Le hors-jeu, c’était mieux avant

Toujours incapable de faire l’unanimité depuis son intronisation au plus haut niveau en 2016, la VAR fait encore parler d’elle. Une énième polémique, venue d’Angleterre et du match de nos Gunners ce week-end (et du week-end avant), qui nous fait dire que, décidément, le hors-jeu, c’était mieux avant.

À un pied du bonheur. Un an et demi après son arrivée sur les rives de la Tamise, Dani Ceballos pensait tenir son premier pion en Premier League sous les couleurs d’Arsenal, avec cette tête décochée à la 40e minute de la rencontre face à Fulham. À l’issue d’un mouvement de toute beauté initié par un bon travail de Martinelli côté gauche, l’Espagnol catapulte un bon centre de Bellerin dans les filets. Célébrations ! Hésitation. Puis déception… Le but est annulé. Saka, impliqué dans l’action, est signalé hors-jeu pour, littéralement, un orteil.


Bis repetita une semaine plus tard. Arsenal – Everton, 33e journée de Premier League. Alors à 0-0, Dani Ceballos obtient un pénalty pour Arsenal. Au ralenti le contact semble très léger mais ce n’est pas le contact en lui-même qui va intéresser la VAR. Non, les arbitres s’intéressent à Nicolas Pépé, parti à la limite du hors-jeu au début de l’action. Verdict : hors-jeu, pénalty donc annulé. Sauf qu’encore une fois, la décision est très litigieuse, voire aberrante. Pépé semble exactement sur la même ligne, la ligne bleu du défenseur n’est pas tracée au bon endroit, l’image est arrêtée alors que le ballon est déjà parti du pied d’Emile Smith Rowe. Bref, on vous laisse juger par vous-mêmes.



Ce n’est pas la première fois que l’Angleterre est confrontée à l’annulation d’un but pour une position illégale millimétrique. Le 17 février 2020 face à Manchester United, alors qu’il refoule une pelouse de Premier League pour la première fois depuis 79 jours, Olivier Giroud pense réaliser le come back parfait en trouvant le chemin des filets à la 77e minute. Mais après plusieurs minutes de tergiversation à observer les images de l’action, les arbitres tranchent : but non valide. L’attaquant tricolore est offside pour quelques centimètres. Tollé en Albion ! Observateurs et journalistes de tout bord s’insurgent contre cette décision, qu’ils estiment être contre l’esprit du jeu.



Les moyens justifient la fin


Les résultats obtenus par la VAR dans ce genre de situation sont problématiques à plusieurs titres. Premièrement, même si cela reste la minorité des cas, les images censées attester du hors-jeu ne sont pas tout le temps d’une clarté absolue. La technologie a ses limites. Ce qui entraîne des situations ubuesques, dans lesquelles on planche des minutes entières sur des images dont on ne peut rien tirer, et qui vont en définitive faire l’objet d’une interprétation humaine. Retour à la case départ : on aurait gagné du temps, ménagé le rythme et la tension du match, en laissant l’arbitre central juger selon son intime conviction comme cela se passait avant l’intronisation de l’assistance vidéo.


En revanche, si parfois le recours à la VAR n’éclaircit en rien une situation, il convient tout de même de reconnaître que la majorité du temps, le dispositif est efficace. Mais ce qui pose problème, c’est le principe même de son utilisation. Et les possibilités qui en découlent. Comment reprocher aux arbitres d’être tatillons au point de juger les hors-jeu au centimètre, alors qu’on leur en donne la possibilité technique ? Il y a une règle, la loi 11 du football, qui indique qu’« un joueur est hors-jeu si n’importe quelle partie de la tête, du tronc ou des jambes se trouve dans la moitié de terrain adverse (ligne médiane non comprise) ; et que n’importe quelle partie de la tête, du tronc ou des jambes se trouve plus près de la ligne de but adverse que le ballon et l’avant-dernier adversaire ».


Il en découle un état de fait binaire : on est hors-jeu, ou on ne l’est pas. Il est donc légitime que même si ce n’est que d’un centimètre, dès lors qu’un joueur est potentiellement hors-jeu, les arbitres cherchent à le déterminer. La VAR étant, dans ce processus décisionnel, un outil de choix.

Dispositif antisportif

Quel est le souci dans ce cas ? Eh bien, c’est que la VAR va à l’encontre de l’esprit du foot. Le hors-jeu a initialement été créé pour empêcher que des joueurs campent 90 minutes dans la moitié de terrain adverse. Il s’agissait d’empêcher l’attaque d’obtenir un avantage démesuré par rapport à la défense. Mais un hors-jeu qu’on ne peut déceler à l’œil nu ou via une caméra latérale basique, est-il réellement de nature à donner un avantage décisif à l’attaquant dans son duel avec le défenseur ? La finalité aurait-elle été différente sur les actions de Giroud et de Saka, si ces derniers s’étaient retrouvés 5 centimètres en arrière au départ de l’action ?


Non. La vérité, c’est qu’ils ont mieux joué que leurs adversaires directs à ce moment là, qu’ils les ont battus. La VAR fait fi des victoires sur le terrain, pour les exporter dans le domaine de la vérité froidement scientifique et de la réglementation rigide et inflexible. Avec cette politique de l’excessivement précis, on tue ce qui fait la base du football : le jeu, le duel et le mouvement. En somme, le football, ce malade imaginaire qui se voyait comme le théâtre d’injustices chroniques, a fait une scène en appelant de ses vœux le renfort de la technologie.

Bilan, la VAR est venue durcir aujourd’hui une règle considérée comme trop molle hier. Mais qui en réalité, en étant plus permissive, laissait le jeu vivre et se réguler par la seule réalité qui vaille : celle du duel remporté sur le terrain.