1 match, 2 problèmes, 1000 questions.

La 4ème défaite de la saison TCC aura été synonyme de titre manqué pour Arsenal. Avec une défaite 2-0 face au rival Citizen, Arteta et ses hommes ont raté la possibilité de glaner un (premier) titre cette saison.

Qu’est-ce qui n’a pas fonctionné sur ce match pour Arsenal et quels enseignements en tirer pour la fin de saison ?

Notre relance mise à mal

“Tout est plus facile si la première sortie de balle est propre” (Juan Manuel Lillo, mentor et ex-adjoint de Pep Guardiola)

Note : Par “relance”, on entend la conservation par notre équipe de la balle dans notre premier tiers (surface de récupération incluse) dans le but de progresser jusqu’au camp adverse. Cela intervient via un 6 mètres ou un coup-franc joué court, une récupération de balle ou un recul de la balle et de nos joueurs par des passes en arrière. Le ballon se trouvant en amont du bloc adverse.

1) NOS HABITUDES

Avec généralement, un Buildup Completion % (Pourcentage de passes réussies à la construction) moyen de 86%, nous pouvons dire qu’Arsenal réussit bien à maîtriser la balle dans son camp.

Cependant, maîtriser la balle est une chose, être capable de la faire avancer en est une autre.

Mais parlons tout d’abord de la “relance” habituelle d’Arsenal, lorsque la balle est dans notre tiers défensif :

Généralement, nos joueurs sont disposés à la relance dans une sorte de 2-4 (ou 4-2 selon le point de vue) devant notre gardien, avec nos défenseurs ainsi que notre double pivot au milieu de terrain. Face à eux, se positionne une équipe avec un ou deux attaquants et deux ailiers. Ces derniers attendent généralement une passe vers un de nos latéraux pour déclencher leur pressing et chercher à récupérer la balle dans nos pieds, provoquer une erreur ou forcer un dégagement.

Souvent, un de nos milieux vient se positionner entre nos défenseurs centraux, écartant ainsi ces derniers. Cela peut alors provoquer le réaxage d’un de nos latéraux.

Zubimendi redescend entre nos centraux.

On peut également voir Rice se positionner à la place d’Hincapie côté gauche, avec l’Equatorien soit se réaxant.

Et même lors d’une “affiche”, avec un adversaire pressant haut et fort, l’idée reste la même : 

Exemple ici face à l’Inter.

L’objectif à chaque fois est d’avoir un nombre suffisant de joueurs à la relance, positionnés sur différentes hauteurs et largeurs afin d’avoir différentes options, ne pouvant pas être toutes bloquées par l’adversaire (normalement).

L’option prioritaire étant donc une relance avec un jeu à ras de terre, plutôt court, et notamment en passant par les ailes. Ceci afin de se prémunir d’une perte de balle plein axe éventuelle. Nous allons donc chercher un de nos latéraux seuls, ou alors progresser par une conduite de balle d’un de nos défenseurs centraux, contournant le pressing adverse (Saliba par exemple).

Et si aucune solution courte n’est trouvée, reste l’option de jouer long pour trouver un offensif haut placé. Des joueurs comme Merino, Havertz ou Gyokeres permettent en effet cela.

Tout était rodé donc, jusqu’à dimanche dernier.

2) LE PLAN DE CITY

Car le week-end dernier, les Hommes de City avaient un plan net et précis afin de nous gêner dès la relance : couper en deux notre équipe et nous forcer à jouer par l’axe.

Ainsi, les Citizens ont cherché à contrôler l’espace et donc à nous laisser sans solution courte pour avancer. Une première ligne de pression de 4 joueurs (Doku, Haaland, Cherki et Semenyo) se montrait entre nos défenseurs et notre double pivot un peu plus haut. L’idée était alors d’empêcher toute connexion entre ces deux lignes.

Comment ont-ils fait concrètement :

  • le duo Haaland – Cherki se positionnait devant nos deux milieux centraux, empêchant toute avancée par l’axe ;
  • leurs ailiers se positionnaient entre nos défenseurs centraux et nos latéraux, empêchant toute avancée par les côtés, en gardant les latéraux dans leur dos (c’est le principe du Cover Shadow expliqué dans cette vidéo notamment).
Au bout de 3 minutes de jeu, le ton est donné.

Avec 4 joueurs, City parvenait donc à contrôler 7 de nos Gunners (en comptant Kepa, pleinement impliqué dans cette phase de jeu).

On observe également sur la capture d’écran précédente que leur duo Silva – Rodri n’était pas le responsable prioritaire de notre binôme Rice – Zubimendi. Ils étaient en quelque sorte des électrons libres dans les phases sans ballon, allant aider où cela était nécessaire. Si besoin, ils montaient sur nos milieux, mais sinon ils étaient là pour sortir sur un latéral qu’Arsenal parvenait à trouver libre, ou redescendre pour jouer les seconds ballons des duels aériens. 

