Ethan Nwaneri : Et maintenant ? 

À 15 ans, Ethan Nwaneri entrait dans l’histoire. À 17 ans, il battait des records. À 18 ans, il se retrouve face à une réalité plus complexe : celle d’un Arsenal arrivé à maturité, où le talent ne suffit plus. Entre patience prônée par Arteta, concurrence accrue et temps de jeu en baisse, le prodige de Hale End n’est plus une promesse à révéler, mais un projet à structurer.

 

L’éclosion

On l’appelle l’ovni

 

Septembre 2022, Brentford. À quelques minutes de la fin du match, Mikel Arteta prend la décision de lancer Ethan Nwaneri dans le grand bain. A seulement 15 ans et 181 jours, le prodige anglais de Hale End marque l’histoire de son club formateur en devenant, à ce moment-là, le plus jeune joueur de l’histoire du football anglais à fouler un terrain de Premier League. 

Loin d’être une surprise pour ceux qui le suivent depuis ses débuts. Milieu offensif de formation, il a survolé les catégories jeunes. Au-dessus du lot techniquement et physiquement, il est peut-être la plus grosse promesse du football anglais. Pur prodige, Mikel Arteta sait qu’il a un diamant brut entre ses mains, qui doit être façonné. 

Mais son histoire avec l’équipe première ne va véritablement démarrer que lors de la saison 2024-2025, le temps de parfaire sa formation avec les équipes jeunes, lors des exercices 2022-2023 et 2023-2024. Une saison pour mettre tout le monde d’accord. Car à seulement 17 ans, Ethan Nwaneri ne va pas se cacher, dans un Arsenal en difficulté. Effectif court, blessures de joueurs cadres en cascade, Arteta manque de solutions et de profondeur. 

 

“Il est entré en jeu et immédiatement il a dribblé un, deux, trois joueurs. J’ai adoré. Si vous voulez jouer ici vous devez jouer avec courage” – Mikel Arteta

 

Pour autant, Arteta ne le voit pas encore comme une vraie solution au milieu de terrain, et ce même quand Odegaard est blessé. Préférant réorganiser son équipe dans un système de 442 très mobile lors de la blessure du capitaine norvégien, Arteta préfère utiliser sa jeune pépite anglaise sur l’aile droite. En effet, sur l’ensemble de la saison dernière, il joue 850 minutes en tant qu’ ailier droit, contre seulement 438 minutes en tant que milieu offensif. 

Mais ça marche. La magie opère, le talent est trop grand pour se cacher. A même pas 18 ans, Nwaneri empile les buts, et casse des records à la pelle. Avec 8 buts, il égale le record du club du nombre de buts inscrits par un joueur de moins de 18 ans, record qui datait de 1962. Ces 8 buts lui permettent aussi de culminer à la 3e place du classement du nombre de buts inscrits par un joueur de moins de 18 ans, pour une équipe de Premier League, derrière les légendes Wayne Rooney et Michael Owen (9 buts chacun). 

En Champions League Nwaneri frappe aussi. Son but face au PSV Eindhoven, à 17 ans et 348 jours, le place top 3 des plus jeunes buteurs de la plus belle des compétitions, derrière Jude Bellingham et Bojan. 

 

 

Il termine l’exercice 2024-2025 avec 9 buts et 2 passes décisives en 37 matchs. Des statistiques exceptionnelles pour un joueur si jeune. En termes de chiffres avancés, les qualités du jeune anglais ont crevé l’écran en Premier League. 98ème percentile en nombre de dribbles réussis par match et pourcentage de dribbles réussis, 92ème percentile en pourcentage de passes courtes réussies, 88ème percentile en nombre de buts sur 90 min (0.40), 91ème percentile en nombres de ballons touchés dans le dernier tiers du terrain… Bref, à même pas 18 ans, c’est tout simplement exceptionnel. 

 

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Un élément clé de l’effectif

 

A l’échelle de l’équipe, il est sur la saison dernière, le 4ème joueur le plus efficace de l’effectif en termes de nombre de buts sur 90 min. Sur la plupart des métriques offensives, Ethan Nwaneri est extrêmement bien placé, voire même le leader de l’effectif sur les métriques techniques, comme le nombre de dribbles tentés sur 90min et le nombre de dribbles réussis sur 90min. 

