Il y a un an, Ethan Nwaneri semblait promis à un avenir radieux sous les couleurs d’Arsenal. Mais entre une concurrence renforcée, un repositionnement tactique raté et un prêt à Marseille qui a viré au cauchemar, le jeune Anglais sort d’une saison 2025-2026 à oublier. À seulement 19 ans, son avenir chez les Gunners n’a jamais semblé aussi incertain.
Une saison 2025-2026 à oublier
Une saison 2025-2026 qui devait être la saison de la confirmation pour Ethan Nwaneri.
C’est l’histoire d’un gamin de 15 ans lancé dans le grand bain de la Premier League en septembre 2022. L’histoire était en marche pour le jeune prodige anglais de Hale End, qui représentait le futur du club.
Après quelques mois de travail pour polir le diamant, Arteta lui donne sa chance sur la saison 2024-2025, et Nwaneri lui rend plutôt bien. Dans une équipe décimée par les blessures, le milieu offensif dépanne tantôt à droite, pour pallier aux blessures de Saka, et tantôt dans l’axe, son poste de formation.
À 17 ans, il bouclait une première saison au plus haut niveau avec 37 matchs, 9 buts et 2 passes décisives. La machine est lancée, et Mikel Arteta ne tarissait pas d’éloges sur sa pépite : “C’est rare de voir un talent comme ça à 17 ans.”, soulignant également l’impact de Nwaneri sur ses coéquipiers : “Ses coéquipiers lui donnent la balle tout le temps, c’est un énorme signal, on a un sacré joueur.”

Mais tout change pendant le mercato estival 2025. Fraîchement arrivé au poste de Directeur Sportif, Berta prend en main le problème de la profondeur, qui avait lourdement pénalisé l’équipe sur la saison 2024-2025. Ainsi, Madueke, Gyokeres et Eze débarquent sur la ligne offensive, pour donner plus de possibilités à Arteta.
À 18 ans seulement, Nwaneri doit donc faire face à une grosse concurrence dans son secteur de jeu, et ses minutes fondent comme neige au soleil. Seulement 6 petits bouts de matchs en Premier League sur la première partie de saison (165 minutes), et une volonté du coach Arteta de le replacer au milieu de terrain, qui ne porte pas du tout ses fruits. Peu à l’aise dans cette animation à 3 milieux, un profil beaucoup plus offensif qu’organisateur, la question de son avenir se pose fin 2025 à l’aube du mercato hivernal.
Et après des semaines de négociations et de rumeurs, la décision est prise par le board : direction la Ligue 1 et Marseille pour le jeune anglais, histoire d’engranger du temps de jeu, comme le déclarait Arteta le 21 janvier dernier : “Ethan n’a pas les minutes qu’il mérite et nécessaire à son âge, donc on va se réunir cette semaine et régler la situation”.
Un prêt sec de 6 mois à Marseille, voulu par le board notamment grâce à la présence de Roberto De Zerbi sur la banc olympien, réputé pour sa science tactique et sa faculté à travailler avec de jeunes joueurs. Un coach qui connaît parfaitement la rigueur de la Premier League, lui qui a occupé le banc de Brighton avant de prendre la direction du sud de la France.
Et sa nouvelle aventure commence de manière parfaite : titularisé pour son premier match, le 24 janvier, au Vélodrome face à Lens, il est buteur sur une action de grande classe où il étale toute sa puissance et sa qualité technique aperçue depuis ses débuts en professionnel.

Mais c’est sa seule éclaircie, et le cauchemar commence. Humilié quelques jours plus tard au Parc des Princes (5-0), Nwaneri est sorti dès la mi-temps par le coach italien, dépassé par le rythme et le niveau affiché par le jeu parisien. Une défaite qui sonnera la fin de l’aventure marseillaise pour De Zerbi, qui sera viré quelques jours plus tard, le 12 février.
Un coup de tonnerre dans l’aventure marseillaise de Nwaneri, car De Zerbi était le facteur principal du prêt de Nwaneri dans la cité phocéenne, comme l’a indiqué Arteta en conférence de presse le 13 février dernier : “Je ne peux pas contrôler ça, et cela fait partie des possibilités quand on joue en prêt dans un autre club en tant que footballeur. Donc vous devez être prêt à travailler avec différents coachs et ça peut arriver n’importe quand. Vous ne pouvez pas contrôler ces événements ou les éviter. Oui, l’une des raisons du prêt bien sûr était Roberto, mais c’était également Marseille, et ce que Marseille en tant que club et environnement est capable d’apporter à un joueur, et je pense que ça sera positif”.
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Pour prendre la suite, c’est Habib Beye qui est choisi. Un changement qui ne sauvera pas la fin de saison de Nwaneri, dans un Marseille qui s’enfonce dans une crise de résultats profonde. Le Baby-Gunner devra se contenter de bouts de matchs, et manquera même un pénalty face à Toulouse, marquant l’élimination du club phocéen en quart de finale de Coupe de France, le 04 mars dernier.
Il foulera une dernière fois une pelouse de Ligue 1 le 18 avril dernier, avant de totalement disparaître pour les 4 derniers matchs de la saison (0 minute).
Il est sans surprise le joueur de Marseille avec le moins de minutes en Ligue 1 sur la saison 2025-2026, avec 324 minutes, derrière Tochukwu Nnadi et Robinio Vaz. Il montrera tout de même une relative forme d’efficacité sur le peu de minutes qu’il dispute, avec 0.83 Goals + Assists sur 90 min, il est le 3ème Olympien le plus efficace de la saison sur cette metric, derrière Mason Greenwood et Robinio Vaz.
Le clou final dans le cercueil de la saison 2025-2026 de Nwaneri viendra d’Habib Beye, qui n’a pas hésité à critiquer publiquement le jeune anglais le 27 avril dernier : “C’est un joueur de qualité, mais il doit montrer bien plus tous les jours dans son travail et son implication. D’autres joueurs ont montré bien plus de choses que lui.”
Retour à Londres donc, après un prêt totalement raté, et aucune certitude développée dans son jeu.

