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Gyökeres : A la poursuite d’octobre rouge ? 

Viktor Gyökeres devait être l’attaquant capable de faire passer Arsenal dans une autre dimension. Arrivé à l’été 2025 avec une réputation de serial buteur, le Suédois a pourtant connu une première saison plus contrastée qu’il n’y paraît. Ses statistiques offensives restent solides, mais son profil interroge davantage dans le jeu de position et de possession des Gunners. Un an après son arrivée, la concurrence avec Kai Havertz semble même avoir tourné à son désavantage. Alors, octobre sera-t-il celui du réveil pour notre numéro 14 ? 

Saison 2025 – 2026 : une lente adaptation 

Une arrivée avec beaucoup d’attentes

« Nous sommes très heureux de l’excellent deal que nous avons mené à bien pour faire venir Viktor Gyökeres au club. Viktor est un talent exceptionnel et il a constamment démontré qu’il possède les qualités et la mentalité de vainqueur requises au plus haut niveau pour un avant-centre. Sa puissance physique, son intelligence et son éthique de travail font de lui un joueur parfaitement adapté à notre vision ». Le 26 juillet 2025, Andrea Berta, fraîchement nommé directeur sportif d’Arsenal, annonçait la signature du buteur suédois au club, après de longues semaines de négociations avec le Sporting CP. 

Gyökeres était alors un des attaquants les plus prolifiques d’Europe. En deux saisons avec le club lisboète, il claque pas moins de 97 buts et 28 passes décisives en 102 matchs sous le maillot vert et blanc. Des statistiques hors du commun, qui attirent forcément le gratin européen. C’est donc logiquement qu’il intègre la wishlist de l’ancien directeur sportif de L’Atletico Madrid, qui le suivait depuis longtemps, pour renforcer une attaque des Gunners qui avait bien besoin de renfort, après une saison 2024-2025 cauchemardesque niveau blessures.

Il n’est cependant pas forcément le premier choix du coach, Mikel Arteta. Le coach espagnol pousse plutôt pour Benjamin Sesko, l’attaquant du RB Leipzig. Mais, la volonté farouche de Gyökeres de rejoindre les Gunners, quitte à partir au bras de fer avec son club du Sporting CP, ainsi qu’un package financier plus abordable pour l’attaquant suédois, finissent par convaincre Mikel Arteta de donner son feu vert.

Une arrivée qui a de quoi ravir son nouveau coach, qui avait fait du poste de 9 une priorité sur le mercato, après les grosses blessures de Kai Havertz et Gabriel Jesus : « Nous sommes absolument ravis d’accueillir Viktor Gyökeres au club. La régularité dont il a fait preuve dans ses performances et sa disponibilité ont été remarquables, et ses statistiques en matière de buts et de passes décisives parlent d’elles-mêmes. Viktor possède énormément de qualités. C’est un joueur rapide et puissant sur le front de l’attaque, avec des statistiques de buts impressionnantes, aussi bien en club qu’au niveau international. Il apporte une efficacité redoutable, avec un taux de conversion élevé de ses occasions en buts. Ses déplacements intelligents dans la surface font de lui une menace constante. »

Symbole de l’attente qui pèse sur ses épaules, il hérite du mythique numéro 14, jadis porté par Thierry Henry. Il est le nouveau visage de l’attaque des Gunners, le fer de lance, le joueur qui doit nous faire gagner cette Premier League, qui venait une fois de plus de nous échapper en juillet 2025. 

A 27 ans, c’est la cour des grands qui s’offre à Gyökeres avec cette arrivée à Arsenal. Après avoir connu la Premier League avec Brighton au tout début de sa carrière, sans réussir à s’imposer, il se fait connaître en Championship avec Coventry au début des années 2020. 