Tout ceci leur permettait de garder 6 joueurs (de champ) plus bas contre, 4 joueurs pour nous plus haut. Guardiola et ses Hommes avaient donc l’avantage de nous empêcher de relancer “proprement”, tout en ayant si besoin, plus de joueurs que nous si nous parvenions à passer leur première ligne. Pile je gagne, Face tu perds.

Notre disposition à la relance depuis Kepa jouant long.

Dès qu’une passe latérale entre nos défenseurs centraux était faite, leur ailier du côté du ballon montait sur le porteur de balle tout en gardant notre latéral dans son dos. Alors sans option vers l’avant, seule une passe vers Kepa, ou sur l’autre central (si personne n’était monté sur lui) était possible avant qu’on reparte pour un tour.

Si notre central voulait jouer vers l’avant tout de même, on se retrouvait généralement avec soit une passe “désespérée” pour un joueur haut placé à ras de terre, soit par un jeu long. Dans les deux cas, rien de quoi espérer conserver la balle et permettre l’avancée du bloc-équipe.

Le 2ème but de City viendra d’ailleurs d’un dégagement en catastrophe de Saliba, pressé par Doku :

Le nombre de fois où nous sommes parvenus à trouver un de nos milieux dans l’axe comme relais, pour ensuite jouer sur l’aile et gêner les envies de City, peut se compter sur les doigts d’une main.

Haaland est en retard sur Zubimendi, ce qui nous permet de trouver White dans le dos de Doku.

Une stat pour prouver la réussite de City dans son emprise : Zubimendi (dont on évoque la saison ici) n’a reçu que 2 passes dans notre propre camp durant les 65 premières minutes de la rencontre.

Alors on sait la frilosité d’Arteta pour construire via l’axe (tout le contraire de Guardiola, mais on en reparlera également plus bas), de peur de perdre la balle dans le tiers vertical du terrain sans doute le plus dangereux. Mais s’empêcher une telle option d’être utilisée et donc travaillée, dans le cas où elle deviendrait utile/nécessaire est gênant.

Ainsi, chaque seconde passée balle au pied par Saliba, Gabriel ou Kepa, ne sachant que faire avec la balle, était une victoire pour City. Ils pouvaient alors se rapprocher de plus en plus d’eux pour les forcer à jouer long et réduire nos possibilités de progresser en conservant la balle.

3) UN JEU LONG VOUE A L’ECHEC

Alors soit, jouons long et faisons avec. Surtout qu’avec Havertz positionné en 10 nous avions de la taille pour remporter des duels aériens.

Commençons ainsi à envoyer de longs ballons vers l’avant depuis notre tiers défensif. Kepa va notamment privilégier des 6 mètres joués longs en 2ème MT.

Mais en plus d’être précis à la passe, encore faut-il être capable de conserver la balle après en être à la réception. Mais que ce soit dans les duels aériens gagnés dans le camp de City :

Nous ne sommes pas les points en bleu…

Ou dans les 2nds ballons :

Nos Gunners n’ont pas été d’une grande réussite.

Mais forcément, à 6 contre 4…

4) LE MANQUE D’ADAPTATION

Comme on le voit sur les captures d’écran précédentes, tout ceci a eu lieu dès le début du match, laissant alors le temps à nos joueurs et surtout à notre staff de s’adapter.

Voici donc une autre capture d’écran du match, en deuxième MT pour voir les changements apportés :

Vous avez compris le message ?

Dire qu’aucune adaptation n’a été trouvée/mise en place/réfléchie (rayez les mentions inutiles) ne semble pas loin de la vérité.

Des initiatives ont tout de même vu le jour pour rendre notre relance beaucoup plus “propre” (pour reprendre les mots de la citation plus haut) :

  • Havertz est venu quelques fois se proposer sur notre côté droit, amenant un surnombre, une gêne chez l’adversaire et une possibilité de passe pour avancer et enfin franchir ce premier rideau défensif adverse.
Pratique de pouvoir réutiliser des images.
  • Saka est également venu se proposer plein axe, face à Kepa, pour se proposer et perturber le pressing de City.
  • Et Rice s’est immiscé entre nos défenseurs centraux pour créer un surnombre, laissant seul Zubimendi plus haut.

Mais tout cela sans trop de succès et sans réelle continuité pour Arsenal.

Maintenant, est-ce une solution imposée par le staff ou une initiative personnelle du joueur, cherchant à se rendre utile dans une phase de jeu si importante ? Nul ne le sait parmi les fans. De plus, dans le cas d’Havertz, l’Allemand a préféré finalement rester haut pour être à la réception d’un jeu long éventuel. A quoi bon redescendre si cela ne permet rien.

