé impensables quelques années plus tôt. Le club accumule les défaites contre des équipes supposées inférieures que ce soit en Premier League ou en Europa League.
En Premier League, les Gunners étaient capables de se saborder dans les grandes largeurs. Sous Unai Emery, la fin de championnat 2018-2019 est catastrophique. Les Gunners perdent notamment contre Wolverhampton et Leicester. La saison suivante, Arsenal trouvait le moyen de perdre sur la pelouse du promu de l’époque, Sheffield United. Et une saison plus tard, Arsenal trouvait encore le moyen de perdre à domicile contre Wolverhampton et Burnley. Et que dire en Europe quand Mikel Arteta voit des joueurs comme David Luiz ou Pierre-Emerick Aubameyang le lâcher lors de l’élimination humiliante face à l’Olympiakos dès les 16e de finale.
Durant cette période, ce sont plus les joueurs qui peuvent perdre leur sang froid. Ainsley Maitland-Niles et Granit Xhaka sont souvent dans le viseur des arbitres et prennent des cartons rouges. Matteo Guendouzi veut se battre avec Neal Maupay, l’attaquant de Brighton, accusé d’avoir blessé gravement Leno. Granit Xhaka, encore lui et capitaine à ce moment là, jette son brassard de dépit après avoir été sifflé par les fans. Suite à cela, le brassard lui sera retiré. Et il y en a d’autres qu’on oublie … et qu’on préfère oublier.
Plus qu’une simple baisse de niveau et des pires moments, Arsenal perd alors ce qui avait fait sa force pendant plus de vingt ans : une identité claire.
Entre le départ d’Arsène Wenger et les débuts de Mikel Arteta, Arsenal traverse une véritable crise existentielle.
Les résultats sportifs chutent, la structure dirigeante se fragilise et les erreurs de recrutement s’accumulent. Les tensions entre Raul Sanllehi et Sven Mislintat illustrent parfaitement l’absence de vision commune qui caractérise cette période.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : deux saisons consécutives à la 8e place, aucune qualification européenne depuis et plusieurs records négatifs enregistrés en Premier League.
La reconstruction menée par Mikel Arteta à partir de 2021 prendra du temps, mais elle ne pourra réellement commencer qu’une fois cette période de confusion définitivement refermée.