 

“Faire ses débuts en Ligue des Champions et marquer le but qu’il a mis surtout dans ce moment très important. Son influence, son sang froid avec le ballon et l’agressivité lorsqu’il le reçoit… je suis impressionné” – Mikel Arteta

 

C’est un des rares bricolages qui a bien fonctionné la saison dernière, spécialement pour un joueur si jeune, et qui n’est, pour rappel, pas un ailier droit de formation. Un nouveau rôle sur ce côté, sur lequel il était revenu en fin de saison dernière : “Vous pouvez voir parfois que je suis un milieu de terrain naturel. Mais je pense que si le coach vous demande de jouer à un poste, vous devez le faire en donnant le meilleur de vous-même. Ça ne me dérange pas de jouer sur une aile, car je suis heureux de jouer n’importe où dans cette équipe d’Arsenal, et je fais de mon mieux pour l’équipe.”

Une saison de tous les records pour la jeune pépite, qui lui donne le droit à une prolongation de son contrat avec son club formateur le 8 août dernier, mettant fin à des longues semaines de spéculations à son sujet. “Cela représente énormément pour moi. Je suis tellement heureux que ça soit fait. C’est ici que je me sens chez moi”. Bref, Ethan veut écrire l’histoire de son club. 

Mikel Arteta s’est, lui aussi, montré très satisfait de sa première saison, surtout dans le contexte de la saison 2024-2025 : “Un peu de tout. Au final, les blessures de Bukayo et l’absence de remplaçants lui ont permis de percer et de jouer beaucoup pour son âge. Maintenant qu’il est plus à l’aise, plus stable et plus mature, on le voit beaucoup jouer à l’intérieur, c’est là que réside sa plus grande menace. C’est là qu’il se sent le plus à l’aise et qu’il peut mieux communiquer avec ses coéquipiers. Mais cela ne signifie pas qu’il ne peut pas jouer sur les ailes. Il en est toujours capable, mais je pense que nous devons maintenant commencer à le développer d’avantage à un seul poste”. 

Mais le coach espagnol n’hésite pas à freiner des deux pieds à propos de l’intégration de son jeune prodige. Tout comme Saliba à ses débuts au club, l’ancien adjoint de Pep Guardiola ne veut pas faire brûler les étapes à ses jeunes talents. Step by step, et Mikel Arteta est très strict à ce sujet, et n’hésite pas à déclarer publiquement qu’il est responsable du développement de sa pépite, comme il y a plus d’un an, le 24 novembre 2024 : “Nwaneri est intelligent, nos joueurs lui font confiance. Il est de ma responsabilité de lui construire une carrière. Son premier but en PL, c’est comme ajouter une brique. Ensuite, il faudra rajouter une couche de ciment… Si on met 5 briques, ça ne marchera pas.”

C’est donc assez clair, dans le logiciel Arteta, Nwaneri est un milieu offensif. Ethan doit revenir à son poste originel, ce pourquoi il a été formé. Step by step. 

Nouvelle saison, nouveau contexte

 

L’effet Berta

Arsenal a appris de ses erreurs. Berta est arrivé à la tête de la direction sportive cet été avec un premier objectif : redonner forme à cet effectif, trop limité en profondeur. Et l’ancien de l’Atletico va vite se mettre au travail : Gyokeres, Madueke, Eze et Norgaard viennent tous renforcer le milieu de terrain et l’attaque des Gunners.

Plus de joueurs, plus d’options pour Arteta … et moins de place pour Nwaneri. Avec un temps de jeu correct en début de saison, au milieu de terrain, il profite des pépins physiques de Odegaard pour trouver sa place au milieu de terrain, que ça soit en Premier League, en Ligue des Champions ou en Carabao Cup.

Mais son temps de jeu va progressivement fondre comme neige au soleil. Ses dernières minutes en Premier League remontent au North London Derby, il y a plus d’un mois, avec une entrée en toute fin de match. Il a à peine joué plus d’un quart d’heure contre Bruges, en Ligue des Champions, le 10 décembre dernier. Il n’était pas titulaire contre Crystal Palace, et n’est pas non plus entré en jeu, en Carabao Cup, alors qu’il était titulaire sur les 2 premiers tours. Sa dernière titularisation dans un match remonte au 4 novembre dernier, en Ligue des Champions, face au Slavia Prague. 

Pourquoi Nwaneri peine-t-il à se faire une place dans cette rotation du milieu de terrain ? Il est premièrement important de préciser que Nwaneri n’a que 18 ans, et que la saison dernière était peut être une anomalie en termes de temps de jeu due au contexte des blessures, comme expliqué plus haut. Arteta s’est montré très clair à son sujet : il veut modeler sa pépite, en respectant les étapes. Le bricolage de la saison dernière sur l’aile droite lui a peut être permis de mettre la lumière sur ses qualités intrasèques, mais ne l’a peut être pas aidé à trouver ses marques au milieu de terrain. 