Plus que la réussite du plan de City, c’est l’absence de réponse d’Arsenal qui a été marquante. A aucun moment l’équipe n’a montré, par exemple après la mi-temps, un changement de stratégie. Et pire, tout cela s’est aggravé après la pause avec une vingtaine de minutes où l’équipe fut incapable de ressortir proprement un ballon et nous permettre d’atteindre leur camp dans de bonnes dispositions.

Finalement, City aura réussi son pari, nous bloquer devant notre surface et exercer un contrôle quasi total du terrain :

5) NOS MODESTES REUSSITES

Le constat est dur jusqu’à présent sur le plan de jeu et les réussites de nos joueurs. Relativisons un peu en voyant les quelques moments de réussite lors de notre relance :

REUSSITE 1 : Casser les lignes

Première maigre éclaircie (allitération ici), nos centraux qui, forcés à un moment de jouer vers l’avant, ont pu trouver un de nos offensifs derrière la première ligne de pression adverse (voire même derrière leurs milieux centraux). 

Ce ne fut évidemment pas régulier, mais devant nos difficultés pour sortir de notre camp, contentons-nous de peu.

On continue de penser à la planète en recyclant des images.
Alors que l’on recule, Saliba parvient à trouver Havertz seul derrière la ligne de milieu de terrain de City.

Saliba et Gabriel ne sont pas des spécialistes de la chose. Ils ne sont de plus pas forcément poussés par Arteta pour rechercher de telle passe. Mais dans la difficulté, d’autres options apparaissent et deviennent presque nécessaires. Et puis, Gabriel a au moins une fois à chaque rencontre eu l’occasion de montrer une qualité de briser des lignes par la passe. Quant à Saliba c’est plutôt par la conduite de balle pour faire avancer cette dernière, et notre bloc, dans le camp adverse qu’il se distingue généralement (mais pas dimanche dernier).

Dernière réussite, et sans doute la plus intéressante. 

Saliba parvient à trouver Havertz entre Doku et Haaland. L’Allemand remet instantanément pour White en soutien. Silva, étant sorti sur Havertz va poursuivre son pressing sur le latéral anglais.

C’est maintenant que cela devient intéressant. Car White remet lui aussi rapidement pour Havertz vers l’axe dans un espace vide. Alors au final, le retour d’Haaland précipitera une passe d’Havertz vers l’avant, mais on ne peut s’empêcher de penser aux autres options possibles. Notamment celle de changer rapidement d’aile pour un Hincapie seul.

Dommage que cette combinaison fut un cas isolé.

REUSSITE 2 : Latéral trouvé

Cette deuxième réussite est encore plus intéressante à mes yeux car elle a pour conséquence de contrecarrer le plan de City.

A de (trop) rares occasions, et malgré la volonté des Skyblues de nous en empêcher, un de nos centraux (généralement Gabriel) parvenait à trouver le latéral de son côté (généralement Hincapie donc), avec du temps et de l’espace pour ensuite progresser en direction de leur moitié de terrain.

Nous avons également su, à de trop rares fois, trouver un relais dans l’axe pour ensuite trouver notre latéral.

Promis c’est la dernière fois que je l’utilise.

Une fois un de nos latéraux trouvé, celui-ci devait à tout prix garder le temps d’avance sur l’ailier adverse revenant vers lui. Sachant qu’un des milieux adverses pouvait également sortir sur lui. 

Alors cela ne préfigurait pas forcément qu’on parvienne, ne serait-ce que jusqu’à leur camp, mais cela montrait tout de même une (trop faible) capacité à outrepasser le piège adverse.

En voyant cela, c’est forcément regrettable de ne pas avoir su/pu insister sur ce point, et réfléchir à quoi proposer ensuite pour permettre à nos latéraux trouvés, d’avoir des options pour les mettre à mal.

6) ETRE KEPABLE DE RELANCER

Commençons cette sous-section par une réaction de Rio Ferdinand :

L’ancien Mancunien soulève ici une question intéressante. Car clairement, on peut estimer que Kepa Arrizabalaga, titulaire lors de cette finale car ayant fait toute la campagne de Carabao Cup, est moins bon au pied que David Raya. Pour s’en convaincre, observons ce que disent les statistiques :

Note : Kepa n’ayant pas joué en Premier League avec Arsenal cette saison, impossible de le comparer sur les différents sites avec Raya. La comparaison ne peut se faire que sur sa saison dernière avec Bournemouth. Il faut donc prendre en compte les différences d’équipe et donc de style de jeu dans la lecture des comparaisons. 

