David Raya : Golden glove again

C’est désormais officiel, Arsenal est champion d’Angleterre 2025-2026, après 22 ans d’une attente interminable pour la fanbase des Gunners. Ce titre, fruit d’un travail sur le long terme initié par Mikel Arteta il y a plus de six ans, a été long à se dessiner et des ajustements dans l’approche du jeu au fil des saisons ont été nécessaires pour enfin décrocher le Graal. Un joueur parmi eux a incontestablement apporté sa pierre à l’édifice : David Raya

Une saison digne des plus grands

Peter Shilton, ancien gardien international angalis (125 sélections au compteur) disait : “Il n’y a pas de bonne équipe sans grand gardien.” Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’Arsenal n’échappe pas à cette règle. Défensivement, les statistiques sont impressionnantes depuis plusieurs années, et David Raya n’y est pas étranger. Pour sa 3ème saison sous la tunique rouge, le portier espagnol a été grand. Tellement grand qu’il est récompensé à juste titre avec une nomination pour le titre de joueur de la saison en Premier League.

À l’image d’un groupe qui gagne en expérience et en solidité, Raya a lui aussi franchi un cap. Ses anciens entraîneurs le décrivent comme un professionnel exemplaire, doté d’une éthique de travail irréprochable. Attentif au moindre détail, il partage avec son entraîneur cette obsession de réduire les écarts infimes. Ceux-là mêmes qui ont empêché les Gunners de franchir la dernière marche vers le titre ces dernières saisons.

A ce sujet, Christophe Lollichon déclarait dans une interview à Eurosport : “Il est monstrueux dans tout ce qu’il simplifie en amont. Son placement lui permet de s’emparer du ballon sans que personne le remarque, ou d’intervenir à des endroits pour éradiquer énormément de situations de danger.”

Tout est étudié de près, scruté et préparé. Autant d’efforts qui semblent payer, avec à la clé une saison à 19 clean sheets en 37 matchs de Premier League, soit 51,4%, le meilleur pourcentage depuis son arrivée en 2023. Par ailleurs, il égale le (double) record du club détenu par Seaman (1993-1994 et 1998-1999). Dont le premier réalisé au cours d’un championnat comportant 22 équipes.

 
 
 
 
 
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Toutes compétitions confondues, c’est 32 clean sheets, et une série de huit matchs sans encaisser de buts entre octobre et novembre. Une performance qu’il ne faut pas banaliser. Surtout quand on connaît le caractère de plus en plus relevé de la Premier League.

Si l’on se penche sur les cartographies des tirs subis et buts concédés, on peut voir que le natif de Barcelone n’a pas vraiment de point “faible”,. Il a une répartition assez homogène de ses arrêts, sans faire apparaître de côté préférentiel où il serait plus à l’aise.

 
Cartographie des arrêts réalisés
Cartographie des buts concédés

Une grande partie des buts concédés intervient en partie basse de la cage, mais c’est également là qu’il a réalisé le plus d’arrêts. Cela souligne sa faculté à aller vite au sol, bien aidé par sa taille d’1m83, plus petite que la moyenne des gardiens du circuit professionnel.

Pour aller plus loin, Raya n’a encaissé trois buts qu’à une seule reprise (face à Manchester United le 25/01). Ensuite, il concède deux buts en un match en 6 rencontres sur les 51 matchs qu’il a disputés. Cela constitue son meilleur ratio buts concédés/90min depuis son arrivée à Arsenal (0,70 contre 0,75 et 0,89 les années précédentes).

Enfin, il affiche un pourcentage d’arrêts conséquent de 70,2%. Ce qui le mènera vers son 3ème golden glove consécutif. Tout cela après être devenu le 1er joueur de l’histoire à remporter cette récompense à la fois en Premier League et en Championship.

Décisif dans les moments cruciaux

Nombreuses ont été les victoires étriquées cette saison (8 sur les 26 en PL l’ont été sur le score de 1 à 0) ou longues à se dessiner. A tel point que la tension était palpable aussi bien sur le terrain qu’en tribunes. La pression infernale de cette course au titre a parfois fait vaciller les Gunners, qui ont – non sans difficulté – réussi à tenir le cap. Et tout ça c’est grâce notamment à leur gardien.

