Dans le football moderne, une attaque fait gagner des matchs, une défense fait gagner des titres, mais c’est une infirmerie vide qui permet de bâtir des dynasties. Alors que tout le monde était dans l’euphorie du titre de Premier League, obtenu après 22 ans de disette (que notre chère Nitinhya raconte si bien dans ses chapitres ici), la défaite cruelle en finale de Ligue des Champions a su remettre les pendules à l’heure et nous a prouvé que rien n’est jamais réellement acquis… Après une parade euphorique dans les rues du nord de Londres, notre CEO Richard Garlick a décidé de licencier avec effet immédiat le médecin en chef Zafar Iqbal. Ce dernier a été remplacé par Arnaldo Abrantes. Plus qu’un simple ajustement administratif, ce remaniement médical intervient au cœur d’un débat tactique brûlant au sein de la communauté des Gooners : la gestion d’effectif ultra-sélective de Mikel Arteta. Voyons tout cela ensemble…

Une victoire pyrrhique…

Adoré de tous au sein du staff, la décision de licencier Zafar Iqbal retentit alors comme un choc en interne. Mais ce n’est pas le pouvoir de l’amitié qui permettra à Arsenal de soulever la Coupe aux grandes oreilles…
Arrivé de Crystal Palace début 2024 avec la lourde tâche de succéder à Gary O’Driscoll, médecin en chef pendant plus d’une décennie, Zafar Iqbal a apporté une véritable plus-value au club : âgé de 51 ans et co-président de la Football Association Medical Society, Zafar Iqbal a apporté au club son expertise et une crédibilité acquise durant ses mandats à Liverpool, Crystal Palace et un autre club qui a terminé pour la deuxième saison consécutive, 17e de Premier League.
Ce dernier est reconnu pour être un praticien hautement respecté dans le milieu et offre une figure paternelle et rassurante aux joueurs.
Son plus grand succès, à mon humble avis, aura été la rééducation de Jurrien Timber après sa rupture des ligaments croisés.
Mais dans ce cas, pourquoi s’en séparer aujourd’hui de manière si abrupte ?
Parce qu’au sommet du football mondial, le “très bien” ne suffit plus. L’effectif a subi en cette saison 2025/2026, une nouvelle fois, une hécatombe de blessures. Arsenal a subi un tribut colossal en cumulant 1043 jours d’absences à cause des blessures (voir image en dessous). Une anomalie criante face aux standards de nos rivaux directs, tels que Man City, qui a cumulé 858 jours d’absences.
Mikel Arteta ne pouvait laisser cela continuer, surtout lorsque l’on peut voir placardée en lettres majuscules sur les murs de la salle de soins de London Colney : “ Your best ability is your availability” (voir photo). Une phrase que l’on peut traduire en français : “ Votre meilleure capacité est votre disponibilité”. Dans ce contexte, accumuler plus de 1000 jours d’indisponibilité n’était plus tolérable, surtout lorsqu’on se remémore la longue indisponibilité d’Havertz de la J2 à la J24 de Premier League, la longue blessure au pied de Merino, ou encore la disparition (façon de parler) de Tomiyasu…


Qui est le vrai responsable ?
Rice : 4 454 minutes de jeu TCC, Zubimendi : 4 292 minutes de jeu TCC, William Saliba : 4 253 minutes de jeu TCC, tandis que pour MLS : seulement 1917 minutes de jeu TCC.
Naturellement, on peut se demander : N’y a-t-il pas un problème de gestion d’effectif de la part de Mikel Arteta ?
Et à vrai dire, imputer la responsabilité exclusive au staff médical serait erroné, tant on connaît le dogmatisme tactique de Mikel Arteta.
Notre technicien espagnol fonctionne à la confiance absolue, s’appuyant toujours sur un noyau de 13 ou 14 joueurs. Des tauliers indispensables comme Saka, Saliba ou Rice enchaînent les matchs, semaine après semaine, même lorsque les rencontres sont déjà virtuellement pliées à l’heure de jeu.
Cette politique a placé l’encadrement médical face à une équation insoluble. Tout d’abord, à force de tirer sur la corde tous les trois jours, la fatigue chronique s’installe inéluctablement, épuisant ainsi le système nerveux et les muscles. De plus, le staff est pris en étau entre la nécessité physiologique de préserver les organismes et l’exigence d’aligner le meilleur XI possible.
C’est d’ailleurs ici que réside le paradoxe entre Iqbal et Arteta…
Avant la saison 2025 / 2026, Arteta disposait d’une excuse légitime : l’absence d’un banc de touche au niveau des ambitions du club. Le gouffre entre les titulaires et les doublures le contraignait alors légitimement à limiter ses rotations dans l’optique d’une course au titre ne tolérant aucun faux pas. On se souvient du banc lors de la demi-finale retour de LDC (voir image ci-dessous).
Or, pour cette saison 2025/ 2026, première de l’ère Berta, la direction lui a fourni la profondeur de banc tant espérée pour faire souffler ses cadres tout en dominant chaque rencontre, notamment avec les recrutements de Mosquera, Eze, Hincapié, etc. Pourtant, les problèmes médicaux se sont répétés.
Malgré ce nouveau luxe, Arteta a continué de s’appuyer sur son ossature de 13 ou 14 tauliers. Par conséquent, les remplaçants, privés de rythme, ont déjoué lors de leurs rares apparitions, rendant complexe la concurrence.
À cette impasse structurelle, s’ajoute une dimension psychologique délétère ayant gangrené le vestiaire. En effet, l’éthique de travail instaurée par Mikel Arteta a forgé une mentalité de soldats. L’abnégation des joueurs, poussée à son paroxysme, a généré une omerta concernant les douleurs physiques. À l’instar de Ben White qui a joué durant des mois sous infiltration pour masquer une blessure au genou sans jamais se plaindre.
Cette dévotion a fini par court-circuiter l’action médicale, empêchant le staff de traiter des blessures sciemment dissimulées jusqu’à leur point de rupture.
Un système d’usure qui a contraint Mikel Arteta à revoir son plan tactique, en devenant le Corner FC 😉
Privée de sa vivacité athlétique sur les ailes et orpheline de la créativité axiale suite aux indisponibilités de joueurs comme Ødegaard ou Merino, l’équipe a réduit sa production offensive.
Lors de la saison 2023/2024, avec un effectif frais, Arsenal avait foudroyé les défenses adverses avec 502 tirs tentés dans le jeu courant tandis qu’en 2025/2026, ce chiffre a chuté, atteignant 395 tirs. Symbole du manque d’énergie de l’équipe pour multiplier les courses et amener le danger de manière fluide.
Pour pallier cette incapacité à produire des différences dans le jeu courant avec des organismes saturés, Arsenal s’est reposé sur Nicolas Jover et son expertise des coups de pied arrêtés, nous permettant ainsi d’inscrire 19 buts cette saison en Premier League.
En fin de compte, Zafar Iqbal et son staff soignent les symptômes d’un problème de gestion.

