Gabriel, Saliba, White : le plan à trois

Le temps où Mikel Arteta devait jongler en défense entre David Luiz, Mustafi, Sokratis et Pablo Mari semble enfin résolu. Et tant mieux. Si bien que c’est plutôt un “problème de riche” que le technicien espagnol va devoir résoudre, se retrouvant avec trois centraux de qualité pour (à priori) deux places. Alors, entre Gabriel, Saliba et White : quel plan à trois ? 

La nouveauté ou la continuité ?

Sur le papier, William Saliba est celui des trois qui est le plus ancien au club, puisqu’il est arrivé à l’été 2019, quand Gabriel et Ben White ont respectivement été recrutés en 2020 puis 2021. Oui, mais le Français ne compte pas le moindre match officiel avec le maillot frappé du canon, prêté tour à tour à Saint-Étienne, Nice et l’OM. Alors entre temps, la charnière Gabriel-Ben White en a profité pour s’installer, dégageant une sérénité qui n’a jamais été vue depuis le départ d’Arsène Wenger. Ce que les stats… ne démontrent pas.

En effet, les Gunners ont concédé 48 buts en Premier League cette saison, contre 39 l’an passé. Des stats en partie plombées par un début de saison catastrophique (neuf buts encaissés en trois matchs), où le binôme n’a jamais été aligné. Leur association semble n’avoir vraiment failli qu’une fois, à Anfield, lors d’une défaite 4-0 chez les Reds.

Ferme la porte à la Pukki.
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Individuellement, Ben White dégage une énorme puissance dans ses interventions (42 cette saison contre 13 pour Gabriel) et une sérénité dans son jeu au pied. De son côté, Gabriel dispose d’un côté dur sur l’homme à l’image de ses 30 tacles réussis (23 pour White) qui rend cette charnière assez complémentaire. L’un est gaucher, l’autre droitier et les deux sont très jeunes et ont encore une bonne marge de progression (24 ans). Rien ne semblait donc remettre en cause cette association qui, on peut l’espérer, aurait été encore plus forte l’année prochaine. Oui mais…

Saliba : vraiment plus fort ?

Cette hiérarchie établie et incontestable va être remise en cause cet été par le retour de prêt de William Saliba, qui cette fois-ci devrait rester pour de bon, après trois saisons à s’aguerrir en Ligue 1. Un sorte de prêt longue durée critiqué par certains, mais dont Mikel Arteta s’est justifié dans un entretien à RMC Sport :

“On a pris la bonne décision. S’il était resté cette année avec nous, avec un match de Premier League par semaine, avec Ben White et Gabriel, il n’aurait pas eu la moitié du temps de jeu qu’il a eu avec Marseille, c’est certain. Pour sa croissance et ce qu’il peut faire la saison prochaine, ça n’aurait pas été bon. William n’était pas avec nous, car il n’aurait pas eu le temps de jeu nécessaire pour gagner en expérience. Il faut qu’il revienne. Il a l’expérience et l’environnement nécessaire pour être compétitif avec nous.”

En progression constante, il a littéralement explosé cette saison, étant élu meilleur espoir de la saison de Ligue 1, tout en ayant sa place dans l’équipe type, aux côtés de Marquinhos. Joueur indéboulonnable du système de Sampaoli, il a comptabilisé 53 apparitions avec l’OM cette saison, auquel il faut ajouter trois sélections avec l’équipe de France, dont les portes se sont ouvertes alors que la concurrence fait rage à son poste.

Parmi ses principales qualités, son jeu de relance. Il a délivré 2834 passes cette saison, soit le plus haut total sur un exercice depuis qu’Opta analyse le championnat (2006). Et pas que pour faire des passes en retrait. “Tout semble facile pour lui dans la relance, avance Jean-Louis Gasset, son entraîneur à Saint-Étienne. Mais il n’y a pas de ballon facile au très haut niveau, il faut qu’il soit vigilant.” “Ce qui nous plaisait en lui, c’était cette volonté d’être ambitieux dans l’utilisation du ballon malgré les différences athlétiques qu’il pouvait faire, abonde Razik Nedder, membre du staff de Gasset. On lui a fait travailler la relance, on a banalisé la pression pour qu’il ne panique jamais.”

