“Sans saveur”, “surcoté”, “saison moyenne”, “insuffisant et incompréhensible”, “il est juste moyen”. Il y a quelques jours, on vous a donné la parole sur la saison de Bukayo Saka. Très loin des superlatifs qu’on lui a souvent attribués dans le passé, il est temps de mettre un coup de projecteur sur la saison clivante de Bukayo Saka.
Une saison décevante ?
8 buts et 7 passes décisives en 36 matchs TTC cette saison, voici la photographie de la saison de Bukayo Saka à l’heure actuelle. Pas forcément ridicule, mais loin des standards qu’on attendait de lui en début de saison.
Le recrutement offensif XXL d’Andréa Berta devait apporter de la qualité à cette attaque des Gunners, trop souvent portée par les seules épaules de Saka, leader naturel de cette attaque, de par son expérience, son parcours et son talent, sur les dernières saisons.
Oui mais voilà, à 9 matchs du terme du championnat, le constat est mitigé. Avec 5 buts et 5 passes décisives en Premier League sur l’exercice actuel, il est très loin des figures de proue du championnat. Mais pour autant : sa saison est-elle mauvaise comme on peut parfois le lire ?
Il faut alors se plonger dans cette fabuleuse jungle des statistiques. Saka est un joueur complet, encore plus cette saison, c’est le gros point fort de son profil. Techniquement, ses chiffres avancés sont encore affolants : 96ème percentile en duels offensifs gagnés, 97ème en dribbles réussis, 90ème percentile en centres réussis et 86ème percentile en courses progressives. Il occupe également la première place dans les classements des passes clés et des passes avant un tir en Premier League.

Saka version 2025-2026 est donc un joueur qui fait très mal à l’adversaire en 1vs1, très costaud dans les duels et extrêmement créatif. La comparaison avec les ailiers médians de Premier League est d’ailleurs sans appel, d’un point de vue purement statistique, sur beaucoup de métriques, Saka est un des meilleurs joueurs de Premier League, voire même le meilleur.
Mais, si c’était le cas, cet article n’existerait pas. Et Saka serait sans doute en train de concurrencer Haaland ou Bruno Fernandes sur les buts ou passes décisives. En effet, s’il y a bien un domaine où Saka est clairement un ton en dessous : c’est dans le dernier geste. Sa saison actuelle ressemble beaucoup à la saison dernière d’un point de vue du contenu, sauf sur la métrique des buts et des xG. Saka marque peu, et se retrouve très peu en position de marquer. 99ème percentile en termes de xG la saison dernière, il chute drastiquement à 35 cette saison.
Même constat concernant les buts, 77ème percentile sur la saison 2024-2025, il culmine à un petit 60 sur l’exercice actuel. Saka fait presque tout bien, sauf le dernier geste. Il a pourtant des occasions qu’il ne convertit pas, comme face à Tottenham où il ne convertit pas ses occasions franches.
Un aspect de son jeu très clairement frustrant cette saison, et qui peut en partie expliquer pourquoi les critiques s’élèvent à son sujet. Saka n’est pas un tueur cette saison, et souvent Arsenal a besoin d’un tueur sur les matchs.

Notre Starboy est également de plus en plus en difficulté face aux blocs bas. Avec une ligne défensive adversaire alignée à en moyenne 40 mètres de son but, Arsenal est une équipe crainte, et celle-ci atteint probablement son paroxysme cette saison. Aucune autre équipe de Premier League ne fait face à autant de blocs bas chaque week-end. Avec moins d’espaces et moins de ballons, Saka a du mal à exister dans les bonnes zones.
Couplé à une volonté de contrôle, quitte à frôler l’overdose, cette approche rend la dynamique offensive de l’équipe peu opérante pour bousculer le bloc adverse. Garder le ballon, sans réellement créer le chaos, ou prendre un risque. La patience est prônée, engendrant une asphyxie lente et ennuyeuse à voir.
Comme écrit plus haut, il a énormément gagné en masse musculaire sur les dernières saisons. Très costaud, c’est de plus en plus difficile de le bouger au duel physique. Dos au jeu c’est presque impossible de lui prendre le ballon, et quand il passe l’épaule, son adversaire ne peut plus rien faire.
En revanche, il a perdu en explosivité, peut être le revers de la médaille. Notre numéro 7 fait trop peu de différences par la vitesse, ce qui peut être un handicap face à des lignes resserrées. On le trouve généralement arrêté, ballon dans les pieds, et non dans la recherche de la profondeur. Des situations qui peuvent l’amener à proposer un jeu stéréotypé et lent, loin de pouvoir tuer l’adversaire.