 

Pourquoi ça coince ?

Car tactiquement, dans le système Arteta, jouer au milieu de terrain demande beaucoup. Beaucoup plus que sur une aile. Les qualités techniques et de percussions ne suffisent pas. Il faut savoir presser à l’instar de Odegaard, défendre, décrocher, orienter le jeu, créer… bref, savoir tout faire.  

Cette notion de pressing, justement. Un aspect fondamental du système Arteta, incarné par notre capitaine. Sur la saison dernière, il était le joueur de l’effectif qui effectuait le plus de pressing au global sur 90min ainsi que le plus grand nombre de pressing au milieu de terrain. Preuve que dans l’animation défensive, ce rôle demande beaucoup de discipline. Même Eze, pourtant beaucoup plus expérimenté que Nwaneri, semble encore avoir du mal dans ce rôle quand il est aligné dans le rôle d’Odegaard. 

Intéressons nous à cette dernière titularisation de Nwaneri, face au Slavia Prague. Aligné au milieu de terrain, à la place de Odegaard, dans sa position naturelle de milieu offensif, au côté de Rice et Norgaard, Nwaneri a montré ce qui avait fait sa force la saison dernière : qualité technique et capacité à trouver ses coéquipiers (95% de passes réussies). Cependant, Arteta exige de ses joueurs un énorme travail sans ballon. Énormément de discipline et d’impact physique, pour contrôler le jeu. Tout le monde se souvient de son esclandre mythique il y a quelques années : “When I lose a duel, I am upset !”

C’est là où le bât blesse. Sur 65 minutes, il n’a réussi que 2 duels au sol sur 7, et aucun duel aérien réussi, pour 2 petites balles récupérées. Une certaine limite physique, avec beaucoup de difficulté à résister aux duels au milieu de terrain. Une activité défensive qui pêche. 

Rien d’inquiétant pour un joueur de 18 ans, qui doit tout simplement travailler. Arteta le sait et le couve, lui qui ne veut pas brûler les étapes. Nwaneri n’est pas encore pleinement prêt pour être une option au milieu de terrain, des carences tactiques qui pourraient mettre en péril le fameux contrôle exigé par Arteta. Apprendre à lire les transitions défensives, à couvrir une zone, à temporiser, orienter… Nwaneri a des qualités techniques évidentes, maintenant Arteta veut travailler ses faiblesses, pour en faire un milieu de terrain qui sait absolument tout faire. Un mélange d’Odegaard, Rice, Zubimendi. Une arme de destruction massive. Et à seulement 18 ans, Nwaneri n’est pas en retard. 

 

Boule de cristal

 

Optimiser ses qualités 

Ailier droit, milieu offensif… rien d’autre ? Nwaneri n’aurait-t-il pas les qualités pour ajouter une autre corde à son arc ? D’après Mikel Arteta la réponse est si, comme il l’a déclaré le 17 décembre 2024 : “Ethan peut jouer comme milieu offensif droit ou gauche, ailier droit… mais il pourrait aussi se développer en tant que 9”. Nwaneri attaquant de pointe, vraiment ? 

Eh bien sur le papier, c’est loin d’être ridicule. 

Arteta n’a pas acheté énormément de numéro 9 depuis son arrivée à Arsenal : Gabriel Jesus, Kai Havertz, Gyokeres. L’ancien de Manchester City excelle dans les petits espaces et brille par sa qualité technique, Kai Havertz brille par son impact physique et sa capacité à décrocher pour combiner avec ses coéquipiers, et enfin Viktor Gyokeres n’a pas encore trouvé sa place, mais il a démontré au Portugal qu’il est un finisseur naturel. 

Comme écrit plus haut, déjà sur la saison dernière Nwaneri a montré des qualités techniques et de finition évidentes. Capacité à évoluer entre les lignes et dans les demi-espaces, à l’instar d’un Kai Havertz la saison dernière, combiner avec ses coéquipiers, une excellente patte gauche, beaucoup de mobilité… Énormément d’arguments à faire valoir en pointe du système Arteta. 