Même avec cela en tête on peut conclure à une moins bonne capacité de Kepa à trouver un partenaire, pour permettre à son équipe de conserver la balle et de progresser dans le terrain adverse.

Lors de la finale, cette limite dans son jeu de passes a pu se faire sentir par moments. Certaines situations auraient nécessité une passe qui pour Kepa, aurait été probablement hors de ses compétences.

Oui on a déjà vu cette image aussi. La passe éventuelle n’est pas simple ceci dit.
Kepa ne tentera pas la passe pour White et jouera pour Saliba ici.

Alors, est-ce qu’une finale mériterait plutôt qu’une équipe mette son XI type pour se donner toutes les chances ? Pour Arteta en tout cas, aucun regret à avoir :

7) LES SOLUTIONS POSSIBLES

Expliquer ce qu’il fallait faire après coup est toujours facile … C’est pourquoi nous allons le faire.

2 options selon moi auraient pu être envisagées pour contrer le plan de Guardiola :

OPTION 1 : Faire monter nos latéraux

Première option qui aurait pu être envisagée, celle d’avoir des latéraux plus hauts (et écartés au maximum).

L’idée ici est d’influencer la disposition adverse et notamment leurs ailiers. Les Citizens auraient-ils gardé leurs ailiers aussi hauts dans notre camp, en attente d’une passe latérale entre nos défenseurs centraux pour sortir presser, tout en ayant leurs “opposants naturels” loin d’eux ?

Avec dans le même des temps nos ailiers très hauts, pour laisser de l’espace au latéral sollicité, l’hypothèse est intéressante. 

Ou est-ce que leurs ailiers seraient redescendus, laissant nos centraux libres ?

Auraient-ils utilisé leurs milieux centraux pour sortir sur le latéral trouvé sur le temps de passe ? Cela permettrait d’empêcher une avancée et de donner du temps à leur ligne offensive de se replacer derrière la balle. C’est une des réponses proposées, en acceptant donc de laisser l’axe.

Silva sort sur White.

Ou n’auraient-ils pas voulu délaisser l’axe autant de fois ?

Auraient-ils utilisé leurs latéraux pour sortir cadrer rapidement, en faisant coulisser leur bloc défensif pour prendre notre ailier laissé libre ?

O’Reilly monte sur White sur le temps de passe. Aké vient alors prendre Saka laissé libre.

Ou n’auraient-ils pas accepté d’être en sous-nombre systématique sur leur ligne défensive ?

Les captures d’écran prouvent que ces moments ont eu lieu et que ces questions ont été posées à City. Mais jamais dans la durée. Cela n’est jamais devenue une option prioritaire, malgré la problématique qu’elle impose à l’adversaire comme on le voit par la diversité des réponses apportées.

Et même si City a su avoir des réponses, rien ne garantit la fiabilité de celles-ci dans la durée. Surtout qu’il leur fallait toujours faire un choix selon la situation. Aucune réponse immédiate n’était convenue. 

OPTION 2 : FAIRE UN CHOIX

“La folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent”. (Albert Einstein)

Quand quelque chose ne fonctionne pas dans la vie courante, généralement on cherche à le/la réparer (après avoir compris ce qui ne fonctionnait pas si on est curieux). Continuer de faire ou d’utiliser quelque chose qui ne fonctionne pas, peut alors s’apparenter à une forme de folie, comme le dit Einstein.

Vous voyez sans doute l’utilité d’une telle citation dans le contexte de l’article. Mais il y a encore quelque chose de pire selon moi : c’est l’absence de choix.

Car quand on se positionne avec un surnombre devant sa surface, donc logiquement pour relancer court, mais qu’on se retrouve forcé pratiquement à chaque fois de jouer long, en étant en sous-nombre plus haut sur le terrain, c’est refuser de choisir.

  • Soit il fallait forcer sur le jeu court en trouvant notamment une solution pour assurer une progression du ballon sur le terrain pour contrer le pressing de City ;
  • Soit il fallait renoncer à l’idée de sortir “proprement” la balle et positionner toute notre équipe haut, dans l’idée de jouer un duel aérien et un second ballon dans leur camp.

Sauf que dimanche, en ne choisissant pas une option claire et définie, Arteta et nos joueurs ont davantage renforcé l’objectif de City de nous couper en deux. Deux blocs de joueurs, un pour la relance courte n’y arrivant pas malgré le surnombre, un pour la relance courte n’y arrivant pas, notamment à cause du sous-nombre. Pile je perds, Face tu gagnes.

Notre pressing déséquilibré

Assez parlé de leur pressing, évoquons enfin le nôtre. Car si cela fait plusieurs semaines que l’on voit nos joueurs avoir du mal à créer du danger depuis notre camp, nous pouvions tout de même être sereins dans notre capacité à gêner les volontés de relance adversaire.