La disparition d’Odegaard, la difficile adaptation de Gyokeres et les blessures à répétition d’Havertz sont également venues casser les triangles et les circuits de passes sur son côté. Pas de quoi le mettre dans les meilleures dispositions.
Autant d’éléments qui peuvent donner un certain goût de frustration sur certains matchs, bien que sur de nombreux points il domine la plupart des joueurs de Premier League. Une saison ratée, non. Mais si on prend la photographie globale de sa saison, on s’attendait certainement à plus, et à mieux dans certains aspects.

Un joueur en mutation ?
Un ailier qui n’en est peut-être plus vraiment un. Excellent pour faire jouer les joueurs autour de lui, fort dans les duels et très créatif. Il est le premier joueur de Premier League cette saison à avoir réussi 46 dribbles et 46 occasions créées. Son avenir est peut-être loin de la ligne de touche, mais dans un rôle plus central.
Une idée qui a commencé à germer dans la tête d’Arteta : “C’est une possibilité que je voulais essayer, et nous pourrions y avoir recours à l’avenir. Il reste encore beaucoup de matchs, de compétitions et de scénarios différents à jouer cette saison, et c’est une possibilité qui s’offre à nous. Il est plus central, il est plus proche du but. Il est un peu plus difficile pour l’adversaire de le suivre en permanence. Il peut également échanger sa position avec un joueur excentré, et il est très doué pour trouver les espaces. Quand il est là, il peut vraiment vous faire mal avec le ballon”.
Une première expérimentation dans ce rôle menée face à Wigan, en coupe, sur 45 minutes. Certes l’adversité était faible, mais Saka a immédiatement trouvé sa place et des repères, et sa connexion avec Madueke a fait des ravages. Une connexion naturelle entre les 2 anglais, aux profils très complémentaires.
L’ancien de Chelsea serait bien évidemment le grand gagnant si l’idée de Saka au cœur du jeu venait à se reproduire, lui à la recherche de constance dans ses performances. Arteta est d’ailleurs revenu sur la connexion naturelle entre les 2 joueurs : “Ce matin, nous en avons eu un autre exemple. Ils étaient dans la salle de sport et faisaient des tests, tout le monde essayait de rivaliser avec les autres, et ces deux-là étaient hilarants, comme d’habitude. C’est formidable à voir, car c’est naturel : ils s’apprécient tellement qu’ils sont constamment ensemble, et il y a une certaine rivalité entre eux, mais l’équipe en profite et eux aussi.”
Le grand test est intervenu, quelques jours après, lors de la déroute de l’équipe face aux Wolves. Alors que l’équipe a sombré, Saka a été la seule petite éclaircie du match. Buteur, notre numéro 7 a été le premier joueur d’Arsenal à marquer un but, réussir plus de 5 dribbles, remporter plus de 10 duels et à récupérer le ballon plus de 9 fois dans un match de Premier League depuis un certain Santi Cazorla, contre Manchester City en 2015. Une autre époque.
Un pari alléchant sur le papier, mais qui peut être, en réalité, nécessaire. Car Arsenal a un problème sur le côté gauche cette saison, mais aussi au milieu de terrain. Trossard et Martinelli peinent à se montrer à la hauteur, le constat peut être le même dans le cœur du jeu, dans ce rôle si important de milieu créatif dans le système Arteta. Notre capitaine Odegaard n’est que l’ombre de lui-même cette saison, plombé par de nombreuses blessures, Merino est lui aussi blessé pour les prochains mois. La mayonnaise Eze a du mal à prendre, l’ancien de Crystal Palace peine à s’intégrer dans ce nouveau système. Enfin Havertz livre lui aussi une saison presque blanche. Quand le plan A ne fonctionne plus, il faut un plan B.
D’autant plus que les dernières prestations d’Arsenal sont alarmantes. Le contenu est médiocre, les certitudes s’amenuisent, le doute s’installe. Et bien que pour le moment Arteta n’ait pas réitéré l’expérience Saka au milieu de terrain, le coach espagnol doit trouver de nouvelles clefs pour résister à la pression d’un sprint final.
Il n’a d’ailleurs pas pris de pincettes après le naufrage collectif face aux Wolves : “Il est temps pour nous de réfléchir aux dernières performances et de régler immédiatement les problèmes, de renouer avec la victoire et de créer une dynamique, car nous n’en avons pas vraiment en ce moment.”
