La folle semaine de la Super League Européenne vue par les fans

Le club d’Arsenal vient de traverser une période bien particulière… Entre déception, trahison, et joie, l’annonce de la création d’une Super League et de sa disparition deux jours plus tard a suscité de nombreuses réactions en très peu de temps. Si nos émotions ont fait les montagnes russes, la page est encore loin d’être tournée. AFC a échangé avec trois Gooners: Richard (@RicharSouljaman), Quentin (@qtn_07), que vous connaissez déjà si vous regardez nos débriefs d’après-match sur Twitch et Youtube, ainsi que Quentin S (@Quentinschlz), membre de God Save The Foot (@GodSaveTheFoot). Nous avons ainsi souhaité connaître leur ressenti sur une semaine historique dans le monde du football.

Pour commencer, quel âge avez-vous et quel rapport entretenez-vous avec le club d’Arsenal ? 

Richard : Pour ma part, j’ai 31 ans. Si je remonte bien dans mes souvenirs, je supporte les Gunners depuis 1999 ! Donc un peu plus de 20 ans déjà. J’ai eu l’occasion de voir l’équipe au stade plusieurs fois, à Highbury et à l’Emirates. J’ai eu la chance de connaitre les deux stades. Je suis tombé dedans grâce à ma famille, et aussi parce que j’ai tout de suite accrocher au style de jeu prôné par l’équipe !

Quentin : Moi j’ai 26 ans, je suis fan incorrigible d’Arsenal depuis une vingtaine d’années !

Quentin S. : J’ai 23 ans, j’ai commencé à supporter Arsenal quand j’étais gosse. Je fais partie de la génération Téléfoot, j’ai donc commencé à suivre Arsenal à travers les résumés et les performances des Frenchies de l’époque. C’est à partir de 2008-2009 que j’ai vraiment commencé à suivre tous les matchs de l’équipe. 

Dans la nuit de dimanche à lundi, le premier communiqué officiel du club tombe disant qu’Arsenal fait bel et bien parti du projet de Super League. Quel a été votre premier ressenti au moment de cette annonce ? 

Richard : Au départ, j’étais partagé. J’étais à la fois content qu’Arsenal soit inclus dans un projet sportif d’une si grande ampleur, mais aussi déçu de la façon dont tout cela s’est produit. Quand j’ai su que les joueurs ne pourraient pas participer à telles ou telles compétitions s’ils s’embarquaient dans ce projet de Super League, j’ai de suite pensé qu’eux-mêmes étaient surtout pris en otage par le club. Bien sûr je n’étais pas du tout satisfait de ce projet de Super League. Pour moi, la Ligue des Champions, c’est la plus belle des compétitions. Avec cette Super League, on aurait perdu cette magie des derbies. Par exemple, on s’imaginerait absolument pas voir un derby Tottenham – Arsenal toutes les semaines. Cela dénature totalement l’aspect magique et unique du football. 

Quentin : J’ai ressenti une grosse déception ! On va totalement à l’encontre des valeurs du club et des valeurs qu’Arsène a véhiculées pendant toutes ces années ! Ce projet représente pour moi totalement le contraire de ce que nous sommes. Arsenal s’est essentiellement construit sur le mérite footballistique. Si on enlève ce mérite, c’est tout le contraire de ce qu’est Arsenal. C’était la goutte de trop. J’ai vraiment vécu ça comme un manque de respect et comme une insulte directe à tous les fans que nous sommes. Cela va à l’encontre de tout ce qu’on a fait pendant si longtemps. Les autres clubs de Premier League se sont sentis rabaissés. On est devenu “les salauds” du jour au lendemain alors qu’on s’est toujours battu pour faire rayonner les plus petits clubs dans le passé.

Quentin S. : C’est allé très vite. Au début, j’avais surtout l’impression que c’était plus du sensationnalisme journalistique que de réelles infos. Ça a très vite pris de grosses dimensions au fil de la journée. Et puis là quand l’annonce officielle tombe, ça devient réel. J’étais dégouté et je me suis surtout senti trahi par mon club. Je pense que les dirigeants sont totalement déconnectés de la réalité des supporters et de la réalité du football anglais. Ils disent qu’on veut jouer contre Barcelone toutes les semaines, mais c’est faux. Comme l’a dit Ian Wright, on veut gagner le droit de jouer contre eux et le mériter. Je suis contre cette idée de SuperLeague et de ces dirigeants gangrénés par le business. Le côté sportif est totalement mis de côté. Ils s’intéressent juste à “la marque” de notre club. 