Raya n’est pas le gardien qui réalise le plus d’arrêts. C’est logique. Il évolue dans une équipe dominatrice, bien moins exposée que celles qui luttent pour le maintien ou naviguent dans le bas du classement. Cette saison en Premier League, il a effectué 59 arrêts pour 84 tirs cadrés subis. Un total très éloigné des 127 arrêts de Martin Dúbravka avec Burnley, relégué en fin de saison. Un chiffre qui pourrait conforter ceux qui affirment qu’Arsenal est avant tout une équipe défensive. Mais la réalité est plus nuancée. Les Gunners privilégient l’efficacité à la quantité. Leur objectif est simple : ne laisser que des miettes aux attaquants adverses. Cela passe par un travail défensif minutieusement préparé et une communication permanente entre le gardien et sa ligne arrière.

La forteresse des Gunners tient aussi à l’excellente saison de sa charnière Gabriel-Saliba. Grâce à ce trio, Arsenal la meilleure défense de Premier League pour la 3ème saison d’affilée avec 27 buts encaissés, sans concéder le moindre pénalty.

Mais il y a un aspect du jeu où Raya a semblé franchir un cap cette saison, c’est sa faculté à être “clutch” en réalisant le bon arrêt au bon moment. Plusieurs fois, les hommes d’Arteta ont mené d’un but ou se retrouvaient à égalité au score dans les 20 dernières minutes d’une rencontre. Souvent malmenés, le gardien espagnol a quasiment toujours répondu présent. Son importance est grande sur les performances et résultats de son équipe, voire les scénarios de matchs.

Contre Manchester United, en ouverture de cette saison de Premier League, il se détend parfaitement pour éviter l’égalisation de Mbeumo, et préserver le score (victoire 0-1). Face à Leeds lors de la journée suivante, il réalise un superbe arrêt réflexe alors que son équipe est à 0-0. Avant que les Gunners ne finissent par prendre le dessus pour s’imposer nettement (5-0). Face à Brighton, sa parade pour repousser la frappe de Minteh est nommée pour le lauréat d’arrêt de la saison. Cet arrêt permet aux siens de ne pas être rejoints et d’empocher les trois points (victoire 2-1). Lors du match retour face à Chelsea, il repousse un centre de Garnacho proche d’être coupé par João Pedro à la 90ème minute de jeu (victoire 2-1). Enfin, l’un des arrêts les plus symboliques de cette saison est lors de la 36ème journée face à West Ham. Il sort au devant de Mateus Fernandes pour empêcher les Hammers de mener. Cet arrêt est d’autant plus décisif que Arsenal va marquer dans la foulée. Ce qui leur permettra de faire un grand pas vers le titre de champion (victoire 0-1).

Des performances qui poussent Arteta à l’utiliser au maximum. Tout cela malgré l’arrivée au mercato estival d’un numéro 2 de renom en la personne de Kepa Arrizabalaga. Le coach basque capitalise sur la bonne forme de son numéro 1 et en fait le joueur avec le plus de temps de jeu sur la saison, avec un peu plus de 4620 minutes et 51 matchs disputés toutes compétitions confondues. Un temps de jeu conséquent qu’il n’impactera en rien ses prestations, son niveau de concentration et sa lucidité.

Comme le disait une autre personnalité du football anglais, Sir Alex Ferguson : “L’attaque te fait gagner des matchs, la défense te fait gagner des titres” et Arsenal l’a bien compris.

Une polyvalence inouïe

A l’été 2023, Arteta fait un choix fort en demandant au Board de ramener David Raya au sein de l’effectif des Gunners. L’objectif de son recrutement est d’accélérer son “process” et continuer à poser sa patte sur le style de jeu de son équipe. Ce choix suscite l’étonnement au premier abord, voire l’ire d’une frange de supporters, après la belle saison de son numéro 1 Aaron Ramsdale, très apprécié des supporters. Et pourtant, l’Espagnol va très vite se mettre au diapason pour passer devant dans la hiérarchie. Ses qualités dans le jeu au pied le distinguent de son concurrent au poste.

Les deux premières saisons font apparaître quelques approximations du portier. Il faut dire que son coach l’encourage de relancer court et de prendre des risques pour obliger l’équipe adverse à se découvrir. Cette saison, la donne est quelque peu différente. Les adaptations tactiques et comportementales voulues par le staff ont laissé moins de place à la prise de risque et aux erreurs. Cela se ressent statistiquement, avec 3 erreurs amenant directement à un tir contre le double lors de l’exercice précédent. Au niveau des ballons joués, il adopte un jeu plus long que d’habitude, avec 614 passes longues (contre 450 en 2023-2024 et 563 en 2024-2025).