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L’exigence
Ces critiques sur notre starboy sont le reflet d’une réalité : l’exigence est très élevée cette saison. Le poids des trophées manquants, le sentiment que c’est la saison ou jamais.
Et cette exigence doit être portée par tous les joueurs, et surtout les cadres. D’autant plus que Saka a intégré la hiérarchie des capitaines de manière régulière cette saison, preuve de son statut de leader et cadre de l’équipe. Un rôle de capitaine sur lequel il est revenu il y a quelques semaines : “Les premières fois, c’était presque comme un choc général quand je recevais ce brassard. C’est comme si on vous confiait cette responsabilité et c’est un immense honneur. Je me souviens très bien de la première fois, c’était à Stamford Bridge. Je ne faisais pas un très bon match, mais je me suis dit : ‘Ouf j’ai ce brassard, je dois faire quelque chose’. Je crois que j’ai fini par faire une passe décisive. C’est ce que je voulais dire par ‘choc d’adrénaline’, c’est une sensation agréable. Encore aujourd’hui, chaque fois que je le porte, c’est un immense honneur. J’essaie simplement de remplir ce rôle et de faire ce qu’on attend de moi.”
Capitaine, et nouveau contrat. Un très gros contrat. Il y a quelques jours, Saka a officiellement signé sa prolongation avec Arsenal, devenant le joueur le mieux payé du club avec un salaire de 340 000 euros par semaine. Un nouveau contrat, qui va forcément élever les exigences vis-à -vis de ce nouveau statut.
Saka est le symbole de ce club, et il était évident qu’une prolongation s’imposait, comme le confirme The Athletic : Son premier contrat avec le club a été signé par ses parents lorsqu’il a rejoint l’académie à l’âge de neuf ans. Il a aujourd’hui 24 ans et c’est la troisième fois qu’il prolonge son contrat avec Arsenal, ce qui témoigne d’un lien remarquable. Cet amour est réciproque. Au fil des ans, il a contribué à les faire progresser. Il sait mieux que quiconque ce que cela signifiera de finalement planter le drapeau d’Arsenal au sommet de la montagne. Ce moment ne saurait arriver trop tôt pour ce fondateur de la renaissance d’Arsenal”.
Un symbole qui ne cache plus son ambition, surtout cette saison, lui qui est toujours adulé par le peuple d’Arsenal malgré une saison décevante sur le plan individuel : “Dans les bons moments comme dans les mauvais, le soutien que je ressens de la part des fans est indescriptible. Quand je sors dîner, quand je pars en vacances, peu importe où je vais, je ressens cet amour, cette énergie. Dans mon coeur, je veux simplement leur rendre cet amour. J’espère donc que lorsqu’ils me voient sur le terrain, ils voient que je donne tout et que je veux simplement faire tout mon possible pour aider ce club à retrouver sa gloire, de toutes les manières possibles. J’espère simplement qu’ils le voient, et j’espère qu’un jour, on pourra célébrer cette réussite.”
Ambitieux, on attend maintenant que Saka soit le leader offensif qu’on attend. Plus forcément un excellent joueur du système Arteta, mais un joueur clutch, décisif, clinique. Arsenal aura besoin de ce Saka pour aller encore plus loin dans son process.
En espérant également que cette ambition ne soit pas freinée par les blessures, des petits pépins physiques qui s’accumulent depuis sa grosse blessure aux ischios la saison dernière, qui a certainement modifié sa façon de jouer. 21 matchs ratés sur l’exercice précédent à cause de cette blessure, Saka a connu une rechute en début de saison qui lui a causé un retard à l’allumage sur 5 matchs, et une petite blessure à la hanche fin janvier.
Mais un retour en forme au North London Derby, salué par Arteta : “J’ai adoré son attitude, sa présence, sa domination dès le début du match. Sa première réaction a été de vouloir prendre le contrôle du jeu, de montrer qu’il était là. C’est ce que j’aime chez lui. Il n’a pas marqué, mais il a été présent dans toutes les actions. Je pense qu’il a été vraiment très bon”.
Feu de paille ou le retour d’un Saka extra dominant et influent pour le run-in final ? 9 games to go.
“You deserve more Arsenal Fans”. Leader naturel de cette attaque, Bukayo Saka peine à se montrer pleinement décisif cette saison. Excellent dans certains aspects du jeu, mais très en dessous dans d’autres, Saka alterne le chaud et le froid depuis quelques mois. Et Arsenal a besoin d’un Saka taille patron dans ce run-in pour arracher le titre. A lui de monter le curseur, dès maintenant, pour emmener son club vers les étoiles.