Deux jours plus tard, Arsenal, comme la quasi-totalité des clubs anglais, annonce officiellement son retrait du projet de la Super League. Quel a été votre premier ressenti par rapport à cette annonce ? 

Richard : D’abord un grand soulagement car on est sorti de ce projet de Super League. Mais également déçu du communiqué que nous a proposé le club. J’ai trouvé ça très hypocrite de la part du club de dire qu’Arsenal était surtout “suiveur” dans ce projet alors qu’on savait tous qu’il avait une place centrale. C’est un peu un manque de respect envers les fans. On va voir ce qui va se passer avec les supporters au stade vendredi (ndlr interview réalisée avant vendredi 23 avril où une grosse manifestation s’est déroulée devant l’Emirates pour demander le départ de Stan et Josh Kroenke, les propriétaires d’Arsenal) mais ce qui est certain c’est que ce n’est pas encore fini.

Quentin : J’ai vécu ça comme une qualification en Ligue des Champions ! C’était magnifique de voir l’union des fans d’Arsenal pour une seule et même cause. On peut s’estimer heureux déjà d’avoir eu une vraie lettre d’excuses, contrairement à d’autres clubs qui ont eu un simple communiqué. Mais il y a quand même beaucoup de “bullshits” dedans. Il y a une certaine forme d’hypocrisie et ils essaient surtout de se couvrir dans la lettre. Je pense vraiment que cette tentative de projet va nous suivre pendant les années à venir. Le club doit tout de suite retravailler en interne et remettre les fans au centre du débat si on ne veut pas que l’image du club se détériore dans le futur.  

Quentin S. : J’étais très heureux qu’on se retire du projet. Les fans ont réussi à se faire entendre. C’est un peu triste de dire ça mais il a fallu attendre un tel évènement pour que les fans d’Arsenal s’unissent à nouveau tous ensemble pour une seule et même cause. J’espère qu’ils vont se rendre compte maintenant que leur force est bien plus importante lorsqu’ils sont unis. Après, pour ce qui est du communiqué, c’est de la communication… C’est super qu’on ait eu de vraies excuses, mais ça ne suffira pas à oublier cette trahison ni ce que les dirigeants ont voulu faire avec notre club. 

Après ce qui vient de se passer, est-ce que vous faites toujours confiance aux dirigeants ? L’évènement Super League est clos, mais est-ce que selon vous d’encore plus grandes protestations sont à venir ?

Richard : Non personnellement je ne fais plus confiance aux dirigeants actuels. La Super League c’est fini on en parle plus, mais je pense que certains sièges au sein du club vont bouger. Pour ma part, j’attends un nouveau directeur sportif et que Kroenke fasse ses valises. Le mieux c’est qu’il reste dans le football américain et qu’il s’occupe de ses autres équipes. Il nous faut quelqu’un qui s’engage réellement dans le club. Un management à l’ancienne avec plus de caractère au sein du club, quelqu’un qui soit plus franc envers nous. Il n’y a plus aucune transparence dans notre club depuis trop longtemps maintenant. Je prends l’exemple d’un président comme Jean-Michel Aulas. C’est pas un président qui est tout blanc, mais c’est quelqu’un qui a toujours protégé ses joueurs et son club, quitte à un peu écorcher son image devant les caméras. C’est ce genre de personnalité qu’on a besoin au sein du club. 

Quentin : Est-ce que j’ai confiance dans nos dirigeants ? Oui et non… Kroenke doit évidemment partir car les insultes envers notre club sont impardonnables… mais pour mettre qui à sa place ? C’est là tout l’enjeu. Je pense que Vinai va sauter, ce qui va faire notre troisième CEO en 3 ans… C’est vraiment pas un signe de stabilité pour un club comme Arsenal. Ils nous disent “keep the faith” mais là…  faith is broken hein ! Et je pense que c’est certainement pas de futurs transferts importants qui règleront les problèmes actuels. 