En plus de son jeu au pied, l’Espagnol a pu démontrer qu’il était un gardien proactif. Son positionnement assez haut sur le terrain quand son équipe est en phase offensive pour anticiper au mieux les longs ballons dans la profondeur des équipes adverses, offre quelques sorties intéressantes. Avec la possibilité à son bloc de rester haut. Il n’était d’ailleurs pas rare de le voir dans le rond central, pour aussi faire passer les consignes en provenance du banc concernant les coups de pied arrêtés à ses partenaires.

“Son sens du timing, du placement et de la lecture de la trajectoire font que c’est un de ceux qui prennent le plus de ballons aériens. Il ne se laisse pas bousculer. Il est orienté pour le jeu, ce qui lui permet d’ajuster sa position, d’agrandir son champ d’intervention et mieux communiquer avec ses défenseurs” Cristophe Lollichon

Sa lecture de trajectoire et sa capacité de concentration impressionnantes marquent une différence notable avec ses prédécesseurs. Parmi eux, le plus récent, Ramsdale, avoue lui-même avoir du mal à rester concentré tout un match, pour faire abstraction de l’environnement qui l’entourait sans être distrait.

Mikel Arteta n’avait d’ailleurs pas tari d’éloges au moment d’évoquer son gardien : “David est très fort là-dedans (pointant sa tête), et il est très courageux. Il n’est peut-être pas le plus grand, mais il a la volonté et le courage pour aller sur ce genre de ballons. C’est une qualité impressionnante.” 

Une façon aussi de louer sa résilience et sa capacité à tout de suite se remettre dans son match à la suite d’une erreur ou d’un geste raté. Un prérequis nécessaire à un poste pour lequel le moindre écart peut avoir de lourdes conséquences, tout comme la spontanéité, nécessaire pour sortir loin de son but et intervenir. Des points qui tranchent aussi avec Leno et Ramsdale, plus à l’aise sur leur ligne de but.

Sur ces statistiques de Datascout, on se rend bien compte du caractère polyvalent de Raya. C’est à dire un gardien sachant faire beaucoup de choses, bien qu’il reste évidemment des points à améliorer. Certaines métriques peuvent toutefois être à nuancer. En effet, sur l’aspect duels aériens, Raya est le plus petit gardien titulaire parmi les 20 équipes de Premier League. Un compartiment du jeu qui donne naturellement des prédispositions aux grands gardiens, bénéficiant d’une envergure plus importante.

Concernant les passes réceptionnées, plusieurs facteurs peuvent l’expliquer. Arsenal évolue la plupart du temps avec un bloc haut, ce qui réduit naturellement la sollicitation de Raya dans la construction. L’animation offensive joue également un rôle important. À la relance, les Gunners forment souvent un trio composé de Timber (ou White), Saliba et Gabriel. Dans d’autres situations, Zubimendi ou Rice décroche entre les deux centraux. Ces mécanismes limitent le nombre de ballons qui transitent par Raya. À l’inverse, les équipes de Premier League qui évoluent dans un bloc bas, souvent celles de la seconde moitié du classement, s’appuient davantage sur leur gardien pour participer à la relance. Résultat : plus de ballons touchés et davantage de passes réceptionnées.

Un parcours qui le place parmi le gratin des gardiens en Europe, et probablement dans le monde. Pourtant, en sélection, Raya attend toujours son heure, dépassé jusqu’à présent par Unai Simón dans la hiérarchie. A ce sujet, suite à l’annonce de sa liste pour le Mondial, le sélectionneur espagnol Luis de la Fuente déclare qu’il n’a pas encore fait son choix concernant la hiérarchie de ses gardiens.

Cette saison qui aura vu Arsenal reconquérir le trône d’Angleterre est peut-être aussi la plus complète en termes de performance pour David Raya. Une chose est sure, depuis l’évolution du rôle de gardien dans le jeu, jamais un gardien n’avait été capable d’apporter une palette aussi étendue dans l’effectif des Gunners. IT ALL WORKED OUT.


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