Parmi ces “différences athlétiques”, Saliba peut compter sur ses qualités de sprint, à l’image de son retour face à Mbappé lors du Classique. “Il a une grande confiance en sa vitesse, alors quand le joueur décroche il n’y va pas toujours,” explique l’ancien adjoint de Laurent Blanc. Sylvain Ripoll, son sélectionneur chez les Espoirs, apprécie de son côté sa lecture des duels : “Il a le gabarit pour mettre plus d’impact et d’agressivité, mais il défend debout, il est dans le placement et l’anticipation. Il envoie sur les premiers appuis, ce qui lui permet de couper les courses en passant l’épaule, le bras ou le pied intelligemment, sans mettre des brins n’importe comment.” Des qualités plus que nécessaire pour affronter les différents attaquants de Premier League.

Alors, sorti grandi de son passage à l’OM où il explique avoir “passé un grand cap dans (sa) carrière,” au micro de Téléfoot, William Saliba va-t-il réussir à s’installer à la place de Ben White ou Gabriel ? Une chose est sûre, il va tout faire pour. “J’ai envie de leur montrer mon vrai visage et d’avoir la chance de jouer pour ses supporters et pour ce grand club,” avançait-il, toujours lors de l’émission post-cuite du samedi soir.

Le fait qu’il soit droitier peut laisser penser qu’il soit plus en concurrence avec l’international anglais, mais à voir si Arteta est aussi rigide sur ce point qu’un certain Didier Deschamps. Ses qualités dans la relance, supérieures à celle de Gabriel, peuvent également peser dans la balance, d’autant que l’Espagnol semble avoir fait de la relance courte son cheval de bataille. Enfin, on peut aussi imaginer certaines fois voir Ben White latéral droit, surtout si le physique de Tomiyasu lui fait encore défaut, avec Gabriel et Saliba dans l’axe. Autant de possibilités qui offrent un problème de riche au staff des Gunners.

3-5-2 : et pourquoi pas ?

Face à ce tirage de cheveux permanent s’offre une solution de conciliation, le 3-5-2. Ce système (plutôt un 3-4-3) avait d’ailleurs permis à Arteta de donner un second souffle à la saison d’Arsenal dans l’épisode post-confinement, amenant à la victoire en Cup face à Chelsea. Un temps annoncé comme le remède miracle, ce dispositif a par la suite été rapidement oublié par le Basque, notamment à cause de la faiblesse des défenseurs centraux. Avec un trio Gabriel-White-Saliba, les cartes peuvent être rebattues, mais cela implique de repartir presque de zéro, alors que de sérieux automatismes ont été trouvés cette saison en 4-2-3-1.

Et notre cher Robbie dans tout ça ? Photo : Icon Sport
Et notre cher Robbie dans tout ça ? Photo : Icon Sport

De plus, le positionnement de Tierney et Tomiyasu pourrait poser question puisque leur style n’est pas vraiment adapté à celui de piston. L’Écossais faisait même partie des trois centraux lors de la finale de Cup et le Japonais a régulièrement joué en défense centrale à Bologne. Or, leurs performances (malgré leurs blessures), ne donnent pas de raison de les sortir du XI pour le moment. Bien qu’il soit une opportunité, pas sûr que le 3-5-2 soit la volonté d’Arteta pour le moment, mais il pourrait apporter une vraie polyvalence tactique face à certains adversaires.

Martinez ? Trop n’est jamais assez

Et comme trop n’est jamais assez, au moment où sont écrites ces lignes, la rumeur Lisandro Martinez prend de l’ampleur. Selon plusieurs médias, dont le très fiable The Athletic, Arsenal a fait du défenseur de l’Ajax une priorité, évaluée entre 30 et 40M€. Gaucher, il pourrait alors suppléer Gabriel, et même dépanner en tant que latéral gauche. À cela doit s’ajouter Rob Holding, qui devrait permettre de voir venir dans la rotation avec quatre ou cinq défenseurs centraux de métier la saison prochaine. Les blessures de la fin de saison dernière auxquelles il faut ajouter le retour d’une coupe d’Europe et un calendrier démentiel avant la Coupe du Monde sont autant de raison de voir large dans ce secteur, où certaines absences peuvent vous coûter très cher. Et puis, passer de David Luiz, Sokratis et Mustafi à Gabriel, Saliba et White, on ne va pas s’en plaindre.

À vos votes ! Quelle charnière pour la saison prochaine ?
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Propos de Jean-Louis Gasset, Razik Nedder et Sylvain Ripoll issus de l’Équipe.

Antoine #AFC

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