Qu’en a-t-il été lors de cette partie ?

1) PRESSER EN SOUS-NOMBRE

Cela fait plusieurs mois que nous sommes revenus à un pressing de notre ailier droit (plus rarement le gauche) sur le défenseur central gauche adverse. Il laisse ainsi dans son dos le latéral gauche. Tout cela se faisant lorsqu’on presse dans leur camp (plus rarement en étant en bloc plus bas).

Cependant, et à la différence de notre pressing de la saison 2022/2023 (évoqué dans cet article), nous ne sommes plus en 1 vs 1 de partout. La raison est que nous voulons désormais garder un de nos centraux sans opposant direct en guise de sécurité. 2 conséquences à cela :

  • Si notre ailier droit sort presser leur défenseur central gauche, notre latéral droit ne monte plus forcément cadrer leur latéral gauche laissé seul.
  • Si on presse plutôt avec une ligne de 4 de nos offensifs, il se peut que l’adversaire ait un surnombre au milieu de terrain en jouant à 3 dans cette zone (face à notre duo Rice – Zubimendi).

Il y a une semaine, c’était donc Saka versus Aké. Avec O’Reilly appréciant le spectacle de loin.

Mais comment a-t-on géré leur latéral gauche ? Sachant que City allait forcément se servir de cet avantage fonctionnel.

2) LE POMPIER ZUBIMENDI

Il a fallu attendre 16 minutes pour voir la solution proposée par Arsenal à ce problème.

C’est Zubimendi, milieu central droit, qui sortira sur O’Reilly lorsqu’il sera trouvé. Car White reste proche d’un Doku positionné haut et collé à la ligne de touche.

Le choix peut paraître étonnant sur le papier. Faire qu’un de nos milieux centraux aille presser un joueur d’aile.

Alors il n’est pas rare que Zubi soit amené à s’occuper d’un joueur adverse sur notre côté droit. Il est ainsi souvent en charge, lorsque nous sommes en bloc bas, de prendre le joueur se situant entre notre défenseur central droit et notre latéral droit (ailier gauche ou latéral gauche haut placé qui se réaxe). Mais c’est la première fois que dans la phase de pressing, il était chargé de sortir sur le latéral adverse. Et surtout, certains moments ont été un casse tête pour notre milieu, devant changer de joueur à prendre en cours de route.

Notre milieu part vers O’Reilly avant de se raviser car City ne va plus sur leur côté gauche. Mais du coup qui prendre ?

Mais surtout, et ce fut le problème de cette réponse, cela libérait un espace plein axe, protégé initialement par la présence de notre milieu basque. Espace que City a eu l’occasion d’exploiter en trouvant un offensif en appui en plein coeur de notre bloc.

Aké trouve Haaland seul derrière notre ligne du milieu de terrain.
3) CHERKI L’ELECTRON LIBRE

Car en plus de cela, un autre problème s’est posé à nos Gunners sur la pelouse de Wembley : la gestion du positionnement de Cherki.

Annoncé comme ailier droit à la TV en début de match, il n’en a rien été pour l’international français. Celui-ci était positionné comme 2nd attaquant axial, aux côtés d’Haaland, sur le côté droit du binôme.

Il était le 3ème milieu de terrain de Manchester City lorsque son équipe avait la balle, se proposant pour faire le lien entre les parties défensive et offensive. Pour ce faire, il a cherché à se rendre libre sur notre côté gauche, en se proposant comme solution pour contourner notre bloc-équipe.

Cela a alors été un problème.

Car si Havertz s’occupe du milieu le plus bas (Rodri ou Silva), que Rice s’occupe du milieu central le plus haut, et que Zubimendi est réquisitionné pour sortir presser sur sa droite en cas de passe vers O’Reilly, qui pour prendre Cherki ?

2 solutions ont été proposées pour répondre à ce nouveau problème (conséquence du premier ?) :

  • En amont, empêcher que Cherki soit trouvé. Comment ? Via le positionnement de Trossard, se réaxant légèrement pour se mettre entre le porteur de balle et l’offensif français.
Trossard reste vers l’axe quand on est sans ballon, pour garder Cherki dans son dos. Il repart sur l’aile que sur le temps de passe vers Nunes.
  • En aval, faire sortir Gabriel. Se faisant, nous n’avions plus de joueur sans personne à marquer. Mais on s’assurait logiquement d’un marquage de chaque joueur adverse. La rançon de la gloire ?

Cherki aura cependant été trouvé à plusieurs reprises dans cette zone de leur côté droit, permettant aux Citizens d’avancer vers notre camp. Il lui suffisait notamment de se coller à la ligne de touche. A la manière d’Odegaard.