Arnaldo Abrantes : entre excellence académique et piste olympique
On le dit souvent, le championnat est un marathon, pas un sprint.
Eh bien, Arsenal va déroger à la règle en recrutant Arnaldo Abrantes, futur successeur de Zafar Iqbal.
Arrivé à Londres début juillet, le médecin de 39 ans arrive en provenance d’Aston Villa avec un profil fascinant et atypique :
Dans les années 2000 à 2010, Arnaldo Abrantes a mené de front deux vies diamétralement opposées, mais complémentaires. D’un côté, il endurait des études de médecine à la prestigieuse Université de Lisbonne où il a obtenu son doctorat en 2011. De l’autre, il s’entraînait tous les jours sur les pistes d’athlétisme… En effet, Arnaldo Abrantes n’est pas un simple amateur, c’est un sprinteur de classe mondiale. Il affiche des records personnels flashés à 10,19 secondes sur 100m et 20,48 secondes sur 200m ! Lui permettant ainsi de représenter fièrement le Portugal aux Jeux Olympiques de 2008 à Pékin et en 2012 à Londres.
L’avantage de ce parcours atypique, c’est qu’il lui permet de comprendre intimement les efforts physiques à haute intensité, il sait exactement ce que subissent les ischios-jambiers, ce qu’on ressent en cas de déchirure, la fatigue, etc. Il ne les a pas seulement étudiées sur les IRM, il les a ressentis à l’intérieur de son propre corps.
En plus d’être un sprinteur de renom (pour le commun des mortels), il débarque en Angleterre en 2020 afin de travailler au service de Nottingham Forest, puis, il rejoint Aston Villa en 2023 en qualité de médecin en chef. Sous ses ordres, Aston Villa est l’un des meilleurs élèves de Premier League avec 815 jours d’indisponibilité cumulés pour son effectif.
Fort de ce succès retentissant, Abrantes arrive à Arsenal avec de nombreuses nouvelles têtes :
🏥 Thread staff médical [1-10]
— Artilleurs Le podcast (@ArtilleursPod) July 29, 2026
Dans notre dernier épisode, on vous parle des visages qui partent et de ceux qui arrivent.
Voici un petit résumé de ces visages que vous verrez plus souvent 🫡
RT appréciés la team 🙏🏻 pic.twitter.com/6ARNyWpPmP
Arnaldo Abrantes, nouveau contrepouvoir ?
Avec une prise de fonction prévue pour début juillet, Arnaldo Abrantes n’aura le droit à aucun état de grâce. Le cahier des charges pour la saison 2026/2027 est monumental, articulé autour de trois piliers :
Premièrement, Arnaldo Abrantes devra s’imposer face à Mikel Arteta, Arsenal ne veut pas perdre son temps à former un nouveau médecin en chef, le club souhaite impliquer instantanément un groupe de travail et une méthodologie (protocoles de soins, routines de récupération, suivi des charges, etc.) déjà rodés.
Il faudra aussi savoir préserver les joueurs et dire non à Arteta, instaurer une vraie rotation.
Dans un second temps, le nouveau staff médical devra limiter la casse du Mondial 2026 : climats extrêmes, pression, accumulation des minutes. Le premier grand crash-test d’Abrantes sera de concevoir des protocoles de réathlétisation individualisés au millimètre pour éviter une hécatombe en septembre pour les 16 joueurs de notre effectif convoqués au Mondial. Ce qui, ne nous mentons pas, semble mal parti, surtout quand on lit la presse concernant l’état de Saka, Rice et Saliba (forfait jusqu’en 2027).
Enfin, le nouveau staff a pour mission de raccourcir les délais de guérison, mais surtout, de garantir un taux de rechute nul. Un joueur déclaré apte devra l’être à 100%, prêt mentalement, totalement libéré de l’appréhension d’aller au contact ou de lancer une course à haute intensité. C’est la condition sine qua non pour éradiquer ces rechutes.

Voyons ce que l’avenir nous réservera, la saison 2026/2027 démarre de la meilleure des manières avec un trophée remporté et une victoire en championnat, on ne peut souhaiter à Arnaldo Abrantes que le meilleur !
Barthelemy