Quentin S. : J’ai bien sûr envie que ces dirigeants s’en aillent mais si on reste réaliste, je ne pense pas qu’une vente soit réalisable. La vente du club semble totalement irréaliste, surtout quand on prend en compte le contexte de crise sanitaire qu’on traverse actuellement. J’ai confiance en eux pour la partie business et marketing, mais pas pour le sportif. J’espère qu’on va laisser la partie football à Arteta et à Edu, qu’on les laisse travailler sur l’équipe et choisir les joueurs qu’ils veulent afin de construire une équipe. J’attends aussi un minimum d’investissement de la part du club. Les fans n’en peuvent plus. A notre échelle, il faut qu’on continue à utiliser les réseaux sociaux. Même si un #KroenkeOut, ça peut sembler inutile à notre échelle, mais c’est en répétant ce genre d’efforts qu’on arrivera à se faire entendre. Il faut qu’on se serve de cet élan d’unité pour se faire comprendre.

Qu’est-ce que vous avez pensé du post d’Hector Bellerin sur les réseaux ? Lui qu’on associe au “dernier héritage” d’Arsène Wenger ? 

Richard : Je suis vraiment content que ce soit Hector qui ait posté ce message. Malheureusement le message d’Aubameyang juste avant vient casser un peu le truc. Avec ce message un peu bizarre on passe pour des “guignols”. Avec autant de maladresse, Aubameyang remet en plus son statut de capitaine en cause au sein du club… Je ne pense pas qu’Hector soit le dernier héritage de Wenger. Un club, c’est cyclique. On a une nouvelle jeunesse, une nouvelle fraîcheur. La nouvelle génération va amener un nouveau style de jeu, quelque chose de nouveau. La nouvelle génération n’a rien à voir avec celle des années 1990-2000. C’est comme un renouveau.

Quentin : Je suis satisfait de son message mais je trouve qu’il est un petit peu seul dans l’histoire. C’est magnifique qu’il post ce message, que ce soit lui et tout ce que ça représente. Mais derrière, on sait qu’il va partir cet été… C’est le joueur partant qui nous défend, ça laisse vraiment pas un bon signal aux fans. Dans cette affaire, les fans ne sont pas sentis soutenus par les joueurs. On remarque un manque de leadership parmi les joueurs, un peu comme ce qu’on voit sur le terrain cette saison. Cependant, je ne pense pas qu’Hector soit le dernier héritage de Wenger. Derrière on a toute une institution mise en place par Wenger durant toutes ces années qui est aujourd’hui représentée par Saka, Smith Rowe. Ces deux-là cette saison ont montré un caractère et une volonté d’aider le club incroyable. L’âme du club n’est pas perdue. 

Quentin S. : On sentait que c’était vraiment honnête de sa part, car on sait qu’en plus de ça, il est investi dans plein d’autres causes humanitaires ou sociales. Après moi, ça m’a pas touché plus que ça. C’est plus les réactions des anciens joueurs de Premier League comme Carragher, Neville ou Wright qui m’ont touché. Je pense que si un tel projet avait eu lieu à leur époque, les réactions de la part des joueurs auraient été bien plus féroces que maintenant. On sent qu’ils sont vraiment profondément touchés par ce projet qui va à l’encontre de ce qu’ils ont défendu pendant tant d’années. Pour ce qui est de l’héritage, je pense que c’est surtout aux fans de le porter. Même si des joueurs comme Saka, Smith Rowe ou Tierney y participent, (et on a de la chance d’avoir des joueurs aussi forts) c’est surtout aux supporters de porter cet héritage au fil des années. Ne pas accepter certains décisions comme la Super League en allant manifester devant l’Emirates, pour moi, c’est surtout ça l’héritage de Wenger et d’Arsenal. 

Qu’est-ce que vous attendez de ces protestations et qu’est-ce que vous espérez voir bouger au club dans un futur proche ? Transferts ? Changements de staff ? Changement de direction ?

Richard: Pour moi, le plus important, c’est un vrai changement de mentalité au sein du club. Il faut avoir des gars qui se donnent à 100% pour le club, comme Tierney par exemple. Il faut changer de staff pour en avoir un plus combatif. Personnellement, je suis pas du genre à rêver sur le mercato. On l’a vu avec Pépé chez nous, ou encore avec Hazard au Réal, mettre le paquet sur un joueur ça veut plus rien dire. Il nous faut des joueurs un peu comme Tierney ou Guendouzi, des mecs qui donnent absolument tout pour le club. 