Mais si à la rigueur ils ne nous avaient posé des problèmes qu’ici…

(source : https://insight90.streamlit.app)

Tout cela pour dire que chaque solution a ses avantages et ses inconvénients. Dimanche dernier, Arsenal a paru en réaction, plutôt qu’en action, subissant les choix de City. A chaque problème, une solution, amenant d’autres problèmes et d’autres solutions à trouver. En développement web, un concept évoque cela, la dette technique :

La dette technique est un concept utilisé en informatique pour décrire le coût à long terme de solutions rapides ou temporaires adoptées lors du développement logiciel. (wikipedia)

Parlons-en du long terme tiens.

Les enseignements à tirer

1) LA FRILOSITE d’ARTETA

“Investir comporte des risques de perte partielle ou totale en capital.” (mention légale obligatoire adossée à tout investissement)

Le Foot, comme la vie, c’est faire des choix. Avant le match en anticipant ce qui pourrait se passer, puis pendant le match pour s’adapter à l’imprévu (pour les joueurs et le staff).

Alors forcément, certains choix seront perçus comme plus risqués que d’autres. Cela dépend de notre aversion au risque. Mais pour repartir dans le monde de l’investissement comme en début de cette sous-section, c’est généralement en prenant des risques que l’on peut gagner gros (j’ai bien dit généralement). Au Foot aussi ?

Mais à quoi bon prendre des risques ? Est-ce que “bien jouer” est une obligation ? Le mérite existe-t-il dans le Football ? Et qu’est-ce que “bien jouer” ? Le principal n’étant pas le résultat ? Et surtout, qu’est-ce qu’un entraîneur “frileux” ?

Tant de questions sur lesquelles on pourrait débattre des heures. Avant de passer au cas précis d’Arteta, continuons par une autre citation de Juan Manuel Lillo :

Allez-vous au stade à la dernière minute du match pour voir le tableau d’affichage et partir de sitôt ? Vous regardez les 90 minutes, soit le processus.” (source : The Blizzard, traduction lagrinta.com)

Alors que veut dire qu’Arteta est “frileux” d’après-moi ? Surtout lui ; baigné dans une vision du Football “romantique”, “courageuse” (des adjectifs subjectifs ?) et aussi et surtout, tournée vers la victoire, aussi bien en tant que joueur qu’entraîneur. Lui qui a appris le métier au côté du fameux Lillo, déjà cité, et de son désormais plus grand rival : Pep Guardiola.

En mettant de côté ses premières années à la tête des Gunners et en se concentrant à partir de la saison 2022/2023, moment où nous sommes redevenus des concurrents au titre, plusieurs évolutions dans sa manière de faire fonctionner l’équipe ont penché vers un certain conservatisme ; une plus grande aversion au risque.

Premièrement, notre manière de presser l’adversaire dans son camp. Il y a de cela 4 saisons maintenant, j’évoquais notre pressing en individuel tout terrain (article cité plus haut), montrant un certain “jusqu’au-boutisme” dans l’approche. Sans joueur de couverture, tout duel perdu créait un déséquilibre certain (au moins au départ). Avec l’avantage de ne laisser aucun joueur libre adverse.

Depuis, nous sommes plutôt passés à un pressing avec au moins un joueur sans adversaire direct (souvent un défenseur central), en essayant alors, comme City nous l’a fait subir, de gêner l’adversaire à la construction en étant en sous-nombre. On choisit ainsi qui laisser libre, notamment pour forcer l’opposant à jouer sur lui, pour déclencher par la suite notre pressing. 

Reste ainsi l’envie d’aller chercher l’adversaire pour provoquer une erreur, et donc d’être dans l’action plutôt que la réaction. En s’assurant un joueur libre en défense, Arteta fait néanmoins un pas vers une envie de moins jouer le All-In sur notre pressing et se prémunir d’une éventuelle perte de duel. Au risque de le rendre moins efficace ?

Certaines statistiques permettent d’appuyer ce propos, en montrant un changement entre la saison 2022/2023 et les suivantes notamment :

Est-ce une adaptation de sa part à l’évolution du Football et notamment en PL ? Avec des équipes de plus en plus en marquage individuel, avec des duels davantage physiques et de moins en moins d’espaces ? Sans doute. 

Doit-on ainsi se montrer davantage prudent ? Les résultats de la saison vont en tout cas dans le sens du Basque.

Deuxième chose à noter : la peur de jouer dans l’axe.

Pour le coup, ceci est une constante chez Arteta depuis sa prise de fonction chez nous. En décidant cela, il privilégie un jeu par les ailes pour progresser dans le camp adverse. Mais comme on l’a vu dimanche dernier, que faire quand celles-ci sont bloquées ? Et surtout pourquoi partir sur cette volonté ?

