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D’Invincible à Inoubliable – Chapitre 6 : Dur dur d’être champion (2023-2025)

Le 15 mai 2004, Arsenal termine une saison entière sans perdre un seul match de Premier League. Vingt-deux ans plus tard, les supporters des Gunners auront connu des humiliations historiques, des années sans titre et plusieurs effondrements psychologiques avant de revoir leur club au sommet. Le tout résumé en 7 chapitres tous aussi enrichissants les uns par rapport aux autres.

Après 3 chapitres sous l’ère Wenger, un chapitre sombre entre 2018 et 2021 avec la perte d’identité du club et l’éclosion d’un nouveau projet dans le dernier chapitre, ce chapitre 6 montre la montée en puissance d’un Arsenal enfin respecté… mais dont les titres manquent.

Entre 2023 et 2025, Arsenal devient l’une des formations les plus impressionnantes d’Europe. Les Gunners développent une défense de fer, un pressing étouffant et une maîtrise collective qui rappelait les plus grandes équipes du continent.

Pourtant, malgré tous ces progrès, un sentiment persistait. Quelque chose manquait. À chaque printemps, Arsenal regarde le classement et se retrouve toujours dans la peau du loser magnifique.

Alors une question a commencé à s’imposer : peut-on devenir une équipe de champions avant de devenir champion ?

C’est toute l’histoire d’Arsenal entre 2023 et 2025. L’histoire d’une équipe qui a appris à gagner… mais sans gagner.

Arsenal

Arsenal devient une vraie machine …

À l’été 2023, Arsenal n’est plus une surprise. Mais personne ne sait encore si les Gunners sont capables de devenir champions.

La métamorphose commence par un principe simple : le contrôle. Arsenal ne cherche plus seulement à gagner les matchs. Arsenal cherche à les dominer. La preuve en 2023-2024 quand Arsenal était en mode patron avec des victoires nettes 6-0 à l’extérieur (West Ham, Sheffield United), 5-0 à domicile (Chelsea, Crystal Palace).

Le pressing devient l’une des signatures de l’équipe. Chaque perte de balle déclenche une réaction immédiate. Les adversaires sont étouffés, privés de temps et d’espace.

Cette domination se reflète dans les chiffres.

Lors de cette saison 2023-2024, Arsenal termine avec seulement 29 buts encaissés en Premier League, la meilleure défense du championnat et la seule équipe anglaise à terminer sous la barre des 30 buts concédés.

David Raya remporte son premier Golden Glove, tandis que la charnière William Saliba – Gabriel Magalhães devient l’une des plus redoutées d’Europe en défense mais aussi en attaque sur les coups de pied arrêtés offensifs.

Mais la révolution ne concerne pas seulement la défense.

Arsenal inscrit également 91 buts en championnat, soit l’un des meilleurs totaux de son histoire moderne. L’équipe termine avec 89 points, son meilleur total depuis les Invincibles de 2004.

À l’Emirates Stadium, les Gunners développent une véritable culture de la victoire. Les adversaires arrivent avec l’impression que le match a déjà commencé à tourner en faveur des Londoniens.

Plus impressionnant encore, Arsenal cesse progressivement d’être dépendant des exploits individuels. Le collectif devient la star. Le mercato 2023-2024 en est un symbole avec une recrue par ligne, et qui se révèle être une réussite. Le gardien David Raya donc, le défenseur Jurriën Timber, l’attaquant Kai Havertz mais surtout le milieu Declan Rice, qui débarque de West Ham contre 105 millions d’euros. Un record dans le sens des arrivées.

Et les anciens dans tout ça ? Martin Ødegaard dirige le jeu comme un chef d’orchestre. Bukayo Saka continue de porter le danger offensif. Et autour d’eux, tout semble fonctionner avec une précision mécanique. Les statistiques racontent une équipe qui progresse. Le terrain raconte une équipe qui mûrit. Pour la première fois depuis deux décennies, Arsenal ne ressemble plus à un outsider.

Arsenal ressemble à un futur champion.

…mais finit toujours avec des regrets

Et pourtant, à chaque fois qu’Arsenal regarde devant lui lors de cette saison 2023-2024, il aperçoit le même obstacle.

Manchester City.

La rivalité entre Mikel Arteta et Pep Guardiola devient rapidement l’histoire principale du football anglais. D’un côté, le maître. De l’autre, l’élève. L’ancien adjoint de Guardiola a construit une équipe capable de rivaliser avec City sur les plans tactique, physique et technique.

Mais rivaliser ne veut pas dire battre.

On rappelle les chiffres. Arsenal récolte 89 points, marque 91 buts, encaisse seulement 29 buts, améliore pratiquement tous ses indicateurs de performance, mais termine quand même deuxième.