Quel avenir ?
À peine revenu à Londres, Nwaneri repart déjà. Et direction les Etats-Unis, où malgré une saison ratée, il est sélectionné par Thomas Tuchel pour compléter le groupe à l’entraînement et disputer les amicaux avec l’équipe des Three Lions, en marge de la coupe du monde 2026.
Ethan Nwaneri n’a pu qu’assister de loin au couronnement de son équipe, championne de Premier League à l’issue de la saison 2025-2026. La question de son avenir se posait en janvier dernier, et va continuer de se poser cet été.
Car la question de la très forte concurrence demeure et les forces de l’effectif restent inchangées : Nwaneri est toujours confronté à un groupe exceptionnellement profond et polyvalent, où gagner sa place et des minutes est un combat.

Son prêt à Marseille étant un échec, impossible pour lui de capitaliser sur son aventure dans la cité phocéenne. Pire encore, ce prêt a mis en lumière un certain manque de travail et d’investissement au quotidien, ce qui n’a pas dû plaire aux yeux d’Arteta.
Que faire donc ? 3 possibilités : le prêter, le vendre, ou le garder.
Le prêter, après tout, il n’a que 19 ans. La saison 2024-2025 a montré que le talent était là, il doit maintenant enchaîner les minutes pour se développer et gagner en maturité. Un prêt en Premier League, voire même en Championship, dans un contexte sain et propice à son développement. Un plan à la Saliba, qui avait connu 3 prêts consécutifs avant d’intégrer pleinement l’effectif d’Arteta, pour un résultat qu’on connaît.
Le board pourrait également choisir de s’en séparer définitivement. Économiquement, Nwaneri représente un petit pactole pour le board. Formé au club, une vente représente un bénéfice pur pour les caisses du club, et pour un club qui n’a que trop peu vendu ces dernières saisons, une belle vente serait bien accueillie par les plus hautes sphères du club, d’autant plus qu’il jouit d’une valeur marchande intéressante malgré sa saison 2025-2026 (35 millions d’euros).
Son attitude pointée du doigt, comme expliqué précédemment, peut aussi être un point de non-retour aux yeux d’Arteta, qui veut des joueurs pleinement investis pour respecter les “standards” qu’il a établis depuis le début de son projet.
Également, l’attitude de son entourage pourrait aussi pousser le board à s’en séparer définitivement. Arteta et le club avaient déjà dû batailler, il y a quelques années, avec son entourage pour la signature de son premier contrat pro avec le club. Entourage qui était prêt à écouter d’autres clubs afin d’en tirer le meilleur deal possible.