Tout n’a donc pas été simple pour Gyökeres en début de carrière, il a dû travailler pour se faire une place et gravir les échelons du football européen. C’est donc tout naturellement qu’il affiche ses ambitions avec Arsenal, avec la volonté de montrer qu’il n’est pas là par hasard : « J’ai simplement senti que c’était le bon club pour moi », a-t-il expliqué le jour de sa signature. « Ce que Mikel et Andrea m’ont dit lorsque j’ai échangé avec eux, mais aussi ce que j’ai pu voir ces dernières années, notamment dans leur manière de jouer au football. Lorsque j’ai affronté Arsenal la saison dernière, j’ai vraiment pu mesurer à quel point c’était une équipe très forte et difficile à jouer.

C’est ce qui m’a poussé à choisir Arsenal, sans oublier toute l’histoire du club et l’immense communauté de supporters. C’est incroyable de voir tout le soutien qu’ils m’ont déjà apporté avant même mon arrivée. C’est aussi ça, le football. J’ai vraiment hâte de les voir dans les stades également. »

Un profil atypique 

Les premiers pas sont plutôt compliqués pour Gyökeres. Arrivé fin juillet 2025, il est à court de forme et de rythme. Il signe néanmoins un doublé lors de la deuxième journée de Premier League contre Leeds, et un but 2 semaines plus tard contre Forest. Il traverse une première zone de turbulence en Premier League entre le 21 septembre 2025 et le 1er novembre 2025, où il ne trouve pas le chemin des filets, malgré les titularisations qui s’enchaînent. Les premières critiques s’élèvent à l’encontre du grand attaquant suédois, qui force Arteta à évoquer la disette de son numéro 14 : “Le 9 que je veux est un 9 qui, quand il ne marque pas pendant 6 ou 8 matchs, peut le supporter. Sinon il faut aller ailleurs”. Le message est passé. 

L’ancien attaquant bouclera au global une première saison correcte d’un point de vue statistique. 55 matchs, 21 buts et 3 passes décisives, des statistiques loin d’être honteuses pour un attaquant qui vient d’arriver dans un nouveau club. Cerise sur le gâteau, il rafle même la tant attendue Premier League, l’objectif visé par le club depuis l’arrivée d’Arteta en décembre 2019.

Mais les stats ne suffisent pas à analyser sa saison. Et si les critiques se sont accentuées sur l’ancien attaquant du Sporting CP sur sa première saison, c’est avant tout parce que son profil pose problème. 

Gyökeres est un attaquant qui préfère la verticalité au jeu de position. 62ème percentile en courses progressives la saison dernière, il a montré une capacité à vouloir transpercer les défenses adverses avec ses courses. Il est également la premier défenseur de l’équipe, avec 21 pressings tentés par 90min, il était le joueur de Premier League sur les trois premiers mois de compétition à avoir effectué le plus de pressings dans les 30 derniers mètres adverses (199), ainsi que le plus grand nombre de pressing dans la surface de réparation adverse (90). De vraies capacités mentales et athlétiques à répéter les efforts. 

Il a également montré qu’il était un redoutable buteur sur sa première saison. 84ème percentile en termes de buts et d’xG en Premier League, l’adversité est certes plus forte qu’au Portugal mais la finition reste. 

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Arteta n’avait par ailleurs pas hésité à qualifier de “cauchemar” le fait de défendre sur Gyökeres en février dernier : « Nous connaissons ses qualités. C’est sans aucun doute un attaquant exceptionnel. Nous devons mettre ses qualités en valeur. Nous devons mieux le comprendre, mieux comprendre l’équipe et le championnat, et je pense que nous sommes sur la bonne trajectoire. Je connais les exigences qu’il s’impose à lui-même, les attentes qu’il a et son envie d’aider l’équipe. Et je suis confiant, car je demande souvent à nos défenseurs ce qu’ils ressentent lorsqu’ils doivent s’entraîner face à nos joueurs : “C’est un cauchemar.” Et c’est une très bonne manière de mesurer la qualité d’un joueur et de comprendre ce que cela représente de devoir le défendre. »

Mieux le comprendre, car Gyökeres a aussi montré ses limites la saison dernière. De grosses lacunes physiques pour commencer. Malgré un gabarit plus proche du frigo américain que d’un joueur de football (1m89 pour environ 90kg), il n’existe quasiment pas dans les duels aériens. Seulement le 32ème percentile en termes de duels aériens remportés, c’est trop peu vu son profil physique. Dos au jeu, il a également du mal à résister à la pression. Pris pour cible par les défenses adverses, piégé dans des prises à deux qui étaient parfois plus proches d’un combat de lutte que d’un duel, il a passé bon nombre de matchs à se retrouver au sol toutes les 10 minutes. Une façon d’aimanter les défenses adverses, sans pour autant prendre le dessus.