Encore.

Manchester City remporte alors un quatrième titre consécutif, une première dans l’histoire du football anglais. Cette réalité finit par obséder Arteta.

En mai 2024, l’entraîneur espagnol déclare :

« Nous sommes engagés dans un processus visant à les rattraper et à devenir meilleurs qu’eux. C’est notre objectif. » 

Quelques mois plus tard, il va encore plus loin :

« Nous devons chasser des records pour battre City. »

Rarement une phrase aura aussi bien résumé l’état du football anglais. Pour espérer détrôner City, Arsenal ne doit pas seulement progresser. Il doit atteindre un niveau historique.

La saison 2024-2025 confirme d’ailleurs à quel point cette quête est exigeante. Sauf que City va connaître un creux. Les Gunners vont même réaliser leur meilleure prestation de cette saison face à cette équipe et une victoire inoubliable 5-1. Arsenal va-t-il donc en profiter ? Malheureusement, la réponse est non. Liverpool réalise une grande saison et remporte la Premier League, porté par un Mohamed Salah intenable.

Malheureusement, entre individualités décevantes, blessures, inefficacité et une Ligue des Champions énergivore, Arsenal va concéder 14 matchs nuls en Premier League. Une saison qu’on peut qualifier de décevante et en plus sans trophées.

Le poids psychologique

C’est à ce moment-là que le défi cesse d’être footballistique. Il devient mental. Car plus Arsenal s’approche du sommet, plus les souvenirs du passé refont surface. Pendant des années, les Gunners ont été associés à une image persistante : une équipe talentueuse, séduisante, mais incapable de conclure.

Chaque faux pas réactive immédiatement ce récit. Un nul inattendu. Une occasion manquée. Une blessure au mauvais moment. Et les critiques reviennent du style “Les anciens Arsenal sont de retour.” ou encore “C’est encore trop fragile.” ou encore “Arsenal va choke.”

Le problème n’est plus ce qui se passe sur le terrain. Le problème est ce qui se passe dans les têtes. Car cette génération doit porter un poids supplémentaire : celui de l’histoire.

Les joueurs ne sont pas responsables des échecs passés du club. Mais ils doivent vivre avec leurs conséquences. Chaque semaine, ils entendent les comparaisons avec les équipes qui ont échoué avant eux. Chaque semaine, ils doivent prouver qu’ils sont différents. Après avoir terminé une nouvelle fois derrière City en 2024, Arteta refuse pourtant de céder au fatalisme :

« Nous continuerons à persévérer jusqu’à atteindre notre objectif. » 

Cette phrase devient presque le résumé de l’ère Arteta. Car entre 2023 et 2025, Arsenal n’est plus l’équipe fragile que ses détracteurs décrivent. Mais Arsenal n’a pas encore obtenu la seule preuve irréfutable de sa transformation : un trophée majeur.

Le club se retrouve alors dans une position inconfortable. Trop fort pour être considéré comme un outsider. Pas encore victorieux pour être considéré comme un champion. Coincé entre son passé et son destin.

Et c’est précisément cette tension qui rend l’histoire si captivante. Arsenal est devenu une machine.

Mais tant qu’une équipe reste devant, une question continue de hanter le nord de Londres : et si cela ne suffisait toujours pas ?

À la fin de la saison 2024-2025, Arsenal n’est plus perçu comme un projet. Le club n’est plus non plus ce jeune prétendant enthousiaste que l’on félicite pour ses progrès avant de lui rappeler ses limites.

Les Gunners ont franchi ce stade durant cette période, notamment avec l’ajout de joueurs prêts à leur faire passer un cap. Pourtant, malgré cette transformation spectaculaire, le sentiment d’inachevé demeure. Parce qu’au plus haut niveau, les progrès ne sont pas récompensés. Seuls les titres le sont.

Pendant deux saisons, Arsenal a tout fait ou presque pour essayer d’être champion ou de gagner un titre majeur. Cela n’a pas suffi. Mais c’est précisément ce qui rend cette période si importante dans l’histoire moderne du club.

Car les grandes conquêtes ne naissent pas au moment où le trophée est soulevé. Elles naissent dans les échecs. Dans les frustrations. Dans ces saisons où une équipe découvre ce qui lui manque encore pour atteindre le sommet.

Entre 2023 et 2025, Arsenal a construit sa force, forgé son caractère, et a appris à supporter la pression.

Et surtout, il a cessé d’avoir peur de regarder les champions dans les yeux.

La question n’était alors plus de savoir si Arsenal pouvait redevenir champion.

La véritable question était : pendant combien de temps cette disette de titres majeurs va durer ?


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