Martinelli, Saka et Saliba : le défi des prolongations de contrat

Arsenal est en tête du championnat avec quatre points d’avance sur Manchester City et Tottenham, notamment grâce à une génération de jeunes talents exceptionnels. A l’image d’un trio de 21 ans – Bukayo Saka, Gabriel Martinelli et William Saliba – qui a fait partie intégrante de la bonne dynamique du club.

Tous les trois sont en pourparlers pour prolonger leur contrat. Il semble banal de dire que le club devrait le faire. C’est évident. Arsenal le sait – et de plus, ils sont convaincus qu’ils peuvent le faire. Cependant, la question de savoir comment et quand ces accords pourraient être conclus est un peu plus compliquée.

Les supporters aimeraient sans doute que ces nouveaux contrats soient gérés rapidement. Cela enverrait un message fort de la part d’Arsenal, de consolider son bon début de saison en sécurisant l’avenir de trois excellents jeunes joueurs.

Mais en ce qui concerne les nouveaux contrats, la direction se retrouve dans une position assez délicate. Au cours des dernières années, ils ont travaillé d’arrache-pied pour réduire le poids de leur masse salariale, ce qui a notamment amené de nombreux départs lors des derniers mercatos. Le club a ainsi décidé d’investir dans des joueurs plus jeunes avec des demandes plus abordables.

Ce projet semble, à ce stade relativement précoce, avoir été un succès. Arsenal est de nouveau compétitif et nombre de ces jeunes joueurs s’épanouissent désormais. Cependant, ce succès a un coût : Arsenal doit récompenser son équipe talentueuse et repousser l’intérêt des autres clubs. Cela signifie de nouveaux contrats et des salaires plus élevés.

Le défi d’Arsenal est de trouver un équilibre : accepter ces contrats très importants sans bouleverser la nouvelle structure salariale qu’ils ont si minutieusement mise en place.

Les négociations avec Saka bien avancées

Le temps presse. Bien qu’il ait été suggéré que les contrats de Saliba et Saka pourraient être prolongés jusqu’en 2025, ils ne vont que jusqu’en 2024, même avec des clauses. Dans le cas de Saliba, son contrat expire en fait l’été prochain (2023) mais Arsenal a la possibilité de le prolonger jusqu’à l’année suivante. De même, l’accord de Saka ne s’étend pas au-delà de 2024. Le contrat de Martinelli expire quant à lui en 2024, mais Arsenal a la possibilité de prolonger de deux ans.

Bien que l’accent soit mis sur ces trois acteurs, chaque cas est unique. Les négociations avec Saka sont les plus avancées. Mikel Arteta s’est dit très confiant” qu’un accord soit conclu, un sentiment partagé par le joueur. Arsenal a fait du contrat de l’Anglais une priorité cet été et a fait des progrès significatifs. La question est désormais de savoir quand le contrat sera finalisé, plutôt que “si” il sera finalisé. 

Dans le cas de Martinelli, il est encore relativement tôt. C’est en partie parce qu’Arsenal est dans une position plus confortable : l’option de deux ans supplémentaires porterait son contrat jusqu’en 2026. Néanmoins, des négociations sont en cours pour une revalorisation, qui reflète l’amélioration de la position de Martinelli en tant que titulaire régulier. Comme Saka, le Brésilien veut rester à Arsenal, ce qui rassure considérablement le club dans les négociations.

Certains fans peuvent se demander pourquoi Arsenal envisage de donner un nouveau contrat à Martinelli, étant donné qu’il n’a signé son dernier qu’en 2020 et qu’il est théoriquement sous contrat pour quatre années supplémentaires. Cependant, ces contrats ne consistent pas simplement à conserver les joueurs et à protéger le club. Ce sont des accords conclus de bonne foi, et il est implicite qu’une bonne performance sera récompensée. Arsenal pourrait simplement rester assis et activer les années supplémentaires facultatives, mais qu’en deviendrait la relation avec Martinelli et ses agents ?

Saliba en position de force 

Chaque nouvel accord crée un précédent pour le suivant. Déjà, la paire d’attaquants, Folarin Balogun et Eddie Nketiah a profité de situations contractuelles précaires pour se voir offrir des revalorisations salariales. Ils deviennent des points de référence dans les négociations futures. Arsenal saura que, quel que soit le salaire accordé à Saka, il sera sans aucun doute cité par les agents de Martinelli lors des négociations.