Techniquement, il a également beaucoup souffert. Il n’a jamais réussi à faire évoluer son jeu basé sur la verticalité qui est annihilé face aux blocs bas, régulièrement rencontrés par les Gunners. Des basiques laborieux, des contrôles et passes trop souvent ratés. De grosses lacunes techniques qui l’ont coupé du reste de l’équipe sur le terrain, comme s’il était déconnecté du jeu pratiqué par son équipe, étant la plupart du temps dans l’incapacité de créer de la valeur dans celui-ci. A titre d’exemple, il n’était que dans le 6ème percentile des passes réceptionnées la saison dernière, et il touchait 74% de passes de moins que la moyenne de ses coéquipiers par match.

Des lacunes techniques qui sautent aux yeux dans le jeu de position et de possession pratiqué par les coéquipiers de Bukayo Saka. Un attaquant sous le maillot d’Arsenal doit certes savoir marquer, mais aussi décrocher dans les demi-espaces, combiner avec les joueurs autour de lui, exister dans les petits espaces à l’instar d’un faux numéro 9 à la Havertz ou même un Gabriel Jesus dans le passé.

Un profil qui divise donc au sein de la fan base, et qui fait parler. Pour ne rien arranger, il commence la finale de la Ligue des Champions sur le banc, match le plus important de la saison d’Arsenal. Pour le numéro 14 d’Arsenal, ça fait tache. 

Une disparition inquiétante ? 

Une certaine incompatibilité de profil qui, seulement un an après son arrivée pour presque 70 millions d’euros, alimente déjà des rumeurs de départ. 

Après la défaite en finale de Ligue des Champions, Arteta n’est pas passé par quatre chemins pour exprimer l’ambition du mercato estival 2026 : « Nous devons commencer à prendre des décisions très importantes si nous voulons franchir un nouveau cap. Et nous allons devoir faire preuve d’ambition. Nous sommes largement capables d’y parvenir, mais cela va nous demander d’être très, très ambitieux, très rapides et très intelligents. »

Offensivement, c’est le grand ménage : Gabriel Jesus, Trossard et Martinelli sont sacrifiés. Et tout l’été, Arsenal va courir après des gros poissons pour les remplacer : Morgan Rogers, Vinicius, Tzolis sur l’aile gauche, puis Julian Alvarez au poste de 9. 

L’attaquant argentin, passé par Manchester City, est la cible prioritaire d’Arteta pour renforcer son attaque, alors que Gyökeres et Havertz sont toujours là. Des bruits de couloir évoquent la possibilité que Gyökeres fasse le chemin inverse si Julian Alvarez rejoignait le nord de Londres. Mais le deal n’a jamais pu aboutir. 

Des rumeurs incessantes, qui polluent logiquement la tête d’un joueur qui sort d’une première saison où les critiques se sont empilées. Mais Gyökeres a vite tenu à remettre les points sur les i après ce mercato mouvementé : “Pour moi, rester était une évidence. Je suis extrêmement heureux au club”. Il est également revenu sur les critiques à son sujet : « Lorsqu’il y a beaucoup de critiques et que vous les lisez, il est naturel d’être affecté, mais je ne les laisse pas m’atteindre. Quand vous réalisez une bonne performance, vous recevez des éloges, et lorsque vous ne marquez pas en tant qu’attaquant et que vous ne jouez pas comme on l’attend de vous, vous êtes critiqué. C’est le cas pour tous les footballeurs : il y a des périodes de hauts et de bas, et c’est tout à fait normal.