Quentin : J’aimerais un retour en arrière, revenir à l’époque où les supporters d’Arsenal avaient des parts au sein du club. Il faut réinstaurer ce système et arrêter les pleins pouvoir d’une seule et même personne. Intégrer les supporters au centre du club, comme ils le font actuellement en Allemagne, pour moi, c’est essentiel. Même si on vit dans une société de plus en plus basée sur l’argent, les supporters continueront de refuser ce genre de modèle économique. Il faut un contre-pouvoir des supporters, pour que l’héritage puisse aussi se transmettre. Avec un tel modèle, les supporters auraient été obligatoirement consultés pour le projet de la Super League !

Quentin S. : Comme je l’ai dit au début, un changement de direction semble irréaliste pour moi au regard de la crise. Le mouvement #KroenkeOut ne date pas d’hier. Pour faire bouger les dirigeants, il va falloir des protestations encore plus médiatisées que celle de vendredi (ndlr vendredi 23 avril). Ça me parait pour l’instant assez utopique de mettre en place un système comme en Allemagne où les supporters ont leur mot à dire. Ce que j’attends premièrement, c’est surtout un investissement intelligent de la part de KSE cet été sur le marché des transferts. Il nous faut des joueurs sélectionnés par Arteta, pas trop chers, comme on a fait avec Tierney et Gabriel par exemple. Collectivement, Arteta a ses torts mais on a quand même progressé sur certains points. J’attend ce que n’importe fan souhaite, une victoire au bout de cette Ligue Europa et un recrutement intelligent cet été pour partir sur de bonnes bases le saison prochaine. 

Images exclusives d’AFC présent à l’Emirates vendredi pour la manifestation

Cette Super League a également recentré le débat sur la nouvelle formule de la Ligue des Champions prévue pour 2024 et qui présente beaucoup de points noirs… Qu’est-ce que vous pensez de cette formule ? 

Richard : J’attends réellement le début de la première saison pour voir ce que ça donne. Moi, là où je suis pas d’accord, c’est le nombre de matchs qu’on va rajouter dans cette nouvelle formule. 180 matchs au lieu de 96 pour les phases de groupes, c’est beaucoup trop de fatigue pour les joueurs. Pour moi, les clubs historiques ne doivent pas avoir de passes droits, pas de favoritisme. Le but ultime de la Ligue des Champions, c’est d’y accéder en aller tout en haut du championnat, sinon ça n’a pas de sens. Avec ce projet de Super League, les dirigeants viennent de se rendre compte de l’impact des supporters. Ensemble, on peut vraiment faire bouger les choses même ça va très compliqué de bouger cette réforme selon moi.

Quentin : Là où on peut vraiment faire bouger les choses, c’est sur l’impact médiatique et les réseaux sociaux. Il n’y a quasiment eu aucunes critiques sur les réseaux de l’UEFA lorsqu’ils ont décidé de mettre au point cette réforme. Alors que les clubs ont pris une immense vague de commentaires à l’annonce de ce projet pendant deux jours. Les commentaires ont un énorme impact. Pour l’UEFA, tout le monde savait, mais personne n’a rien dit. C’est un peu notre forme d’hypocrisie à nous, supporters, dans cette histoire. La vague doit se poursuivre maintenant que l’ESL est morte. Il faut réintégrer les fans au centre des clubs. Les coupes européennes, ça doit uniquement se jouer sur le mérite, et pas par rapport au prestige d’un club. Et puis 180 matchs, c’est beaucoup trop…

Quentin S. : Pour moi, les réactions du style “on a tué le foot business” après que le projet de la Super League ait été avorté, c’était vraiment n’importe quoi. Tout va mal dans notre football actuel, les petits clubs sont à l’agonie. Donc pour moi c’est un peu l’hôpital qui se fout de la charité quand l’UEFA dit qu’elle se soucie du peuple. Le foot actuel a des dérives de partout. Nous, supporters, on est bien évidemment contre le Super League ET contre la nouvelle réforme de la LDC. J’ai envie que ce projet ne voit jamais le jour mais j’ai aussi envie qu’on retouche au vrai format. Tous ces matchs de barrages pour les clubs champions des autres pays avant de pouvoir accéder à la compétition, c’est beaucoup trop. J’ai envie de revoir une vraie Coupe des Clubs Champions, où ce sont les champions qui s’affrontent et pas les équipes bien classées par rapport a leur coefficient. Même si ça n’arrangerait pas trop Arsenal, là pour le coup, on aurait vraiment une compétition inclusive. On ne peut pas accepter une telle réforme, si les grands clubs n’ont pas bien performés sur une saison, c’est de leur faute !

#Corentin (@CorentinDvd) #AFC

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