Tout simplement car perdre la balle sur un côté est moins dangereux que dans l’axe. A chaque moment où l’équipe a la balle, elle doit aussi avoir en tête la possibilité de la perdre. La manière d’attaquer influençant la manière de défendre et inversement, on ne peut désunir ces deux moments. Alors attaquer par l’aile, c’est avoir plus de chance de devoir défendre sur l’aile.

Mais en quoi est-ce gênant et surtout “frileux” ? Pour répondre, un extrait vidéo :

Alors premièrement, promis vous êtes toujours sur un site d’Arsenal, malgré la 3ème citation d’un membre ou ex-membre du staff de City. Mais la comparaison, avec Guardiola est trop tentante. Et surtout, ce qu’a pris Arteta de son travail avec lui pour l’inculquer à nos joueurs, tout en se distinguant de plus en plus mérite réflexion.

“But it’s a decision, the coach has to make a decision”. (Pep Guardiola)

On en revient à cela. Quelle décision prendre ? Dans quel but ? Est-ce une décision risquée ? A quel point est-ce que j’accepte ce que je suppose être un risque ?

Car jouer dans l’axe est logiquement plus risqué que sur l’aile. Une perte de balle à la relance, devant notre surface et c’est la panique à bord. Mais que se passe-t-il si on s’en sort ? Que se passe-t-il si on parvient à rentrer en plein coeur du bloc adverse ?

Mais par exemple, Guardiola évoque comme problème d’avancer par les ailes, celui de trouver des offensifs dos au jeu. Or, Arteta a une solution pour cela : 

Mais c’est surtout avec le duo White – Saka que celle-ci a été mise en oeuvre. Avec Timber, cela a moins été vu, limitant nos capacités à trouver un joueur haut placé dans la course et face au jeu.

Mais revenons à la notion de risque. Et pour ne pas changer citons n’importe qui, sauf une personne liée à Arsenal :

“Avoir la pression devant son but ? En fait, je me sens à l’aise, c’est ma façon de voir le football. Je ne veux jamais frapper un ballon juste pour le dégager, sans savoir où il va aller. Si j’attire deux ou trois adversaires sur moi, cela veut dire que je libère aussi un ou deux coéquipiers. Je veux réussir la passe qui va déclencher une action. J’aime ça. Je sais que, parfois, c’est dangereux. Perdre un ballon dans cette zone peut exposer mon équipe à un but. Mais il faut prendre ses responsabilités. Si on est là, c’est parce qu’on a du talent, des qualités que d’autres n’ont pas. Cela a toujours été ma façon de jouer et je ne la changerai jamais. Même si on encaisse un but à la suite d’une perte de balle.” (Marco Verratti)

L’ancien milieu italien du PSG résume parfaitement cette idée de risque à la relance (sans évoquer le fait de jouer par l’axe en particulier) et les avantages sur lesquels il décide de se concentrer plutôt que sur les risques éventuels.

Vous voyez des risques ou des avantages ?

Surtout, c’est aussi réduire ses propres options que de ne pas développer de capacités de progresser par l’axe. On l’a vu ce dimanche.

Alors il est vrai que de temps en temps, une éclaircie surgit d’un brouillard de passes vers l’aile. D’un coup, une passe, qui nous rappelle que nous pouvons passer par le centre du terrain. Ainsi, et cela déjà été évoqué plus haut, on peut parfois voir Gabriel ou Saliba tenter de trouver un compère du milieu de terrain ou de l’attaque plein axe, dans le dos de la ligne de milieu adverse. Si tant est que le destinataire est bien orienté (ligne de touche dans le dos), on peut alors partir à l’assaut de la défense adverse en son centre.

L’équilibre entre prendre des risques et ne pas en prendre est loin d’être une chose aisée. Cela dépend de nombreux facteurs et où on place le curseur peut évoluer au fil du temps.

Au final, chaque entraîneur choisit un style de jeu qui lui permet, selon lui de maximiser ses chances de gagner. Alors qui sommes nous pour juger une équipe en tête du Championnat, encore engagée dans 2 coupes et avec seulement 4 défaites au compteur ? Réduire les risques serait-il le prix à payer ?

Et si tout simplement, le Football il a changé ?

2) UN TOP PLAYER ?

Parlons maintenant de Bukayo Saka. Car oui, lorsqu’on parle d’un top player dans notre équipe, c’est généralement son nom qui vient en premier.

Louis a évoqué son sujet en début de mois dans cet article où il est notamment question de sa saison considérée comme moyenne. Est-ce donc (toujours) notre top player ? Le joueur frisson, nous faisant lever de notre canapé. Celui avec qui tout est possible. Ou bien notre Starboy doit voir son rôle évoluer car il atteint une limite ? Et du coup, avons-nous donc dans notre effectif des top players en attendant ?