Bien sûr, je dois afficher un meilleur niveau, et c’est ce que je veux, donc il n’y a aucun problème. Ma communication avec Mikel Arteta est bonne. J’essaie simplement de donner le meilleur de moi-même lorsque j’ai l’occasion de jouer et de marquer des buts. »

Pour autant, ce début de saison est radicalement différent du début de saison dernière. Là où il avait la confiance d’Arteta sur le début de saison dernière (en l’absence d’Havertz), ces premières semaines de l’exercice 2026-2027 sont très compliquées pour l’ancien attaquant de Coventry. 

C’est simple, en Premier League il n’a joué que 29 minutes sur les 5 premiers matchs de la saison. Aucune titularisation, 6% des minutes possibles, aucun but ni passes décisives. Il est pour le moment principalement utilisé en coupe, en Ligue des Champions ou en Carabao Cup, comme face à Ipswich où il passe totalement au travers de son match (4/10 par la rédaction), tant dans le contenu que dans les intentions. 18 ballons touchés, un seul tir, 7 ballons perdus, aucun dribble réussi. La tête basse, une incompatibilité avec le jeu proposé par les Gunners. 

Il est pour le moment un cran, voire deux, derrière un Havertz, qui signe, lui, un très bon début de saison avec 2 buts en 5 matchs de Premier League, mais surtout qui bonifie le jeu des Gunners. 

Une situation particulière pour notre numéro 14, sur laquelle Arteta est revenu il y a quelques semaines : « En particulier en championnat, il n’a pas beaucoup joué. Mais il a joué la semaine dernière à Naples et a réalisé une bonne performance. Il faut aussi tenir compte des circonstances. Nous devons lui apporter tout le soutien et toute la confiance dont il a besoin pour donner le meilleur de lui-même. »

Côté Gyökeres, pas question de lâcher l’affaire, lui qui a déjà connu des moments compliqués dans sa carrière. Buteur sur cette trêve internationale contre la Roumanie et la Pologne, il veut vite repartir vers l’avant et mettre ce mauvais début de saison derrière lui : « Je n’ai pas beaucoup joué, mais j’ai quand même disputé quelques matchs. Ça s’est plutôt bien passé jusque-là, mais il est évident que j’ai envie de jouer au football et de jouer le plus possible. J’espère que cela viendra aussi. »

Une dynamique inverse à celle de son concurrent direct en club, Kai Havertz. L’attaquant allemand s’est, lui, blessé contre les Pays Bas, et marque un vrai coup d’arrêt après son très bon début de saison. 

Mikel Arteta pourrait donc décider de relancer Viktor Gyökeres dans un rôle de titulaire dès le 10 octobre, à L’Emirates, face à Leeds. Un choix qui serait logique, l’attaquant suédois étant le seul vrai 9 de l’équipe en l’absence de Kai Havertz. D’autant plus que Gyökeres aime particulièrement jouer cette équipe de Leeds, lui qui a ouvert son compteur de buts sous le maillot des Gunners face aux Peacocks il y a plus d’un an maintenant. 

Mais le coach espagnol pourrait surprendre son monde en continuant de se passer de l’ancien attaquant du Sporting CP. Mikel Merino est également plus que capable de dépanner en pointe de l’attaque, il l’a déjà démontré dans le passé sous le maillot des Gunners. Qualité technique, intelligence de jeu et présence aérienne, le champion du monde espagnol n’a peut-être pas le bagage athlétique de Gyökeres, mais il a des arguments techniques à faire savoir. 

Ce début de mois d’octobre pourrait donc être un tournant pour Viktor Gyökeres. Avec l’absence de Kai Havertz, le Suédois va probablement disposer d’une nouvelle fenêtre pour convaincre Mikel Arteta qu’il peut être le numéro 9 d’Arsenal. À lui désormais de saisir cette opportunité

Notre numéro 14 a tout à gagner, et tout à perdre, sur les prochaines semaines. 

Viktor Gyökeres reste donc une énigme à Arsenal. Un buteur capable de faire trembler les filets, mais dont les qualités ne correspondent pas toujours aux exigences de son équipe. Après une première saison d’adaptation, les doutes commencent désormais à s’installer. Reste à savoir si le Suédois parviendra à les faire taire avant qu’ils ne deviennent plus difficiles à effacer.

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