Il suffit de voir comment Gabriel Jesus a modifié l’attaque des Gunners depuis son retour de blessure, par rapport à un Gyokeres beaucoup plus en difficulté sur le plan technique. Un joueur capable de décrocher au milieu de terrain, comme face à Crystal Palace en Carabao Cup, pour créer des décalages et combiner avec ses coéquipiers. Mais l’ancien attaquant de Manchester City ne brille pas par sa puissance et sa capacité à terminer les actions. Sur sa dernière saison pleine, en 2023-2024, il culminait à 0.55 buts + assists sur 90min, alors que Nwaneri culminait, sur son aile droite la saison dernière, à 0.61 buts + assists sur 90 min, faisant du jeune anglais le 2ème joueur de l’effectif le plus décisif sur 90min derrière Saka (0.83). 

 

Décrocher et dézoner pour trouver ses coéquipiers, Nwaneri sait également le faire. Avec 34.2 ballons touchés dans le dernier tiers du terrain la saison dernière sur 90min, il est le 3ème joueur de l’effectif le plus efficace dans ce domaine, assez loin devant Havertz (19.8) ou même Gabriel Jesus (24.3). Évidemment, évoluer sur l’aile droite et en pointe de l’attaque n’impliquent pas la même chose, surtout contre les blocs bas, mais il démontre une qualité à trouver les bons espaces et une mobilité qui le rend disponible. 

Alors que le pressing est un aspect primordial au milieu de terrain, l’attaquant de pointe n’est pas celui qui déclenche ce pressing. Il accompagne le déclencheur, très souvent Odegaard, mais n’en est pas le chef d’orchestre. Un rôle qui lui demande moins de rigueur, sans pour autant délaisser cet aspect. Dans ce registre de pointe qui presse, Gyokeres excelle, mais ce n’est pas hors de portée d’un Nwaneri qui, à seulement 18 ans, a déjà un excellent bagage de minutes jouées, et donc des repères, pour accompagner les phases de pressing.

 

L’école Guardiola

Un rôle de faux 9, pas inconnu par Arteta, notamment depuis son passage sur le banc de Manchester City, en tant qu’adjoint de Guardiola. En effet, en arrivant à City, l’ancien coach du Bayern Munich a repris quelques préceptes de son époque barcelonaise, où il pouvait évoluer avec Messi en pointe, en tant que fausse pointe très mobile. 

Sur le banc des Citizens, on l’a ainsi souvent vu tenter des schémas offensifs avec des faux 9, incarnés par Foden ou même De Bruyne. Et notre Mikel Arteta, adjoint de Guardiola sur cette période, n’a pu qu’apprécier ce dispositif d’électron libre en pointe de l’attaque. 

Tactiquement, l’hypothèse de faire évoluer Nwaneri en faux numéro 9 est compatible avec le système Arteta, qui requiert beaucoup de mobilités et de qualités techniques en attaque. Son manque de volume défensif, préjudiciable au milieu de terrain, ne devient plus un souci majeur en pointe de l’attaque. Ce poste de faux 9 pourrait donc devenir une voie logique dans son développement. 

Cependant, il sera, comme au milieu de terrain, sujet à une grosse concurrence. Gyokeres, arrivé pour 65 millions d’euros l’été dernier, le retour en forme de Gabriel Jesus, un Kai Havertz proche d’un retour sur les terrains ou encore les intérims très utiles de Merino “Merinueve”, là encore : rien n’est acquis pour un joueur de 18 ans. 

Travail et patience. Sa chance viendra. Mais logiquement, son faible temps de jeu cette saison interpelle. Arteta rechigne pour le moment à lui donner des minutes dans la rotation. Comparé à son temps de jeu de la saison dernière, le début d’exercice 2025-2026 a de quoi frustrer. À quelques jours du début du mercato, son nom commence à sortir dans la rubrique des rumeurs. Doit-t-il quitter Arsenal pour acquérir du temps de jeu avant de revenir au club l’été prochain ? Un club capable de lui donner des minutes lui permettant de travailler ses faiblesses au milieu de terrain ? Ou Ethan va-t-il choisir la stabilité et continuer de travailler en attendant sa chance ? Réponse dans les prochains jours.

 

Ethan Nwaneri n’est ni en retard, ni en échec. Il est simplement confronté à l’exigence extrême d’un Arsenal qui vise le sommet. Son avenir dépendra moins de son talent — déjà évident — que de sa capacité à s’adapter aux standards du système Arteta. Travail, patience et choix justes seront les clés. La suite s’écrira, comme toujours avec Arteta, étape par étape.

 

Louis


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