Et bien oui. Gabriel et Saliba. Nous pouvons même parler de Raya.

Mais une telle réponse ne répond pas forcément à la question comme on le voudrait. Car au fond ce qu’on souhaite savoir, c’est si nous avons un joueur capable de nous débloquer d’une situation compliquée. Un joueur capable de faire basculer un match en notre faveur quand le collectif n’y parvient pas. Un joueur capable de faire ce qui est inattendu, de créer, de briser des lignes par la passe, la conduite, de marquer d’une frappe lointaine ou juste de marquer. En gros, un top joueur offensif.

1 seul joueur (Gyokeres) dans le top 30 des buteurs de Premier League cette saison… (source : fbref.com)

Quand est la dernière fois que nous avons eu dans nos rangs un offensif de classe mondiale ? Un top 5. Un joueur perçu en Angleterre et en Europe comme un véritable leader offensif capable de peser dans les résultats de l’équipe ? Un joueur qui fait lever les foules. Un joueur qui reçoit toute la lumière après un but pendant que nos défenseurs centraux se tuent à la tâche (et marquent de temps en temps sur corner). 2011/2012 avec van Persie ? Sûrement. Alexis Sanchez quelques saisons plus tard ? Pourquoi pas. 2019/2020 avec Aubameyang ? Possible (moins convaincu perso pour le côté top 5 Europe). Dans tous les cas, cela ferait quelques saisons.

Pendant que Liverpool a eu dans ses rangs des ailiers dominants comme Mané et Salah et que City est passé de De Bruyne, Aguero et compagnie à Haaland, quid de nous ?

D’où cette attente qui grandit. Et un besoin qui se fait de plus en plus sentir.

Saka a évidemment montré par le passé des capacités à être notre leader offensif. Mais il n’évolue pas seul. Il fait partie d’un contexte et d’attente du staff (et des fans). Subit-il les difficultés que nous éprouvons à trouver un joueur libre à la construction ? Son rôle a-t-il changé ? Et du coup doit-il changer pour que l’on retrouve un Saka amenant un danger perpétuel dans la défense adverse ?

Nous assistons peut-être aux prémices d’un changement de positionnement pour Saka. Comme évoqué par Louis dans son article, il a été utilisé une première fois cette saison comme “numéro 10” d’entrée de match face à Wigan en Cup. Et on l’a d’ailleurs retrouvé à ce poste en fin de match face à City avec la sortie d’Havertz. 

Lui que l’on trouve, en tant qu’observateur éloigné, moins vifs, moins rapides, devrait peut-être s’éloigner de l’aile et rejoindre l’axe. Ses capacités à se placer derrière les lignes adverses et à se positionner corporellement dans le sens du jeu sont toujours présentes. Serait-ce alors le début d’une ère en tant que numéro 10 ? Ce poste serait tout indiqué pour être un leader.  

3) LA COURSE AU TITRE

L’une des grandes questions ayant agité la twittosphère et les médias, est l’impact que peut avoir ce match sur la fin de saison d’Arsenal et notamment la course au titre de Premier League. Car en perdant face au concurrent direct, que nous rencontrerons de nouveau à l’Etihad dans moins d’un mois, quel impact ce match aura-t-il ? Et même si ce nouveau duel à venir n’est pas censé être couperet (Arsenal, sans défaite d’ici là en Championnat aurait au maximum 6 points d’avance), pourrait-on être impacté avant ? Est-ce qu’une nouvelle défaite contre eux, habitués aux fins de saison sous tension pour remporter un titre, nous plomberait les matchs suivants ? Quid de la Ligue des Champions ?

Tellement de questions sans réponse pour le moment.

Forcément, et c’est son rôle, Arteta a de suite tenu à être rassurant sur tout cela en après-match dimanche dernier :


Alors doit-on lui et leur faire confiance ? Est-ce qu’on les croit capables de tenir le cap et se ressaisir ? Doit-on sacrifier une compétition ? Si oui laquelle ? Si non, est-on capable de tout jouer ?

Beaucoup trop de questions à se poser.

Car voilà maintenant 4 saisons qu’Arsenal s’invite à la table des grands. 4 saisons qu’Arteta construit pièce par pièce un projet, une équipe et même un club pour viser les étoiles. Mais aussi déjà 3 saisons où quelque chose a manqué. Un “je ne sais quoi” comme dirait un Anglais imitant un Français. De la chance ? Moins de blessures ? Un top player ? Un changement de système ?

Alors, je ne sais pas absolument pas ce qui nous manque, mais j’en ai envie.


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