Des trois joueurs, la position de négociation de Saliba est sans doute la plus forte – sa valeur marchande semble augmenter à chaque match. L’option dans son contrat l’emmène jusqu’en 2024, mais dans ce scénario particulier, préserver, voire peut-être reconstruire, les relations avec le joueur et son agent est d’une importance primordiale. Saliba est toujours sur un contrat rédigé par Huss Fahmy et Raul Sanllehi à l’été 2019. Bien qu’il y ait eu des clauses intégrées pour garantir que sa rémunération augmente avec son développement, ses représentants auront toujours le sentiment qu’il y a de la place pour une revalorisation. 

Il convient de noter que tous ces joueurs ont une chance de participer à la Coupe du monde (Saliba et Saka semblent sûrs d’être sélectionnés). Se produire sur cette scène mondiale pourrait voir leur valeur – et par la suite, leurs exigences – augmenter à nouveau. Dans la mesure du possible, Arsenal serait bien avisé de faire des progrès significatifs dans les négociations avant le coup d’envoi de la Coupe du monde.

Dans chaque cas, Arsenal procédera à une évaluation basée sur l’âge du joueur, sa situation contractuelle, son potentiel, sa position auprès du staff et ses stats. Des recommandations techniques seront faites par Edu et Arteta, tandis que le directeur des opérations du football, Richard Garlick, sera chargé de rédiger les conditions. Il y a de l’autonomie, mais aussi de la supervision. Chaque étape majeure des pourparlers contractuels implique un dialogue entre l’équipe de direction, le directeur général et le conseil d’administration.

“Une masse salariale de la Ligue des champions, pour un budget de la Ligue Europa”

La qualification (ou non) d’Arsenal en C1 sera prise en compte dans les négociations. En juillet 2019, Josh Kroenke expliquait qu’Arsenal avait “une masse salariale de Ligue des champions, pour un budget de Ligue Europa”. Le board a remédié à cette situation. Les départs de Mesut Ozil, Pierre-Emerick Aubameyang, Alexandre Lacazette et le prêt de Nicolas Pépé ont permis de rééquilibrer la masse salariale. 

Le défi auquel Arsenal pourrait être confronté est que, s’ils se qualifient pour la Ligue des champions, les joueurs et les agents pourraient s’attendre à des “salaires dignes de la Ligue des champions”. Arsenal espère atténuer cela et a discuté de l’inclusion de clauses de performances liées à la qualification en C1. Ce faisant, Arsenal pourrait éviter un écart coûteux entre ses engagements financiers et son statut européen. 

Revalorisations pour Ramsdale et Tomiyasu ? 

Un nouveau contrat pour Aaron Ramsdale est également à l’ordre du jour. Bien qu’il n’ait rejoint le club qu’en 2021, il s’est depuis imposé comme le n°1 et fait régulièrement partie de la sélection anglaise. Il y a une reconnaissance de tous les côtés qui devrait être récompensée par un salaire plus conforme à celui d’un gardien de but de premier choix.

Un autre problème pour Arsenal est l’effet domino : dès qu’ils donnent un contrat, d’autres joueurs et représentants viendront inévitablement frapper à la porte. Takehiro Tomiyasu a signé pour le club avec un salaire relativement modeste, et s’il venait à enchaîner de nouveau, il souhaiterait être revalorisé. 

Le contrat de Charlie Patino expire à la fin de cette saison. Arsenal a la possibilité de déclencher une prolongation de deux ans, mais il y a une date limite pour cette clause et aucune négociation de contrat n’a encore eu lieu. La position d’Arsenal cet été était de se concentrer sur les transferts plutôt que sur les renouvellements de contrats, mais cela a créé des retards.

Tonton, déjà tourné vers l’avenir.

Il y a cependant une opportunité pour Arsenal de faire une proposition. La Coupe du monde offre une pause dans la saison et un moment propice pour que les clubs et les agents se parlent. Décembre marquera l’anniversaire, une décennie plus tard, où Arsenal a simultanément annoncé les prolongations de Jack Wilshere, Aaron Ramsey, Alex Oxlade-Chamberlain, Carl Jenkinson et Kieran Gibbs. “Le plan est de construire une équipe autour d’une base solide de jeunes joueurs pour les amener à développer leur talent au club”, avait alors déclaré Arsène Wenger lors de l’officialisation.

Les plans les mieux conçus peuvent aussi mal tourner. Parmi les cinq, seul Ramsey a vraiment confirmé avec le club. Mais si Arteta était en mesure d’annoncer de nouveaux contrats pour Saka, Martinelli, Saliba, Ramsdale et Patino – simultanément ou séparément – cela enverrait un sacré message. Les performances d’Arsenal cette saison suggèrent que le club est entré dans une nouvelle ère. Maintenant, assurez-vous que cela continue.

Traduction de Saka, Martinelli and Saliba’s Arsenal contracts are a delicate balancing act (The Athletic), par Antoine

Crédits photos : Goal et Stuart MacFarlane