Un Nwaneri peut en cacher un autre. Le plus jeune frère d’Ethan, Emerson, quitte lui aussi Hale End cet été. Malgré les efforts du club pour le garder et lui faire signer un contrat, l’entourage Nwaneri ne souhaite pas continuer au club et souhaite écouter les offres d’autres clubs. Cette fois-ci, Arsenal ne se battra pas, et laissera donc le joueur partir. Un indice pour l’avenir d’Ethan peut être.
Et pourquoi ne pas le garder ? A la manière d’un MLS cette saison, Arteta pourrait prôner la patience avec Nwaneri. Travailler et attendre son heure.
Tactiquement, le retour au 4231 en fin de saison dernière plaide pour lui. En difficulté dans un 433, dans un rôle d’organisateur à la Odegaard, un rôle de pur milieu offensif et libre, proche de l’attaquant, colle beaucoup plus à ses qualités et son profil.
Ensuite, le contexte coupe du monde et mercato peuvent lui donner l’opportunité de briller en début de saison, et de montrer qu’il a sa place dans l’effectif.
Côté départs, Trossard est proche de la Turquie, alors que l’avenir de Martinelli et Gabriel Jesus sont eux aussi au cœur des discussions. Physiquement, Havertz, Saka et Rice sont également à surveiller de très près sur cette fin de coupe du monde et pré-saison.
L’international allemand, qui sort d’une bonne coupe du monde avec 5 buts en 6 matchs, sort d’une saison 2025-2026 très compliqué en raison d’une très grave blessure au genou il y a quasiment un an, l’écartant des terrains pendant 6 mois. En février dernier Arteta avait d’ailleurs émis des craintes sur la condition physique d’Havertz, victime de quelques rechutes : “Cela ne semble pas être quelque chose de très grave, mais suffisamment pour le freiner. Quand on regarde sa charge de travail, il n’a pratiquement rien fait pendant 11 mois, puis il recommence à enchaîner les matchs. La charge augmente forcément d’un coup et, dans ces cas-là, le corps peut réagir. Même si Kai veut minimiser la situation, et même si nous aimerions tous le faire, nous devons vraiment gérer cela avec beaucoup de précaution.” Nul doute que le constat reste le même : gérer Havertz, et éviter la surcharge de travail à l’aube de la saison 2026-2027.
Saka et Rice sont également des joueurs qui tirent la langue en pleine coupe du monde. Gêné par des douleurs au tendon toute la saison, notre Bukayo n’était même pas en état de démarrer la coupe du monde avec les Three Lions, et devrait manquer le début de saison pour se remettre sur pied. Il est d’ailleurs revenu sur sa condition physique en marge de l’ouverture de la coupe du monde : “Oui, mais je pense qu’en tant que joueur, c’est le plus gros des dilemmes, surtout si vous n’êtes pas à 100%, vous avez le choix de soit ne pas jouer soit de vous exposer en sachant que les gens vont vous juger de la même manière. Finalement, les gens ne se soucient pas vraiment de ce que vous ressentez. Ils attendent que vous soyez à 100%, ils s’attendent à ce que vous soyez performant. Je suis heureux d’avoir prix le pari de jouer, et ça a payé je dirais. Je me sens beaucoup mieux qu’en mars et je suis prêt à y aller.”

Un début de saison sans Saka est donc un scénario hautement probable. Derrière lui, seul subsiste Madueke comme véritable ailier droit, et Max Dowmann. Mais à 16 ans, difficile de le voir comme une vraie solution à droite, aussi talentueux soit-il.
Nwaneri pourrait donc avoir une vraie carte à jouer à la reprise de l’entraînement, et concurrencer Madueke sur l’aile droite. Un poste qu’il connaît plutôt bien, puisque c’est là qu’il a démarré son aventure chez les Gunners lors de la saison 2024-2025.
Pour autant, a-t-il les capacités d’être une vraie solution sur ce côté droit ? En théorie, oui, il l’a déjà montré sur cette fameuse saison 2024-2025. Si on compare la saison 2025-2026 de Madueke avec la saison 2024-2025 de Nwaneri, notre Baby-Gunner n’a pas à rougir de la comparaison.
“Il dégageait souvent une impression de nonchalance qui rendait fou” – un supporter marseillais sur Nwaneri
Il est assez proche d’un Madueke en matières de dribbles réussis : 95ème percentile pour l’ancien Blues de Chelsea contre 88ème pour Nwaneri. La vraie différence va se faire dans le dernier geste, et la faculté d’être efficace devant le but. Véritable point noir du profil de Madueke, qui sait créer le chaos mais très peu efficace devant le but, Nwaneri montre lui des qualités de finisseur évidentes. 85ème percentile en terme de buts et 97ème percentile en terme d’xG sur l’aile droite, contre seulement 34 et 45 pour Madueke la saison dernière.
De vraies qualités de puissance, technique, physique et une polyvalence à exploiter, nul doute que Nwaneri peut avoir une vraie carte à jouer à la reprise. De la même façon qu’un MLS a changé la dynamique du milieu de terrain sur la seconde partie de saison dernière, Nwaneri a lui aussi les capacités et les qualités pour arracher une vraie place dans l’effectif d’Arteta.
Pour finir, le voir partir serait une vraie déception, tant le talent est indéniable. Mais le parcours d’un footballeur n’est pas un long fleuve tranquille, et il faut parfois savoir reculer pour mieux sauter.
Avant Max Dowmann, il y avait Nwaneri. La balle est désormais dans son camp.

Le talent de Nwaneri ne fait toujours aucun doute. Mais après une saison aussi compliquée, c’est désormais à lui de prouver qu’il a les épaules pour s’imposer à Arsenal. Le club devra faire un choix cet été, mais la suite de son histoire dépendra avant tout de sa capacité à rebondir.

